L'industrie hôtelière dans la mire d'arnaqueurs de la Côte d'Ivoire - Touristes virtuels mais fraudeurs bien réels

Alerte à l'arnaque dans les hôtels et auberges du Québec. Depuis quelques semaines, un réseau organisé de fraudeurs opérant depuis la Côte d'Ivoire tente d'abuser de la confiance des hôteliers et aubergistes d'ici par l'entremise de leurs services de réservation de chambres par Internet. Le phénomène, qui se propage en ce moment par courriel à travers la province, inquiète d'ailleurs le secteur de l'hôtellerie, qui appelle ses troupes à la vigilance.

«Avec l'été qui s'en vient, la saison des réservations bat actuellement son plein et ce genre de fraudes refait aussi surface, dit Micheline de Gongre, présidente de l'Association des hôteliers du Québec (AHQ). Plusieurs propriétaires d'hôtels nous ont informé avoir été ciblés par des fraudeurs dans les derniers jours. Très peu se sont fait avoir en général, mais dès la semaine prochaine nous allons tout de même informer nos membres de la recrudescence de ce type d'arnaque, mais aussi leur demander de faire attention.»

Variante des tristement célèbres tentatives d'escroqueries, par lettre, par fax ou par courriel, en provenance du Nigeria et de l'Afrique de l'Ouest — mettant en vedette le fils d'un diplomate qui veut par exemple de l'aide et de l'argent pour toucher un héritage —, cette fraude prend la forme d'une demande de réservation adressée aux hôteliers, aubergistes ou propriétaires de gîtes. Les sites Internet que possèdent ces établissements sont utilisés pour transmettre ces demandes.

Avec quelques déclinaisons, le modus operandi est toujours le même. Le fraudeur réserve «deux belles chambres doubles» pour deux semaines pendant la période estivale, et ce pour quatre personnes. Le «mariage de [sa] fille» ou «un séminaire au Canada» justifient la chose.

La requête s'accompagne d'une demande spéciale: un service que l'aubergiste est invité à rendre à l'auteur du message en «échange de 500 euros» (779 $), indique la missive.

Dans une de ces lettres, portée à la connaissance du Devoir, une certaine «Marie Chenier» propose de retirer sur sa carte de crédit la somme de 5000 euros afin de payer à une agence de voyage installée en Côte d'Ivoire le coût des billets d'avion pour la mariée et son époux. Ladite Mme Chenier ne pourrait pas effectuer cette transaction puisqu'elle serait «actuellement en séminaire au Maroc» et que l'agence n'accepte pas les «prélèvements à distance», indique-t-elle.

L'argent doit donc être envoyé par le propriétaire de l'hôtel à Abidjan par Western Union, une entreprise spécialisée dans le transfert international de fonds.

D'autres fraudeurs évoquent «un problème de terminal de carte de crédit» dans l'agence pour justifier ce transfert. Par ailleurs, certaines fausses réservations demandent comme «service» d'acheter des ordinateurs portables et de les faire envoyer en Côte d'Ivoire.

Quelques victimes

«C'est très gros comme arnaque, on la voit venir à 100 000 à l'heure», commente Odette Chaput, directrice générale de la Fédération des agricotours du Québec, un regroupement d'environ 500 propriétaires de gîtes. Selon elle, la grossièreté de l'approche fait que les petits propriétaires d'auberge ne peuvent pas se «faire prendre».

Pourtant, ces dernières années, deux hôteliers ont mordu à l'hameçon, indique l'AHQ. «Il y en a peut-être plus. Mais quand on se fait avoir avec ce genre de courriel, on ne s'en vante pas», dit Micheline de Gongre.

Et pour cause. Les fraudeurs utilisent en effet des numéros de carte de crédit glanés sur Internet ou copiés dans des commerces un peu partout sur la planète. Le commerçant peut donc effectuer l'avance de fonds sur cette carte et déposer l'argent sur son compte. Sans se douter de rien. Il transfère ensuite l'argent en Afrique avant d'être mis au courant par sa banque du caractère frauduleux de la transaction... une semaine ou un mois plus tard.

Le hic: comme la carte de plastique n'était pas en sa possession au moment de la transaction, son banquier va alors lui rétrofacturer le montant retiré, entraînant du même coup une perte de 7000 $, 8000 $ ou plus dans sa comptabilité.

L'an dernier, les fraudes en provenance du Nigeria et de l'Afrique de l'Ouest, sous toutes leurs formes, ont fait 23 000 victimes au Canada, indique Phonebusters, le centre d'appels antifraude du Canada. Total des pertes? 93 millions de dollars soutirés avec des histoires d'héritage, de compte en banque gelé, de billets d'avion en première classe et de chambres avec vue sur la mer.

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