L'Hôpital juif a manqué à son devoir d'accommodement raisonnable

La Commission des droits de la personne a recommandé hier à l'Hôpital général juif de Montréal de verser 10 000 $ à un ambulancier à l'emploi d'Urgences-Santé qui avait été expulsé de la cafétéria du centre hospitalier en février 2005 parce qu'il mangeait de la nourriture non casher, ce qui est interdit dans la religion juive.

La Commission a ainsi statué que l'établissement de soins de santé avait porté atteinte à la liberté de religion et de conscience de l'ambulancier, mais aussi à son droit à la sauvegarde de la liberté et au respect de sa vie privée. «L'hôpital a manqué à son devoir d'accommodement raisonnable», a commenté par la suite Ginette L'Heureux, porte-parole de la Commission des droits de la personne, sur les ondes de TVA. La Commission conclut enfin que l'hôpital aurait dû diriger les ambulanciers vers un local réservé aux employés, un endroit non casher.

L'affaire remonte à février 2005. Un ambulancier et sa collègue avait alors transporté un patient à cet hôpital et avaient décidé d'y prendre leur heure de lunch. Le gérant de la cafétéria les avait alors prévenus qu'il leur était interdit de manger de la nourriture non casher. Les deux ambulanciers avaient refusé d'obtempérer et un agent de sécurité les avait obligés à quitter les lieux. L'ambulancier Yvon Verreault avait donc porté plainte auprès de la Commission des droits de la personne.

Bien que l'Hôpital général juif soit non confessionnel, il respecte en effet les valeurs du judaïsme. Ses cinq zones de restauration sont toutes désignées comme casher. Cette consigne est clairement affichée. «Ici, on dit qu'on prie les employés de ne pas apporter de la nourriture de l'extérieur», avait alors expliqué le directeur des ressources humaines de l'hôpital, Jean-Marie Mallet, ajoutant que l'ambulancier s'était vu proposer d'aller manger dans le local réservé aux employés.

Hier, un porte-parole du Congrès juif canadien, Jeffrey Boro, s'est dit «très désappointé» par la décision de la Commission, invitant l'hôpital à faire appel de cette décision. Selon lui, l'hôpital est obligé de faire revenir des rabbins afin de «nettoyer l'endroit» pour le rendre casher de nouveau, ce qui coûte très cher.

Les deux parties ont jusqu'à la mi-février pour s'entendre, faute de quoi le Tribunal des droits de la personne sera saisi du dossier.