D'autres avocats tentent de faire annuler le procès de Conrad Black

Chicago — Des avocats de la défense ont de nouveau échoué, hier, dans leur tentative de faire annuler le procès pour fraude de Conrad Black, à la lumière de témoignages concernant les dépenses personnelles que l'ancien baron de la presse aurait refilé à Hollinger International.

Cette fois, c'est la requête soumise par l'avocat de Black, Ed Genson, que la juge Amy St.Eve a rapidement rejetée. M. Genson s'était opposé à certaines questions de la poursuite sur les finances d'Hollinger International, concernant des fonds qui auraient été remis illégalement à ses dirigeants.

Lundi, l'avocat d'un des coaccusés de Black, Jack Boultbee, avait tenté de faire annuler le procès et d'obtenir des procès séparés pour les différents coaccusés. Sa requête avait elle aussi été rejetée par la juge St.Eve.

L'essentiel des témoignages entendus hier a porté sur l'utilisation qu'aurait faite Black d'un jet privé appartenant à l'entreprise pour effectuer un voyage personnel à Bora Bora, dans le Pacifique Sud, en 2000.

Les avocats de Black ont laissé entendre qu'il avait utilisé cet appareil parce que Hollinger International se préoccupait de la sécurité de ses dirigeants et que l'entreprise exigeait qu'ils l'utilisent. Hollinger ne faisait aucune différence entre les voyages d'affaires et personnels de ses dirigeants, et la compagnie avait décidé, en 2003, de payer pour les déplacements de ses gestionnaires, a dit Eddie Greenspan, l'avocat canadien de Black.

«Le comité de vérification a insisté pour que tous les vols soient couverts, partout dans le monde, incluant Bora Bora — en raison de préoccupations liées à la sécurité et au terrorisme [...] compte tenu de la nature des activités de cette entreprise», a dit Me Greenspan.

Les avocats de Black font valoir qu'il est difficile de distinguer la vie personnelle de la vie professionnelle de leur client, puisque celui-ci travaillait tout le temps et qu'il utilisait des événements sociaux pour discuter des affaires de l'entreprise.

Ils ont aussi trimé dur pour tenter de discréditer la manière dont les dépenses liées à cette vacance ont été inscrites par l'ancien contrôleur de Hollinger International, Fred Creasey. Ils ont ainsi fait valoir qu'une bonne partie du périple s'est déroulée aux États-Unis, une dépense normalement épongée par Hollinger International. M. Creasey a reconnu que cela était le cas.

Pour sa part, l'avocate de la poursuite Julie Ruder a remis en question les principes comptables utilisés par M. Creasey ainsi que le coût du vol qui, a-t-on dit à M. Creasey, aurait eu une juste valeur marchande de 6000 $ l'heure.

«Est-ce que ça veut dire que quelqu'un peut prendre l'avion pour aller à Disneyland parce que c'est aux États-Unis?, a-t-elle demandé. Est-ce que quelque chose l'empêchait [Black] de rechercher un meilleur tarif sur Internet?»

Ses questions ont provoqué des rires avant d'être rejetées par la juge St.Eve.

Black, Boultbee, Mark Kipnis et Peter Atkinson sont accusés d'avoir empoché quelque 60 millions $US en paiements dans le cadre d'une entente de non-concurrence, des sommes qui auraient normalement dûes être remises aux actionnaires de Hollinger International. Black est aussi accusé d'avoir refilé à l'entreprise quelque 20 millions $US en dépenses personnelles.

M. Creasey a témoigné, la semaine dernière, en affirmant qu'il lui avait été impossible de déterminer si ces paiements avaient été autorisés, ou par qui ils l'avaient été. Les avocats de la défense ont déposé, en réponse, plusieurs documents qui démontreraient que ces paiements ont été correctement comptabilisés et déclarés.

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