Jean Lapierre est un «barbare», selon l'ADQ

Les parallèles avec l'époque duplessiste pour dépeindre son programme politique irritent l'Action démocratique du Québec, surtout lorsque la critique vient d'un redoutable syndicaliste comme Jean Lapierre. Et la réplique est cinglante.

L'Action démocratique du Québec qualifie le président du syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Jean Lapierre, de «syndicaliste barbare» dont les méthodes rappellent celles de «l'homme des cavernes».

C'est sur ce ton tranchant que le vice-président de l'ADQ, Éric Duhaime, a répliqué hier au nom de son parti aux commentaires que M. Lapierre a formulés au Devoir la semaine dernière. M. Lapierre croit que le monde syndical et les groupes populaires risquent d'écoper advenant l'élection de l'ADQ. «Il va y avoir une crise sociale au Québec. On retourne au temps de Duplessis», a-t-il prédit.

Éric Duhaime estime qu'il s'agit d'une affirmation pour le moins ironique. «Jean Lapierre n'est-il pas celui-là même qui, en compagnie de ses fiers-à-bras, utilise depuis des années des techniques syndicales dignes de l'homme des cavernes?», dit M. Duhaime qui est candidat dans la circonscription de Deux-Montagnes.

La réplique adéquiste n'est pas sans rappeler le passé houleux de Jean Lapierre et de ses compères. En septembre 1993, les cols bleus ont défoncé les portes de l'hôtel de ville à coups de bélier. Le président a purgé six mois de prison pour cette émeute.

Pour toutes ces raisons, Jean Lapierre ne voit guère d'allié chez Mario Dumont et M. Duhaime le lui confirme. «Le chef syndical veut protéger son monopole et s'assurer que le prochain gouvernement québécois en sera un autre sous le contrôle, ou plutôt sous la terreur, de groupes corporatistes comme le sien. Malheureusement pour le syndicaliste barbare, l'ADQ veut défendre le bien commun, pas protéger des intérêts particuliers. N'en déplaise à M. Lapierre, le parti de Mario Dumont ne reculera donc pas devant la menace ou le chantage», prévient Éric Duhaime.

Un règlement rapide

Les cols bleus de Montréal sont pressés d'en arriver à un règlement rapide. Pour éviter que la négociation ne traîne en longueur, ils ont récemment donné à leurs représentants en assemblée générale le mandat d'avoir recours à des moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève générale illimitée. Mais le dossier n'est pas simple. Les 29 conventions collectives doivent être fondues en une seule et cette opération doit se faire à coût nul.

C'est ce dernier élément qui fait dire au syndicat que l'administration du maire Gérald Tremblay a tout intérêt à prendre son temps puisqu'à terme, la loi 170 s'appliquera et qu'un arbitre déterminera les conditions de travail des quelque 6000 travailleurs. Mais les cols bleus promettent un climat de travail pourri si cela devait se produire.

Mais, de toute évidence, c'est la Ville qui obtient une oreille attentive de l'ADQ. «Nous continuerons de nous battre notamment pour une démocratisation de la représentation syndicale au Québec et pour donner davantage de souplesse aux villes désireuses d'améliorer la gestion des fonds publics», précise M. Duhaime.

De passage la semaine dernière devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Mario Dumont a clairement affirmé que la consolidation de la métropole, qui n'est pas terminée, devait se faire au bénéfice des Montréalais. «La fusion doit maintenant bénéficier aux contribuables, ce qui signifie un rééquilibrage de nos lois du travail», a-t-il dit.

Depuis plusieurs années, les municipalités du Québec et Montréal en tout premier lieu, réclament l'élimination de certains carcans législatifs en ce qui a trait notamment à la sous-traitance. De plus, le chef adéquiste n'a jamais caché sa volonté de donner un grand coup de balai dans la fonction publique.