Des sièges d'avion éjectables pour les enfants turbulents?

Le 14 janvier dernier, le transporteur à rabais états-unien Air Tran Airways a expulsé une famille d'un de ses avions après que la fillette âgée de trois ans eut piqué une colère puis refusé de s'asseoir sur son siège avant le décollage. Voici l'histoire.

La compagnie a défendu la décision de ses membres d'équipage en expliquant que le vol accusait déjà 15 minutes de retard et que, par respect pour les 112 autres passagers, cette «décision d'exploitation» s'imposait. En entrevue à la presse américaine, les parents de l'enfant ont expliqué avoir demandé seulement quelques minutes pour pouvoir consoler leur fille. Des minutes supplémentaires qui leur ont été refusées.

En dernier recours, la maman aurait demandé si, bien qu'elle ait payée pour le siège de sa fille, celle-ci pouvait s'asseoir sur ses genoux pendant le décollage. Demande refusée. La loi est claire et le transporteur avait bien l'intention de l'appliquer: tout enfant de deux ans ou plus doit avoir son propre siège et porter sa ceinture de sécurité durant le décollage.

Puis, ç'a a été le coup de grâce: selon la porte-parole d'Air Tran Airways, Judy Graham-Weaver, la fillette aurait rampé sous son siège, donné des coups de pied à ses parents et refusé à nouveau de s'asseoir sur son siège.

Une fois la famille expulsée de l'avion, le transporteur — basé à Orlando, à deux pas des Walt Disney World et autres Bush Gardens — lui a remboursé les 595,80 $US déboursés pour les trois billets d'avion, puis offert trois billets d'aller-retour supplémentaires pour l'une des destinations desservies par Air Tran Airways. C'était trop peu et trop tard pour le papa, qui annonçait ne plus jamais vouloir voyager avec ce transporteur.

Le meilleur est à venir

Au cours des jours qui ont suivi cet événement, la presse américaine a fait les manchettes avec cette histoire. Et pour cause: Air Tran Airways aurait reçu quelque

14 000 appels téléphoniques et courriels, dont la grande majorité — 92 % — approuvaient la décision de l'équipage, contre 8 % la désapprouvant.

Vu le nombre et la nature des réactions de la population, le quotidien USA Today en est venu à la conclusion suivante: les passagers aériens n'aiment pas voir des enfants sur les vols. Ce journal était-il sur une piste plausible? La presse de l'industrie touristique américaine et canadienne rapportait à son tour qu'une chroniqueuse de voyage états-unienne disait avoir reçu plusieurs courriels d'usagers du transport aérien souhaitant l'interdiction absolue des enfants de moins de cinq ans à bord des avions, rien de moins!

Chez l'oncle Sam, les blogues se sont eux aussi emparés de l'histoire. En parcourant les blogues et les forums de discussions en ligne traitant de cette affaire, on a dégagé des réactions similaires: environ 90 % des blogueurs et de leurs répondants approuvaient la décision du transporteur aérien. Environ 8 % manifestaient non seulement leur désaccord avec la décision de Air Tran Airways mais aussi leur surprise devant l'appel au boycottage de l'accès des enfants à bord des avions. Les proportions, de même que les propos, sont révélateurs.

Les pour

Du côté des pour, on trouve les arguments suivants... «Les parents pensent qu'ils ont été humiliés en se faisant montrer la sortie, alors qu'ils se sont humiliés eux-mêmes en étant incapables de calmer leur fille.» «Ce sont les gouvernements et leur armée de bureaucrates subversifs qui sont à blâmer à cause de leur législation en matière d'abus d'enfants qui s'avère finalement plus dérangeante qu'autre chose pour la vie en société.» «Bravo Air Tran! Dehors, les enfants indisciplinés!»

Et... «Cela nous ramène à un problème fondamentalement plus important: le refus des parents, aujourd'hui, d'imposer des limites à leurs enfants et de leur montrer qu'il y a des conséquences lorsqu'on ne respecte pas les règles.» «On ne parle pas ici de musulmans qui ont causé toute une commotion mais bien d'une enfant de trois ans. Où s'en va-t-on?» «Il n'était pas sécuritaire d'admettre cette enfant dans l'avion.» «Le temps, c'est de l'argent, et cette enfant en faisait perdre à tous les autres passagers...» «Je crois que si Air Tran avait laissé cette famille à bord, la compagnie aurait eu à rembourser pas mal plus de billets d'avion...» «Certains enfants auraient besoin d'une bonne raclée pour comprendre qui est le boss!»

Et encore... «Ces parents ont une enfant turbulente, et ils ont eu ce qu'ils méritaient.» «Si un jour mon vol était perturbé à cause d'un enfant, je serais le premier passager à être très mécontent.» «Bravo et encore bravo à Air Tran! J'en fais mon nouveau transporteur attitré!» «Pourquoi faire une concession pour un enfant de trois ans quand les parents ne peuvent même pas le contrôler, obligeant ainsi les autres à régler le problème?»

Les contre

Du côté des contre, on trouve notamment les arguments suivants... «Quel geste excessif! Et quel message cela lance-t-il à la population et à tous les membres d'équipage qui travaillent dans l'aviation? Je crains que cela revienne à dire aux agents de bord qu'ils peuvent dorénavant se permettre de traiter comme bon leur semble un passager dérangeant, sans tenir compte de la gravité de son comportement. Et la population, elle, à l'avenir, va-t-elle de son côté réclamer ce genre de traitement pour des individus qu'elle juge dérangeants?»

Et encore... «La loi nous interdit de donner une bonne claque à notre enfant, mais quelqu'un d'autre peut par contre s'en prendre à lui. Bravo pour l'exemple!» «C'est le personnel de bord, qui n'a pas réussi à maîtriser la situation, qu'il faut blâmer de son manque d'expérience et de professionnalisme.» «Air Tran adressera-t-elle une lettre de pardon à la famille, comme des musulmans l'auraient exigée et obtenue?»

«Où est-il indiqué qu'il est interdit de donner des coups de pied à ses parents à bord d'un avion? Certes ce n'est pas bien, mais ce n'est pas illégal, et ça ne nécessite pas l'expulsion des passagers.» «Des parents devraient être embauchés à titre de consultants pour la formation des équipages.»

Les indécis

Il y a aussi les indécis (2 %), ceux qui ne savent quoi penser mais qui se posent des questions: «L'enfant n'était pas malade mais impossible à maîtriser. Mais s'il avait été malade, l'histoire se serait-elle terminée autrement? Y aurait-il eu une poursuite judiciaire?» «Que se serait-il passé si l'enfant avait piqué sa crise durant le vol? L'aurait-on jeté par le hublot?»

Les rigolos

Il y a également les rigolos, ceux qui poussent à fond la dérision: «Maintenant, on sait comment obtenir un remboursement et des billets d'avion gratuits!» «Certains transporteurs devraient passer l'annonce suivante: "Nous sommes la compagnie X. Nous ne décollons jamais à l'heure, alors amenez votre enfant indiscipliné chez nous. On s'en fout s'il ne s'assoit pas sur son siège. Décollage en retard, atterrissage en retard. Et après? Prenez le temps que vous voulez pour éduquer votre enfant. Pourquoi? Parce que votre crise est importante pour nous!"»

La JWoman Air Garderie

Enfin, le site Internet Journey Woman, qui dresse un tableau de ce que serait la planète si des femmes assuraient sa gestion, en a profité pour relancer son idée: «Si une compagnie aérienne était gérée par des femmes, cet incident ne se produirait pas, car, à bord des appareils, une agente spécialement entraînée prendrait la relève du parent et amènerait l'enfant dans la JWoman Air Garderie. Ainsi, pendant que le Journey Bébé est chouchouté par des expertes, les Journey Passagers et la Journey Maman peuvent relaxer.»

Voilà matière à réflexion...

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