Porno sur portable: Telus recule

Québec - Face au tollé des dernières semaines, la compagnie Telus a décidé de retirer son nouveau service de téléchargement de contenu adulte pour cellulaires. Des groupes de femmes voient là une victoire importante contre le phénomène grandissant de l'hypersexualisation.

Lancé en janvier, le service n'est plus offert depuis mercredi. Depuis le début, le numéro 2 de la téléphonie canadienne martèle qu'il s'est contenté de faciliter l'accès à un contenu déjà disponible. «Nous avons constaté que beaucoup de gens ne savent pas qu'il est déjà possible de télécharger du contenu adulte par l'entremise de leur navigateur web sur leur téléphone», a expliqué hier Stacey Mason, du bureau de Telus à Montréal. Estimant avoir été «mal comprise», l'entreprise rappelle que son service avait l'avantage de contenir des filtres pour contrôler l'âge des utilisateurs.

«On a pris au sérieux les préoccupations exprimées par de nombreux clients», a soutenu Mme Mason. La compagnie, précise-t-elle, a reçu «quelques centaines de plaintes» mais le nombre d'annulations est «minime».

L'affaire a fait beaucoup de bruit au pays. Notamment à Vancouver où l'archevêque a carrément invité ses ouailles à changer de compagnie de téléphone. Refusant de mesurer l'impact des médias sur la décision, Mme Mason a dit que cela avait été «une période difficile».

L'affaire a également provoqué des réactions à Rimouski où l'archevêque, Mgr Bertrand Blanchet s'était joint, la semaine dernière, au rang des critiques. Hier, il était loin de regretter son intervention. «C'est une bonne nouvelle. Ça montre que les gens ont encore le pouvoir de changer les choses», expliquait-il. «Ils finissent par penser qu'à partir du moment où une nouvelle technologie apparaît, on ne peut rien faire pour la freiner sans considération pour les enjeux humains».

L'archevêque planifiait de faire circuler une pétition lorsqu'un membre de la direction de l'entreprise lui a téléphoné pour l'aviser du retrait du service. Il se réjouit d'autant plus de ce revirement qu'avec ses 1200 employés, Telus joue un rôle de premier plan dans la communauté de Rimouski. «Peut-être que ça leur apportera moins de revenus mais c'est au bénéfice de toute la société», a-t-il ajouté.

Des groupes de femmes s'étaient également mobilisés la semaine dernière. Les membres du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) s'étaient réunis mardi pour discuter la possibilité de briser le contrat les liant à la compagnie. Une démarche désormais plus nécessaire. «Pour nous ça démontre que ce n'est pas une utopie de lutter contre la pornographie et contre l'hypersexualisation», a commenté Lucie Poirier du CALACS. «Au contraire, ça démontre que c'est possible si on se lève debout pour dire qu'on en a assez.»

Catherine Martel de la Maison des femmes de Rimouski, dresse quant à elle un parallèle entre cette affaire et la mobilisation observée l'an dernier en réaction au concours «Jeudis seins» dans un bar de Granby. La controverse entourant ce tirage d'implants mammaires avait amené son organisateur à annuler le concours en mars.

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo