L'appartement-fumoir pour déjouer la loi antitabac

Peter Sergakis dans l’appartement qui sert de fumoir aux clients de son établissement.
Photo: Jacques Nadeau Peter Sergakis dans l’appartement qui sert de fumoir aux clients de son établissement.

Le locataire qui loue le logement à côté du bar Sky, situé dans le quartier gai rue Sainte-Catherine coin Alexandre-de-Sève, est très accueillant. Tellement accueillant, que son appartement est dénué de tout meuble, sauf quelques tables munies de cendriers pour accueillir les fumeurs du bar.

Depuis l'arrivée des grands froids, il y a deux semaines, les clients du Complexe Sky, un immense bar gai qui compte cinq discothèques, peuvent sortir par la porte arrière et grimper au deuxième étage de l'immeuble voisin pour en griller une bien au chaud. Le fumoir se résume à un petit studio, aux murs frais peints couleur nicotine, un poêle à bois inutilisé et une cuisinette. Une affiche sur le mur prévient les clients du bar qu'ils ne peuvent y apporter leurs verres, sous peine d'être «expulsés». La fenêtre entrouverte tient lieu de ventilation et toutes les portes menant vers l'extérieur sont fermées à l'exception de celle par où entrent les fumeurs.

Le tour de passe-passe semble conforme à la loi antitabac, entrée en vigueur en juin dernier. On y stipule que l'on permet un «abri utilisé exclusivement pour la consommation du tabac, où aucune activité ne se déroule [...], qui ne communique pas directement ou indirectement avec une installation ou un lieu fermé qui est assujetti à l'interdiction de fumer», résume la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Geneviève Villemure-Denis. Elle précise cependant qu'un tel fumoir doit aussi se conformer à la réglementation municipale et aux normes de sécurité incendie.

Le propriétaire du bar, le président-fondateur de l'Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis, est convaincu que le fumoir est «200 %» légal. «Mes clients se plaignaient de geler dehors. On fait tout ce que l'on peut en respectant la loi. Dans un logement privé où il n'y a que des fumeurs, il n'y a aucun problème à cela», affirme M. Sergakis.

Il soutient que ce n'est pas lui, mais bien son locataire, dont il ne peut fournir le nom ou les coordonnées, qui met cet appartement à la disposition des fumeurs. Une visite sur les lieux ne laisse cependant pas de doute sur le fait que l'appartement est inhabité, du moins pour la cuisine et le salon, la chambre et les toilettes situées au deuxième étage étant inaccessibles.

Si du côté de Québec, l'aménagement apparaît conforme à la loi antitabac, l'arrondissement Ville-Marie a tout de même l'intention d'inspecter les lieux rapidement. «L'inspecteur va faire une évaluation dans les prochains jours. [...] Est-ce qu'il y a des mesures de protection incendie comme il y a une concentration de fumeurs assez élevée?», s'est interrogé le responsable des communications de l'arrondissement, Jacques-Alain Lavallée.

C'est la première fois que l'arrondissement doit se prononcer sur ce type d'aménagement. Pourtant, les cas originaux n'ont pas manqué ces derniers mois. Des tenanciers ont loué des camions pour y installer les fumeurs devant leur établissement, d'autres ont aménagé des tentes ou des abris, dont plusieurs ont déjà été démantelés en raison des risques de feu.

Du côté du Service de sécurité incendie de Montréal, on ne se prononce pas sur le concept de l'appartement fumoir, tant qu'une plainte n'a pas été déposée et qu'une évaluation n'a pas été menée en bonne et due forme.

M. Sergakis, qui possède une douzaine d'établissements, est à l'origine de la poursuite en Cour supérieure pour contester la loi antitabac. Les tribunaux ont à deux reprises refusé de retarder l'entrée en vigueur de la loi en rejetant les demandes d'injonction, mais la cour supérieure devrait entendre la cause sur le fond au courant de l'été.

Entre-temps, M. Sergakis continuer de plaider sa cause sur toutes les tribunes. «85 % de notre clientèle, ce sont des fumeurs. Cela me met en colère de les voir fumer dehors au froid comme des citoyens de deuxième classe. Les non-fumeurs ne viennent pas chez nous, ils veulent manger leur salade et boire de l'eau», laisse tomber cet ex-fumeur un brin moqueur.
7 commentaires
  • Martine Castonguay - Inscrit 5 février 2007 10 h 08

    85%?

    Je sors au Sky depuis longtemps... Il n'y a pas 85% de fumeurs... espèce de .. fumiste ce M. S.

  • Pierre La France - Inscrit 5 février 2007 13 h 43

    Boycott

    Cet homme mériterai que les non fumeur boycottent son établissement, il se rendrait vite compte que son 85% ne tient pas la route. Il est simplement avide de publicité gratuite, et de l'argent des fumeurs...

  • Tina Marie Lalonde - Inscrite 5 février 2007 17 h 56

    Quoi de plus encore...

    En réponse aux commentaires ci-haut. Que veulent les non et ex-fumeurs de plus? Les fumeurs ne vous dérangent plus avec la fumée secondaire, ce qui était bien légitime à mon avis. Mais en quoi le fait de fumer à proximité, à l'extérieur peut-il vous déranger ? Pourquoi un boycott ? Mon opinion personnelle est que tout ce tabas origine des ex-fumeurs. On dit bien "Fumeur un jour, fumeur toujours". Il serait temps que leurs envies soient défoulés sur autres choses que sur le dos des fumeurs! Saviez-vous que le manque d'exercise est aussi si non plus dommageable que le tabagisme? Alors voulez-vous passer au sondage des habitudes de vie pouvant vous être nuisible?

  • Martine Castonguay - Inscrit 5 février 2007 19 h 38

    85%-2

    Mme Lalonde, je n'ai absolument rien contre les fumeurs, je crois que M. LaFrance non plus. Relisez les commentaires,
    Merci

  • Maxime Leduc - Inscrit 5 février 2007 20 h 50

    On arrive à des solutions comme ça

    On arrive à des solutions comme ça lorsque les lois, anti-tabac dans ce cas-ci, sont beaucoup trop radicales et limitent les libertés individuelles. Les non-fumeurs ont droit à un air pur dans les lieux publics. Pourquoi les fumeurs ne pourraient pas au moins avoir le droit de fumer dans des bars, dans des sections aménagés ou non