Sortie côté club

Il suffit de franchir le seuil de la vénérable institution du centre-ville pour découvrir tout le faste qui prévalait dans les grandes maisons montréalaises de la fin du XIXe siècle.
Photo: Jacques Grenier Il suffit de franchir le seuil de la vénérable institution du centre-ville pour découvrir tout le faste qui prévalait dans les grandes maisons montréalaises de la fin du XIXe siècle.

À l'occasion des Fêtes, la maison George Stephen, une imposante demeure bourgeoise mieux connue sous le nom de Club Mount Stephen, se pare de ses plus beaux atours et nous en met plein la vue. Visite.

À l'instar de Groucho Marx, vous ne feriez jamais partie d'un club qui vous accepterait comme membre? Comme il vous plaira, mais sachez tout de même que les week-ends, le Club Mount Stephen, qui célèbre ses 80 ans cette année, vous ouvre ses portes le temps d'un brunch, d'un dîner et d'un voyage dans le temps. Il suffit en effet de franchir le seuil de cette vénérable institution du centre-ville pour découvrir tout le faste qui prévalait dans les grandes maisons montréalaises de la fin du XIXe siècle.

En 1880, l'Écossais George Stephen, homme d'affaires influent devenu président de la Banque de Montréal, souhaite avoir une résidence qui reflète son statut social. Trois ans, 3000 ouvriers et 600 000 $ plus tard, oui, madame, la résidence, construite selon les plans de l'architecte William Tutin Thomas, est fin prête. Entourée d'un jardin, elle ressemble à un petit palais italien et l'intérieur, qui fait la part belle aux matières nobles, est à l'avenant.

Hauts plafonds à caissons sculptés, ornementation de bois rares tels l'acajou cubain et le bois de satin du Ceylan, dix cheminées dont une, monumentale, habillée d'un manteau d'onyx, vitraux dépeignant des scènes tirées d'oeuvres de Shakespeare, plafonniers, poignées de porte et grilles de radiateur plaquées or 22 carats, un escalier majestueux... Toute cette opulence victorienne est assurément digne du Golden Square Mile, à l'époque le quartier résidentiel le plus riche du Canada.

Le président-fondateur du Canadien Pacifique y vivra jusqu'en 1890, année de son déménagement à Londres. En 1891, la reine Victoria, qui l'avait déjà élevé au rang de baronnet, en fait un baron. Il prend alors le titre de lord Mount Stephen, d'où le nom du futur club privé.

Clubistes en toile de fond

On peut d'ailleurs dire que c'est ce fameux club qui assurera la survie de la maison. Habitée par Elsie, la soeur de George, puis par son neveu jusqu'en 1926, elle est vendue à un promoteur immobilier qui envisage de la démolir. Un groupe d'hommes d'affaires se porte alors à sa rescousse et y établit son cercle.

Et voilà que 80 ans plus tard, une nouvelle page de son histoire s'écrit. En mai dernier, Tidan, une société immobilière montréalaise qui possède entre autres sept hôtels au Québec, s'en portait acquéreur. Ce fut un achat coup-de-coeur, raconte Mike Yuval, actionnaire principal du groupe: «Invité au club il y a trois ou quatre ans, j'avais été ébloui par le fait qu'une telle splendeur existe à Montréal. Je m'étais alors dit que si elle faisait partie de mon portefeuille immobilier, je pourrais faire en sorte que davantage de gens puissent en profiter. Et maintenant, je fais tout en mon pouvoir pour que le public découvre ce trésor du patrimoine montréalais.»

Le lustre d'antan

Au cours des derniers mois, des travaux de restauration, dont la remise à neuf des boiseries, ont contribué à rendre à la résidence son lustre d'antan. Un système de climatisation central, parfaitement dissimulé, ajoute désormais au confort des visiteurs. Afin qu'un plus grand nombre de personnes puissent jouir des lieux, on a également modifié la configuration de certaines salles de réception qui, dès mars prochain, pourront accueillir plus de 300 convives.

Plusieurs autres projets sont sur la table à dessin, tels un jardin et une terrasse dès juillet prochain, une salle de jeux, une salle de billard, un cellier ainsi qu'une rampe d'accès pour handicapés.

Réservé la semaine à ses quelque 400 membres (dont plus de 50 % sont francophones), le Club Mount Stephen accueille le grand public les week-ends à l'occasion d'un dîner gastronomique en musique le samedi soir et d'un brunch dominical. Entre autres délices au menu, le directeur général Silvio Sicoli mentionne le canard au miel, l'agneau aux fines herbes, le bar chilien et les pâtes à l'huile de truffe concoctées par le chef Frank Barbusci. «Notre spécialité est le foie gras, dit-il, et, pour les enfants, on a une fontaine de chocolat. C'est le meilleur brunch en ville, servi dans un cadre intime.» Un cadre qui, en cette période des Fêtes, est empreint de féerie. Ah, si seulement le baron voyait ça!

- Renseignements: www.clubmountstephen.net
- Réservations: Tél: 514 849-7338
- Le Club Mount Stephen est situé au 1440 de la rue Drummond, à Montréal. On y impose le code vestimentaire suivant: semi-formel, c'est-à-dire port d'un veston pour les hommes, et point de jeans, évidemment. Le Club sera fermé du 25 décembre au 2 janvier. Repas à partir de 42,95 $ par personne, comprenant une visite guidée de la maison. Par ailleurs, si vous ne partagez pas l'avis de Groucho et souhaitez devenir membre, sachez qu'il vous en coûtera au bas mot 4500 $ la première année et 2500 $ annuellement par la suite.

Collaboratrice du Devoir