Saint-Valentin - Les métiers du sport, ennemis du couple ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les policiers québécois semblent heureux en ménage, révèlent les données de Statistique Canada. À peine 6,1 % d’entre eux sont divorcés ou séparés, tandis que 73,1 % vivent avec un conjoint ou une
Photo: Jacques Nadeau Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les policiers québécois semblent heureux en ménage, révèlent les données de Statistique Canada. À peine 6,1 % d’entre eux sont divorcés ou séparés, tandis que 73,1 % vivent avec un conjoint ou une

Dis-moi où tu travailles et je te dirai à quelle enseigne de l'état civil ton coeur loge. Au Québec, c'est parmi les athlètes, les arbitres et les officiels du sport, ou encore parmi les maîtres d'hôtel, les comédiens, les employés de station-service et les ouvriers agricoles que les célibataires sont les plus nombreux.

À l'inverse, les politiciens, les chefs de service des incendies, les monteurs de lignes électriques, les juges et même les chauffeurs d'autobus et de métro se distinguent par un penchant plus prononcé pour la vie conjugale.

Les sages-femmes, les astrologues, les numérologues, les télépathes ainsi que les exploitants de silos à grains semblent pour leur part être les champions du divorce et de la séparation. Alors que les animateurs de radio, les journalistes, les boulangers, les pilotes d'avion et les astronomes ont plutôt un quotidien affectif stable et dans la norme.

C'est en tout cas ce qui ressort d'une analyse de l'état matrimonial des Québécois effectuée par Le Devoir. Ce portrait repose sur des données inédites de Statistique Canada, recueillies auprès des personnes de 15 ans et plus sur le marché du travail et recensées en 2001 par les spécialistes fédéraux des chiffres.

Il s'agit de données réelles et non pas du résultat d'un sondage, puisqu'elles proviennent du recensement de 2001.

Dans les grandes lignes, c'est à Montréal que l'on retrouve la plus grande proportion de célibataires. Ceux-ci représentent plus du tiers (37 % pour être précis) des personnes de la grande ville en âge de travailler, contre 29,5 % à l'échelle de la province. Par ailleurs, les adeptes du mariage ou de l'union libre se font plus timides en milieu urbain. Un peu plus de la moitié des personnes sondées à Montréal (52,9 %) ont avoué un faible pour le partage de la salle de bains et de la pinte de lait avec l'âme soeur. À l'échelle du Québec, ils sont plus de 61 % à en faire autant. Le taux de personnes divorcées ou séparées est par ailleurs similaire dans la métropole et dans le reste de la province.

Plus étonnant, en matière de célibat, plusieurs professions semblent davantage touchées que d'autres, révèlent les colonnes de chiffres de l'agence fédérale. C'est le cas par exemple des arbitres et officiels du sport qui, de Gaspé à Montréal en passant par Trois-Rivières, Saguenay, Gatineau et Val-d'Or, comptent dans leurs rangs près de 80 % de solitaires, soit deux fois et demie la moyenne provinciale, mais aussi la proportion la plus élevée au Québec. Les employés des stations-services suivent de près, avec 77 % de célibataires recensés en 2001 par Statistique Canada. Dans ce dernier cas, le jeune âge des employés compte sans doute pour quelque chose.

Dans l'ensemble, les métiers liés au sport et à l'athlétisme se caractérisent par un haut niveau de célibat. Outre les arbitres, les athlètes, les entraîneurs ainsi que les moniteurs sportifs sont aussi fortement touchés par le phénomène. Sans surprise d'ailleurs pour Jean-Paul Baert, directeur de la Fédération québécoise d'athlétisme. «La plupart du temps, les sports et les loisirs, ça se passe les fins de semaine ou les soirs, explique-t-il à l'autre bout du fil. En plus, sur le plan professionnel, il y a les tournées, les camps d'entraînement, les voyages à l'étranger et forcément, dans ce contexte, l'épouse ou la blonde peut parfois perdre patience.»

Les athlètes ne sont pas seuls à conjuguer leur vie au temps de la solitude. Les messagers, les maîtres d'hôtel, les travailleurs des parcs d'attractions, les commis d'épicerie, les aides-cuisiniers et les caissières sont majoritairement logés à cette même enseigne, dans une proportion moyenne de deux tiers, selon les données de Statistique Canada. Encore là, l'âge est sans doute en cause. Phénomène étrange: il en va de même pour les scaphandriers et les horticulteurs du Québec, dont 53 % environ cherchent — ou pas — leur moitié.

À l'autre bout du spectre, on retrouve les chefs de service et officiers supérieurs des services d'incendie. Avec seulement 4 % d'âmes esseulées dans leurs rangs, les 505 membres de cette profession composent en effet le corps de métier le moins seul au Québec. Il est aussi un des groupes qui adhèrent le plus au mariage et à l'union libre. Juste après les officiers des services de police et les chefs de chantier de forage, qui occupent la position de tête au niveau provincial.

Au chapitre de la vie à deux, les politiciens, les hauts fonctionnaires, les cadres supérieurs du public et du privé, les directeurs d'usine, les chefs de gare, les contremaîtres en mécanique, les juges mais aussi les monteurs de lignes électriques et de câbles font également bonne figure, avec près de 80 % des représentants de ces professions ayant coché la case «marié» ou «en union libre», lors du recensement de 2001. C'est 20 % de plus que la moyenne provinciale.

Sécurité et stabilité

Cette quête de la stabilité par la vie à deux vaut aussi pour bien d'autres travailleurs du Québec. Les assureurs, les agents financiers, les vérificateurs comptables, les facteurs, les agronomes, les hygiénistes dentaires, les agents d'immeubles et les agents d'assurances sont de ce nombre, puisqu'ils sont en couple dans des proportions variant de 70 à 75 %.

L'ensemble des professionnels de la santé (médecins spécialistes, pharmaciens, dentistes, diététistes et consorts) compose avec une réalité similaire. Tout comme les avocats, les gardiens de prison, les plombiers, les charpentiers, les électriciens ainsi que les policiers et les pompiers de la base qui, comme leurs chefs, semblent très bien vivre avec les contraintes et les bonheurs de la vie conjugale.

«Il y a effectivement beaucoup de mariages dans mon entourage, confirme Richard Lafortune, de l'Association des pompiers de Montréal. Je n'avais jamais pris conscience de ça, mais c'est peut-être parce que le niveau social et le salaire de cette profession inspirent davantage la stabilité.»

Le même phénomène touche d'ailleurs le monde de la météorologie, où les météorologues de la région de Montréal comptent parmi les personnes succombant le plus au mariage, alors que les techniciens en météorologie composent dans une large majorité avec le célibat. «Ces gens-là se déplacent beaucoup au Québec, explique André Cantin, météorologue — vivant en couple — à Environnement Canada. On les envoie dans des stations situées dans des endroits éloignés, comme Iqaluit, Kuujjuaq ou Chibougamau. En plus, c'est un travail de quart (le jour, la nuit, les fins de semaine). J'en connais un qui, en 20 ans de service, a déménagé 18 fois. Ce n'est pas pour encourager la stabilité d'un ménage.»

Dur pour la vie de couple

Pourtant, ce n'est pas dans ce secteur du marché de travail que la vie conjugale semble la plus malmenée. En effet, au Québec, les sténographes judiciaires et les audiotypistes médicaux sont les plus à risque de se séparer: 25,1 % d'entre eux ont connu ce sort en 2001. La moyenne québécoise en matière de séparation est de... 8,1 % chez les professionnels.

Les spécialistes de la transcription ne sont pas seuls sur le radeau de la rupture. Les exploitants de silos à grains (23,8 %), les sages-femmes et praticiens de médecines douces (22,4 %), les astrologues, numérologues et télépathes (22 %) et les directeurs de services correctionnels (18,2 %) sont également confrontés à cette réalité. Étrangement, particulièrement sur l'île de Montréal, les directeurs de services postaux, les directeurs de bibliothèque, de musée et de galerie d'art, les opticiens d'ordonnances ou encore les embaumeurs viennent se joindre à ce groupe, avec des taux de séparation presque équivalents.

Au regard des données de Statistique Canada, plusieurs carrières semblent par ailleurs assurer une certaine concorde dans les ménages. Des exemples? Préposé de station-service, où le niveau de divorces ou de sépararions est, à 1,8 %, un des plus faibles au Québec. Sans doute par excès de jeunesse et abus de célibat.

Difficile par contre d'en dire autant des ingénieurs en contrôle de la qualité, en sécurité industrielle ou en productique (2,2 %), qui eux aussi laissent transparaître une grande stabilité émotive. Les professionnels de sciences forestières (2,9 %), les techniciens en géologie (2,7 %), les auxiliaires dans les laboratoires dentaires (2,3 %) et les ouvriers des mines (2,1 %) complètent le tableau.

Notons également que, si les capitaines de bateaux de pêche se marient beaucoup, ils font aussi partie de ceux qui se séparent le moins: seulement 2,9 % d'entre eux ont inscrit cet état civil dans les formulaires de Statistique Canada en 2001. C'est aussi le cas des arbitres et des entraîneurs du Québec. Mais en ce qui les concerne, comme ils font partie du groupe où l'on trouve le plus grand nombre de célibataires au Québec, il n'y en a forcément pas beaucoup qui peuvent se séparer.
1 commentaire
  • Claude Dion - Abonné 14 février 2007 05 h 48

    Dans les étoiles

    "les astrologues, les numérologues, les télépathes [...] semblent pour leur part être les champions du divorce et de la séparation."

    Ces charlatans, supposément à même de prédire l'avenir et lire dans les pensées, sont incapables de reconnaître l'âme soeur. Quelle ironie!