À Montréal, Al Gore lance un avertissement aux gouvernants sceptiques face aux changements climatiques - «Notre volonté politique démocratique est une ressource renouvelable»

Al Gore était l’invité du Groupe des investisseurs responsables.
Photo: Jacques Grenier Al Gore était l’invité du Groupe des investisseurs responsables.

L'ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, a conclu sa visite à Montréal hier, où plus de 1200 personnes ont assisté à une prestation au moins égale à son film, Une vérité qui dérange, en concluant sur une note d'espoir que «notre volonté politique démocratique est une ressource renouvelable».

Le subtil jeu de mots, lancé à l'orée de deux campagnes électorales, au Québec et au niveau fédéral, a été interprété par les uns comme un appel au renouvellement d'une certaine classe politique réfractaire à la bataille du climat alors que d'autres l'interprétaient dans son sens premier, soit comme une conséquence inéluctable d'une démocratie en santé qui a fait la preuve historique, comme aux États-Unis, qu'elle peut surmonter d'importants défis sociaux, politiques, technologiques et environnementaux, notamment par la signature à Montréal du protocole sur la protection de la couche d'ozone.

L'ancien vice-président américain, qui nie avoir la moindre velléité de s'engager dans une nouvelle course présidentielle même si plusieurs sites Internet font campagne pour lui, était l'invité hier du Groupe des investisseurs responsables (GIR), qui réunit des communautés religieuses, des syndicats, des corps publics, etc., qui font pression pour que les sociétés privées dans lesquelles ils investissent se dotent d'objectifs sociaux et environnementaux compatibles avec leurs valeurs. Le gratin politique et environnemental du Québec était au rendez-vous au Palais des congrès de Montréal, y compris deux anciens premiers ministres du Parti québécois, Jacques Parizeau et Bernard Landry, ainsi que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a nié toutes les rumeurs voulant que sa santé soit vacillante.

Al Gore estime que les milieux politique, financier et écologiste ont désormais un impératif commun: «dire la vérité sur ce qui nous confronte» dans le dossier du climat. Il a démontré pendant l'heure et demie qu'a duré sa prestation comment aux États-Unis on déforme la vérité sur le réchauffement du climat en donnant près de la moitié du temps d'antenne ou de reportage aux sceptiques alors qu'il n'y a pas une seule étude scientifique pour appuyer cette thèse contre des centaines de l'autre côté.

Il a par ailleurs invité son auditoire, formé en grande partie de représentants du milieu des affaires, à modifier sa façon de penser. Les visions de court terme, qui prévalent dans ce milieu, a-t-il dit d'entrée de jeu, font partie du problème. Des décisions majeures devront être prises, à son avis, non seulement par les gouvernements en matière de politiques publiques mais aussi par le milieu des affaires, qui devra tenir compte des changements climatiques dans ses projets d'investissement.

L'ancien vice-président, qui a signé le protocole de Kyoto au nom de son pays en 1997, récuse cette perception répandue selon laquelle les solutions aux changements climatiques vont s'avérer coûteuses et douloureuses. Faux, a-t-il dit en substance, car les gestes qu'il faudra faire vont améliorer à la fois notre qualité de vie globalement et créer des emplois stables, de plus grande valeur.

L'ancien vice-président Al Gore estime enfin que les États-Unis ont les ressources et la capacité technologique pour rejoindre la communauté internationale dans la bataille du climat. Si les États-Unis, a-t-il dit, mobilisaient toutes leurs ressources pour séquestrer le plus possible les émissions de gaz à effet de serre, ajoutaient le maximum de mesures d'économie d'énergie et faisaient le plein d'énergies alternatives renouvelables, ils pourraient non seulement revenir à leur niveau d'émissions des années 90 mais même rejoindre celui des années 70.

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