La CIJ disculpe la Serbie de génocide à Srebrenica

Des experts de la Commission internationale pour les personnes disparues tentaient hier d’identifier des ossements de victimes du massacre de Srebrenica, en 1995.
Photo: Agence Reuters Des experts de la Commission internationale pour les personnes disparues tentaient hier d’identifier des ossements de victimes du massacre de Srebrenica, en 1995.

La Cour internationale de justice de La Haye a débouté hier la Bosnie de sa plainte contre la Serbie pour génocide. Saisie pour la première fois par un État contre un autre dans une affaire de ce type, la CIJ a cependant considéré que le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, était bel et bien un génocide mais elle a refusé d'en imputer la responsabilité à la Serbie, même si cette dernière, selon elle, a manqué à son devoir de tout faire pour l'empêcher.

La Cour pouvait difficilement faire un autre choix que celui d'avaliser les jugements du tribunal ad hoc créé par l'ONU pour l'ex-Yougoslavie qui n'ont reconnu les faits de génocide que dans le seul cas de Srebrenica. Sept officiers supérieurs de l'armée et de la police des Serbes de Bosnie comparaissent depuis plus de six mois devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye pour leur implication dans le massacre de plus de 7000 musulmans de Srebrenica, capturés lors la chute de cette enclave de l'est de la Bosnie.

Condamné en 2001, un général serbe de Bosnie, Radislav Krstic, qui commandait les troupes qui ont pris Srebrenica, purge déjà une peine de 35 ans de prison pour génocide. Mais l'homme qui est considéré comme le véritable artisan de cette tragédie, le général Ratko Mladic, chef d'état-major des troupes serbes bosniaques, est toujours en fuite.

La Bosnie avait déposé une plainte pour génocide contre Belgrade en 1993 pour l'ensemble du conflit et non pas seulement pour Srebrenica qui s'est produit deux ans plus tard. Les autorités de Sarajevo considéraient que la guerre entre Serbes, Croates et musulmans qui avait commencé dans la foulée de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie était orchestrée par Belgrade dans l'intention de détruire la communauté musulmane. Plus de 100 000 personnes sont mortes pendant ce conflit qui a duré d'avril 1992 à novembre 1995, date des accords de paix de Dayton qui ont consacré la division ethnique du pays en deux entités, la Republika Srpska (RS) et la Fédération croato-bosniaque, elle-même subdivisée en cantons croates et musulmans.

La décision de la CIJ de débouter la Bosnie et donc de ne pas condamner la Serbie à l'indemniser n'a pas été bien accueillie à Sarajevo. Haris Silajdzic, le membre musulman de la présidence tripartite de Bosnie, n'a pu que déplorer le verdict. L'homme, revenu l'an dernier au faîte du pouvoir sur un programme nationaliste, continue cependant de réclamer la recentralisation du pays divisé.

«Nous devons [...] remplacer la Constitution, qui est le résultat direct d'un génocide», a-t-il dit à la télévision nationale. Il est clair que la décision de la Cour affaiblit considérablement son propos. Élu lui aussi sur un programme nationaliste, inverse s'entend, le premier ministre de la RS, le Serbe Milorad Dodik, qui avait menacé ces derniers jours de passer outre à un verdict défavorable, était visiblement soulagé: «Des individus et non pas des institutions et des peuples doivent répondre pour l'horrible massacre à Srebrenica et pour d'autres perpétrés à travers la Bosnie», a-t-il dit.

Belgrade s'est bien gardée de manifester sa joie alors que le verdict profite à la Serbie qui, disculpée, peut maintenir avec plus de sérénité son cap vers l'Europe. Le président serbe, le démocrate Boris Tadic a rappelé à ses compatriotes qu'il ne s'agissait pas d'un blanc-seing puisque la CIJ a estimé que Belgrade avait violé ses obligations en ne remettant pas tous les fugitifs à la justice internationale. Livrer le général Mladic à La Haye reste une condition à un rapprochement avec l'Union européenne.

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