Offensive pour lutter contre le suicide

Après des années de bilans alarmants, l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) est passée en mode attaque hier. Profitant du climat préélectoral, l'association a réclamé un plan national de lutte contre le suicide. Un message qui a été repris dans une lettre par un étonnant aréopage rassemblant des gens de divers horizons: du père de l'assurance maladie à la présidente de l'Ordre des psychologues en passant l'ancien premier ministre Bernard Landry, le juge Michael Sheehan, le syndicaliste Henri Massé, le président de la Fédération des cégeps et les chanteuses Ariane Moffatt et Marie-Annick Lépine.

D'ici minuit ce soir, quatre Québécois se seront enlevés la vie. La statistique est froide et clinique, mais elle n'en cache pas moins une grande détresse, a souligné Claude Castonguay. «Pour une société comme la nôtre, un taux de suicide aussi élevé, c'est vraiment un échec.» Hier, le père de l'assurance maladie et ancien ministre de la Santé a jugé qu'il était temps que le gouvernement prenne la juste mesure de ce problème de santé publique et qu'il en fasse une «vraie priorité».

C'est que le suicide reste une ombre importante au bulletin de santé des Québécois. Avec le cancer, le suicide est devenu le deuxième problème majeur de santé publique avec 1238 décès en 2005 contre 1163 en 2004. Il s'agit de la première cause de mortalité chez les hommes âgés de moins de 40 ans tandis que le tiers décès chex les 15 à 19 ans est attribuable au suicide. Pire, le Québec est la province canadienne où le taux de suicide est le plus élevé. Un retard que seul un «investissement massif en corrélation avec l'ampleur du problème» pourra réussir à combler, croit le directeur général de l'AQPS, Louis Lemay.

Les moyens pour améliorer la prévention sont connus et à portée de main, rappelle l'association. Le hic, c'est que ces mêmes moyens sont sous-utilisés et mal connus. «On ne peut pas prévenir le suicide en intervenant une semaine avant. Le suicide est avant tout une condition physique, clinique, psychologique, qui nécessite des soins précis et un suivi serré qui manque au Québec», remarque la présidente de l'Ordre des psychologues, Rose-Marie Charest.

Pour la psychologue, il est clair que le Québec ne fait pas assez pour prévenir le suicide. «Actuellement, on a deux manques: un manque de ressources, mais surtout un manque de communication. [...] En prévention du suicide, ce qu'il faut, c'est créer une chaîne. Une seule personne ne peut pas empêcher un suicide. Il faut créer des liens entre ceux qui aident la personne et ceux qui la soignent.»

Les Québécois doivent aussi apprendre à reconnaître l'existence de la maladie mentale dans leur quotidien, croit la chanteuse Ariane Moffatt. «La maladie mentale existe, il faut qu'on l'accepte et qu'on arrive à avoir assez d'ouverture et de lucidité pour faire le pas qui manque pour que l'empathie l'emporte.» Pas moins de 90 % des personnes suicidées souffraient d'un trouble mental avant de s'enlever la vie.

Au gouvernement, l'AQPS demande donc le développement immédiat de programmes qui tiennent compte du suivi et de l'aide aux personnes fragilisées. L'association aimerait aussi que les sentinelles formées pour reconnaître les signes de détresse dans les milieux fréquentés par les jeunes soient déployées dans d'autres milieux à risque, comme les centres de détention ou les résidences pour aînés. Elle aimerait aussi que sa ligne téléphonique (1 866 APPELLE) fasse l'objet d'une campagne plus soutenue.

Pour sa part, Rose-Marie Charest croit qu'il est grand temps de restreindre l'accès aux moyens de s'enlever la vie, un objectif que partagent les signataires de cette lettre. «Il faut tout faire pour empêcher les gens d'avoir accès aux moyens de mettre fin à leur vie. Le processus qui mène au suicide est long, mais le passage à l'acte peut être très rapide.»

À cet égard, la société québécoise a aussi un rôle à jouer, a estimé l'ancien premier ministre Bernard Landry, qui accompagnait son épouse Chantal Renaud, dont le fils, Patrice, s'est enlevé la vie. «C'est sûrement le rôle de l'État de s'occuper de ce problème. Mais c'est aussi à l'ensemble de la société civile de se mobiliser, c'est une question de solidarité et de fraternité», a dit l'ancien chef du Parti québécois. Chantal Renaud a invité tous les Québécois à prendre position: «Parce qu'il y a d'autres Patrice au Québec et je veux qu'ils vivent.»
6 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 6 février 2007 08 h 29

    Le plus haut taux au monde???

    Je ne voudrais pas sous-estimer le problème du suicide au Québec mais il faudrait arrêter de dire qu'on a le plus haut taux de suicide au monde.

    Il y a eu 1136 suicides en 2004 : 835 hommes et 291 femmes.

    Avec 22,4 suicides par 1000 hommes, le Québec arrive au 25e rang mondial à coté des Allemands. Les Lithuaniens sont les kings de la corde avec 81,9 suivis des Russes à 74,1. On est loin, très loin de ca

    http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_mal-

    Avec 7,6 suicides par 1000 femmes, le Québec arrive au 27e rang mondial, très loin derrière les Srilankaises à 18,9 et les Hongroises à 16,8

    http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_fem-


    Chez les jeunes hommes de 15-19, le taux est de 16,7 pour 1000 et de 25,9 pour les 20-24 ans. La moyenne donne 21,3 soit comparable à l'Irlande (21,5) et aux Etats-Unis (21,9) et loin, très loin, des Armémiens (64,3) et des Lithuaniens (44,6)

    Alors d'où vient le buzz? D'où vient cette hystérie autour du suicide et du Québec qui se meurt? Des 20-24 justement qui sont parmi les plus élevés à 25,9. Sauf qu'on ne parle que de 68 suicides. Souvent des gays qui ne s'acceptent pas, des jeunes authoctones (qui ont un haut taux de suicide) et de jeunes drogués qui meurent d'une overdose. Bref, rien pour écrire à sa mère surtout qu'ici les statistiques sont très précises (le suicide n'était pas un tabou ici contrairement à beaucoup d'autres pays)

  • Louise MacKay - Inscrite 6 février 2007 08 h 51

    Bravo!

    Bravo pour cette initiative! Souhaitons que cette démarche en faveur de la culture de la vie s'étende aux domaines où la vie humaine est en péril: malades invités et encouragés à mettre fin à leurs jours "pour le bien de tous", jeunes couples qui peinent à faire vivre leur famille et qui ont peur d'avoir les enfants qu'ils aimeraient pourtant mettre au monde, aimer et élever responsablement. Donnons aux suicidaires ainsi qu'à tous les autres humains en mal de vivre les moyens d'aimer la vie!

  • diane simard - Inscrite 6 février 2007 11 h 24

    Comment lutter contre le suicide

    N ous devons faire une chaine d aide, mais faut commencer par le debut, tout ce que vous mentionnez je suis d accord avec vous, il faut admettre que vous oubliez cependant: Qui les rend malades :Qui les amene la: Qui leur fait a croire ; Pensez -vous que la societe est prete a aider vraiement ,en developpant et en mettant toutes les bonnes solutions pour y parvenir ,ou plutot nous voulons faire l autruche, Diane merci

  • Maxime X - Inscrit 6 février 2007 14 h 57

    Convaincre plutôt que contraindre

    "il est grand temps de restreindre l'accès aux moyens de s'enlever la vie"

    Enlever aux gens les moyens de se tuer, je trouve cela inhumain. Empêcher quelqu'un de mettre fin à sa souffrance sans rien faire pour alléger son fardeau, c'est cruel. Il faut les convaincre de vivre, non pas les y contraindre.

    Qui veut d'une société camisole de force?

  • Sylvain Perreault - Inscrit 6 février 2007 16 h 06

    Une marche contre le suicide

    J'ai trois enfants. En mai dernier, mon fils aîné s'est enlevé la vie. Mathieu avait 21 ans. La semaine de prévention du suicide me laisse un peu froid. Dans ma tête, je ne peux être contre la prévention, mais la prise de parole publique pour témoigner de l'Apocalypse m'inquiète. J'ai peur que Dédé Fortin vole la vedette à mon fils. À tous celles et ceux disparus dans l'anonymat. Ces humains capables d'aimer, de rire, de fêter, d'émouvoir, de créer, de s'exprimer et, même, de se raconter. Elle est loin l'image du suicidé taciturne. Près de 500 personnes sont venus tenter de comprendre la mort de Mathieu au salon. Mathieu qui riait, qui écoutait, qui philosophait, qui fêtait. Mathieu tas de cendres au fond d'un trou quelque part dans ma ville. Chaque suicide est un Hiroshima.

    Ma seule envie est de prendre mon fils dans mes bras, en silence, et de danser avec lui. Comme la Cueca Solo, cette danse exécutée par les épouses, femmes et filles des disparus au Chili avec la photo de leurs bien-aimés accrochée sur leurs vêtements. Nous aimons ça au Québec sortir dans les rues. So-so-so-solidarité. Pour la protection de la forêt boréale. Contre les coupures du gouvernement Charest. Contre la guerre en Iraq (la plus grosse manifestation de l'histoire du Québec, le 18 janvier à Montréal. Il faisait moins 26 °C et j'y étais.)

    Vivement une marche contre le suicide. Pour les 1 400 suicidés de 2006 et les autres. Danser dans les rues avec la photo de notre fils, notre amoureux, notre ami, notre père, notre cousin. Danser sur l'abîme. Pleurer. Crier. Faire exploser le silence entourant le suicide pour secouer la vie qui s'endort au creux de certains humains. Il ne faut pas comprendre le suicide. Il faut être contre le suicide. Contre !