Audiences à Montréal - Les opposants au virage sur feu rouge donnent le ton

Les opposants au virage à droite sur feu rouge (VDFR) ne se sont pas gênés hier soir pour manifester leur désaccord à l'idée que cette manoeuvre puisse être autorisée à Montréal. Le VDFR comporte bien plus de risques que d'avantages, ont-ils fait valoir aux membres de la commission chargée de consulter la population sur le sujet.

Les citoyens et les représentants des groupes ont dû faire preuve de beaucoup de patience hier soir et n'eût été d'un accroc à l'ordre du jour décrété par l'un des co-présidents de la commission, Jeremy Searle, ils n'auraient pas eu de droit de parole avant 22h alors que l'assemblée avait débuté à 19h.

Les membres de la commission, qui étudient la possibilité de permettre le VDFR sur l'île de Montréal, ont d'abord voulu entendre le représentant du ministère des Transports. Celui-ci leur a rappelé que le ministre des Transports, Serge Ménard, autoriserait la manoeuvre à partir du 13 avril prochain dans l'ensemble du Québec, à l'exception de Montréal. L'administration de Gérald Tremblay aura toute la latitude requise et le temps qu'il lui faudra pour appliquer sa propre politique sur son territoire, a précisé Pierre Perron, ingénieur au ministère des Transports.

Le responsable du dossier au comité exécutif, Claude Dauphin, avait déjà fait savoir en septembre dernier qu'il était exclu d'autoriser cette manoeuvre dans les arrondissements à forte densité de population comme ceux de Ville-Marie et du Plateau Mont-Royal. Mais l'administration voudra-t-elle le permettre ailleurs sur l'île?

Pour Carol Richard, ingénieur en chef à la Division de la circulation à la Ville de Montréal, la réponse ne fait pas de doute: «L'opportunité d'introduire le VDFR à Montréal, non merci...», a-t-il indiqué. La manoeuvre multiplierait les conflits aux intersections et hausserait le risque d'accidents, un risque cinq fois plus élevé que celui associé au virage à gauche, estime-t-il. Et la permettre dans certains arrondissements, comme à Westmount, mais l'interdire dans Notre-Dame-de-Grâce par exemple, serait impossible à gérer.

De son côté, Denis Robert, dont l'épouse est semi-voyante, croit que les risques associés au VDFR ne font aucun doute compte tenu de l'indiscipline notoire des automobilistes québécois et montréalais. «Je dis aux futures victimes d'engager des poursuites contre ceux qui ont pris la décision de l'autoriser», a-t-il lancé avec feu.

«Je ne vois pas d'avantages à sauver quelques secondes quand on risque de provoquer un accident et même de devenir handicapé. Jusqu'où va aller cette folie?» a demandé Diane Lamer aux membres de la commission.

Favorable au VDFR, Paul Bourque a convenu que le nombre d'accidents allait augmenter, mais «la gravité des accidents est généralement très mineure lorsqu'un accident survient», a-t-il fait valoir. En mettant en place des «conditions gagnantes», on trouvera plusieurs avantages à cette politique, dont la réduction des gestes d'impatience des automobilistes qui sont incapables de tourner à droite sur feu vert après avoir cédé le passage aux nombreux piétons.

Pour sa part, le Service de police de Montréal craint que le VDFR ne fasse qu'augmenter le bilan des décès, en plus d'ajouter à la confusion des automobilistes qui devront composer avec une multitude de panneaux dans leur champ visuel si on autorise la manoeuvre à certaines intersections et non à d'autres.

Les audiences se terminent ce soir mais hier, on évoquait déjà la possibilité de prolonger la période de consultation compte tenu du nombre élevé de participants. Les membres de la commission comptent soumettre leurs recommandations à l'administration au mois de janvier.