Une étiquette pour combattre les ateliers de misère

La Coalition québécoise contre les ateliers de misère (CQCAM) demande à Ottawa de modifier sa Loi sur l'étiquetage du textile afin de forcer les industriels à ajouter le nom et l'adresse des usines de fabrication sur les étiquettes des vêtements vendus au Canada. Cette mesure, réclamée au nom de la transparence, pourrait d'ailleurs faire l'objet d'une campagne nationale dans les prochains mois en prévision des élections à venir, prévient l'organisme.

«Nous sommes favorables à un projet de loi qui obligerait les entreprises à fournir ces détails sur les étiquettes», a indiqué hier Marie-Noëlle Roy, coordonnatrice de la CQCAM, un groupe de défense des droits des travailleurs du textile à travers le monde. «Aujourd'hui, la dimension éthique d'un produit est de plus en plus importante pour les consommateurs. Dans ce contexte, les entreprises doivent se montrer davantage transparentes quant aux conditions de fabrication. Et cette réforme législative va dans ce sens.»

Pour la Coalition, les coordonnées de la manufacture où une pièce de vêtement a été confectionnée devraient aider les consommateurs à faire des choix éclairés. En ayant cette information en main, ils pourraient ainsi opter pour des produits textiles élaborés dans des usines où les droits des travailleurs sont respectés et du même coup refuser d'acheter les autres, forçant alors les entreprises à revoir leurs pratiques de sous-traitance dans les pays en développement.

Ces données seraient aussi prisées par les organismes non gouvernementaux (ONG) pour guider sur le terrain leurs programmes de surveillance des droits des travailleurs dans plusieurs pays du globe.

D'ici quelques semaines, la Coalition compte s'asseoir avec le Groupe d'action pour le commerce éthique (ETAG), un groupe de pression similaire installé à Toronto. Objectif? Discuter d'une éventuelle stratégie visant à forcer la main du gouvernement de Stephen Harper pour modifier les règles d'étiquetage du textile.

La députée libérale Marlène Jennings risque d'ailleurs d'appuyer cette démarche. En 2004, elle a en effet déposé au Parlement un projet de loi (C-527) pour faire ajouter les coordonnées des usines de production sur les étiquettes des vêtements. La demande de modification législative est toutefois morte au feuilleton il y a un an pour cause d'élections.

«Cette réforme est toujours valable car elle permet de suivre à la trace la production d'un vêtement et ainsi de mieux identifier ceux qui sont plus équitables que d'autres, a commenté hier lors d'un entretien téléphonique la députée de Notre-Dame-de-Grâce. J'évalue d'ailleurs la possibilité de déposer à nouveau mon projet de loi dans les prochaines semaines.»

La réécriture de la Loi sur l'étiquetage du textile pour offrir plus de détails sur les approvisionnements se retrouve depuis quelques années au coeur des préoccupations de plusieurs groupes de pression versés dans la défense d'une mondialisation à visage humain. Leurs revendications sont aussi régulièrement rejetées du revers de la main par le gouvernement fédéral.

En mai 2005, par exemple, le ministre de l'Industrie de l'époque, David Emerson, a qualifié ce projet d'inadéquat dans une lettre adressée à ETAG. Selon lui, l'ajout des coordonnées d'usines sur les étiquettes «implique des démarches techniques, légales et logistiques compliquées ainsi que des coûts importants» sans assurance que «ces informations soient réellement utilisées par les consommateurs» pour renverser des tendances en matière de droit du travail dans le monde, écrit-il dans sa missive.