La justice russe se remet sur le cas de l'ex-patron de Ioukos

Le procès de Mikhaïl Khodorkovski, tenu il y a deux ans, a été qualifié de «farce judiciaire» par les défenseurs des droits de l’Homme et critiqué par Washington.
Photo: Agence Reuters Le procès de Mikhaïl Khodorkovski, tenu il y a deux ans, a été qualifié de «farce judiciaire» par les défenseurs des droits de l’Homme et critiqué par Washington.

Moscou — La machine judiciaire russe s'est remise en marche hier contre l'ex-p.-d.g. du groupe pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, déjà condamné à huit ans de prison, en l'inculpant de nouveaux délits portant sur 23 milliards de dollars, menaçant d'alourdir sa peine et de bloquer une libération anticipée.

Moins de deux ans après un procès qualifié de «farce judiciaire» par les défenseurs des droits de l'Homme et critiqué par Washington, le Parquet général a produit de nouvelles accusations contre celui qui fut homme le plus riche de Russie, et son associé Platon Lebedev.

Les deux hommes sont accusés de «vol et détournement de biens à très grande échelle» et de «blanchiment d'argent ou de biens acquis par d'autres personnes dans un groupe organisé usant de méthodes criminelles», a annoncé le Parquet général dans un communiqué.

Les activités dont M. Khodorkovski est accusé portent sur un total de 23 milliards de dollars, a précisé son avocat Iouri Chmidt sur la radio Echo de Moscou, les qualifiant de «totalement absurdes et folles».

Selon un autre avocat, Karinna Moskalenko, M. Khodorkovski risque jusqu'à quinze ans de prison. S'il était condamné à la peine maximale, cette peine se substituerait à celle déjà prononcée.

«Il a dit qu'il était innocent et qu'il disposait d'éléments tangibles montrant que ces accusations sont infondées», a dit Mme Moskalenko, depuis Tchita, chef-lieu de la région éponyme en Sibérie orientale, où l'ex-p.-d.g. est incarcéré et entendu par des magistrats depuis décembre.

En décembre, l'homme d'affaires avait été interrogé par les enquêteurs du parquet sur un présumé «blanchiment d'argent» par le biais de sa fondation philanthropique Russie ouverte.

«Certaines personnes haut placées de l'administration présidentielle s'inquiètent du fait que l'an prochain, j'aurai purgé la moitié de ma peine [...] et qu'il existe théoriquement une possibilité de libération anticipée», avait alors déclaré M. Khodorkovski.

L'ex-associé de M. Khodorkovski, Platon Lebedev s'est vu notifier des chefs d'accusations similaires, a indiqué son avocat Konstantin Rivkine.

Dans un communiqué, l'équipe d'avocats internationaux qui défend l'ex-patron de Ioukos a fustigé des nouvelles accusations prononcées «pour des motifs purement politiques».

«Le premier procès avait échoué à convaincre le monde que Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev étaient des criminels, donc le parquet général doit encore essayer», estiment les avocats.

Rappelant que leurs clients auraient, en théorie, pu bénéficier d'une libération anticipée dès cette année après avoir purgé la moitié de leur peine, ils estiment que «le gouvernement russe a porté ces nouvelles accusations pour [les] laisser incarcérés au moins jusqu'à la prochaine élection présidentielle de 2008».

Arrêté en octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovski a été condamné en mai 2005 à neuf ans de prison pour escroquerie et fraude fiscale à grande échelle, au terme d'un procès considéré comme inspiré par le Kremlin pour reprendre le contrôle de précieux actifs pétroliers et mettre au pas un homme d'affaires manifestant des ambitions politiques.

Sa peine, comme celle de Platon Lebedev, avait ensuite été réduite à huit ans en appel en septembre 2005.

L'ex-p.-d.g. de Ioukos purge sa peine dans le camp pénitentiaire de Krasnokamensk, à environ 530 km au sud-est de Tchita, près de la frontière chinoise, et M. Lebedev à Kharp, à 60 km de Salekhard, le chef-lieu de la région autonome de Iamalo-Nenets, dans le Grand nord russe.

Ils ont été transférés en décembre 2006 à Tchita (6500 km de Moscou) pour être entendus dans le cadre de cette nouvelle affaire.