Procès pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide - L'accusé a été passé à tabac en prison

Le directeur de la prison de Rivière-des-Prairies devra expliquer lundi au juge André Denis les circonstances entourant le passage à tabac de Désiré Munyaneza. L'incident survenu mercredi soir, forçant l'ajournement du procès, a été qualifié de gênant par le juge.

C'est un Désiré Munyaneza au visage suturé et tuméfié qui a été mené en fauteuil roulant au Palais de justice hier après avoir reçu une raclée à la prison de Rivière-des-Prairies. Son procès a été ajourné pour une durée indéterminée, le temps qu'il puisse se remettre de ses blessures.

M. Munyaneza subit depuis trois semaines le tout premier procès au Canada pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide, un événement fort médiatisé. Il aurait été reconnu par un détenu de la prison de Rivière-des-Prairies mercredi soir, au moment d'un transfert. Il n'y avait que deux détenus dans ce secteur à haute sécurité de la prison: M. Munyaneza et son agresseur présumé. Celui-ci se serait rué sur le ressortissant rwandais lorsque les portes des deux cages de fer se sont ouvertes simultanément pour le transfert.

Un détenu de Rivière-des-Prairies a dû être conduit à l'hôpital pour blessure à la tête et fracture du nez, a précisé la Sûreté du Québec (SQ) sans dévoiler l'identité de M. Munyaneza. Il aurait manifesté l'intention de porter plainte contre son assaillant, a ajouté la SQ.

L'avocat de M. Munyaneza, Richard Perras, a confirmé l'incident. Son client est revenu de l'hôpital vers 1h dans la nuit de jeudi après avoir reçu des points de suture pour une vilaine coupure allant de l'arcade sourcilière au nez. «Il est amoché», a dit Me Perras. «Il n'est même pas capable de parler en ce moment.»

M. Munyaneza a quand même été conduit en cour hier matin pour la reprise de son procès. Une journaliste de Radio-Canada a constaté qu'il avait les deux yeux fermés et enflés et le visage boursouflé. Le juge André Denis a déclaré que cette attaque contre l'accusé était inacceptable, voire gênante, compte tenu du fait qu'il s'agit du tout premier procès pour crime de guerre à être tenu au Canada en vertu de la nouvelle loi. Les autorités canadiennes reprochent à M. Munyaneza d'avoir tué et violé ses compatriotes d'origine tutsie lors du génocide de 1994 au Rwanda, alors qu'il dirigeait une milice hutue.

Le juge Denis a ajourné le procès le temps que M. Munyaneza se remette de ses blessures. L'accusé suivait minutieusement les audiences et avait l'habitude de prendre des notes et de communiquer ses observations à ses avocats, notamment lors des contre-interrogatoires de survivantes du génocide. «Il n'est pas en état de se concentrer ou de suivre ce qui se déroule maintenant. Il veut suivre son procès, ce qui est la moindre des choses», a dit Me Perras.

Le juge Denis a par ailleurs ordonné la mise en isolement de M. Munyaneza afin qu'il ne se fasse plus tabasser. Au dire d'un autre avocat de l'accusé, Laurence Cohen, l'homme de 40 ans «a frôlé la mort» mercredi soir. «Quelqu'un l'a attaqué [...] et a tenté de le tuer», a dit Me Cohen.

Le juge Denis a par ailleurs sommé le directeur de la prison de Rivière-des-Prairies, Yves Sainte-Marie, de venir s'expliquer lundi prochain. «C'est une situation extrêmement troublante lorsqu'on ne peut pas assurer la sécurité d'un prisonnier, d'une personne présumée innocente de surcroît. Cette cause se veut une vitrine pour le système judiciaire canadien», estime Me Cohen.

Le Devoir

Avec la Presse canadienne

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