Procès de Désiré Munyaneza pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide - Une femme raconte avoir été violée par l'accusé

Une jeune femme offerte en «cadeau» à Désiré Munyaneza a raconté hier qu'elle a subi quatre viols aux mains de ce ressortissant hutu accusé de participation au génocide rwandais.

C-17 a entamé hier matin son témoignage sous le couvert de l'anonymat, au procès pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide de M. Munyaneza. Il s'agit de la première rescapée du massacre d'avril 1994 à incriminer directement l'accusé pour viol. Les témoins précédentes, C-15 et C-16, ont indiqué au juge André Denis qu'elles avaient vu Désiré Munyaneza agresser sexuellement des femmes tutsies dans la ville de Butare, sans pour autant subir elles-mêmes ses assauts.

Au moment des faits, en avril 1994, C-17 vivait dans la région de Ngoma avec sa famille d'origine tutsie. Elle a pris la fuite vers Butare après que les siens furent massacrés sous ses yeux. Au terme de quelques jours de cavale, la jeune femme, âgée de 20 ans à l'époque, a été capturée par des miliciens hutus qui l'ont offerte à Désiré Munyaneza. L'accusé l'a violée à quatre reprises, sans qu'elle offre la moindre résistance, a-t-elle relaté. «Dans leur situation, les Tutsis ne pouvaient plus résister. En fait, ils étaient affamés depuis des mois», a dit C-17, pendant que Munyaneza prenait des notes dans le box des accusés.

Comme les deux autres Rwandaises venues témoigner avant elle dans le procès de Munyaneza, C-17 s'est exprimée en kinyarwanda, et ses propos ont été traduits simultanément en anglais. Avant d'amorcer son récit, la jeune femme a voulu que la cour observe une minute de silence pour commémorer le 13e anniversaire du génocide, ce qui lui a été refusé par le juge Denis.

C'est en effet le 7 avril que s'amorçait le massacre des Tutsis par les Hutus, le lendemain de l'attentat ayant coûté la vie au président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, et du Burundi, Cyprien Ntaryamira. En l'espace de trois mois, 800 000 Tutsis et des Hutus modérés ont été assassinés par des milices hutues.

À Butare, Désiré Munyaneza, fils d'un commerçant d'alcool, aurait dirigé l'un de ces escadrons de la mort, en plus de s'occuper d'un bordel où les Tutsies étaient réduites à l'esclavage sexuel. À ce sujet, C-17 a d'ailleurs raconté hier qu'elle a vu l'accusé violer deux autres femmes. Et tuer deux hommes. «Je l'ai vu tuer des gens près de la préfecture», a-t-elle dit. Un milicien interahamwe a frappé l'un des hommes avec un gourdin, tandis que Désiré Munyaneza a asséné des coups de machette à l'autre... «jusqu'à ce qu'ils soient complètement morts».

La jeune femme a témoigné avec aplomb, jusqu'à ce qu'elle soit obligée d'identifier Désiré Munyaneza. Elle l'a d'abord reconnu sur une photographie que lui ont présentée des enquêteurs canadiens, en 1995, et ensuite en personne, dans le box des accusés. À ce moment précis, le juge Denis a senti que C-17 avait besoin d'un moment de répit. «Oui, je suis fatiguée», a dit la femme d'une voix tremblante. La cause a donc été ajournée jusqu'à ce matin.

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