Le nouveau tramway parisien fait fureur... et fait râler

La nouvelle ligne pourrait rapidement devenir la plus achalandée d’Europe.
Photo: Agence France-Presse (photo) La nouvelle ligne pourrait rapidement devenir la plus achalandée d’Europe.

Paris — Inaugurée en grande pompe samedi en présence du maire de Montréal, Gérald Tremblay, la nouvelle ligne de tramway parisienne vient de passer le test du public. Le week-end dernier, plus de 120 000 personnes avaient déjà emprunté le tracé qui s'étend sur huit kilomètres le long de la ceinture sud des boulevards des Maréchaux. Il suffit de constater l'affluence à l'heure de pointe pour conclure que les habitants de ces quartiers périphériques ne pourraient déjà plus se passer de cette nouvelle ligne qui, un jour, fera le tour complet de la capitale.

Seuls les automobilistes n'apprécient guère le retour du tramway à Paris après une absence de 70 ans. Il faut dire que les élégantes rames dessinées par Alstom ne s'arrêtent jamais aux feux rouges. Pour les usagers, fini la congestion et les bus bondés dans lesquels il fallait s'entasser. Les nouvelles rames offrent un aménagement plus spacieux et, surtout, un trajet réglé au quart de tour. Une fois la période de rodage achevée, les rames passeront aux quatre minutes à l'heure de pointe et à toutes les huit minutes en temps normal. Il faut dorénavant 24 minutes pour parcourir les 17 stations qui séparent le pont de Garigliano de la porte d'Ivry, quels que soient l'heure, le trafic et la température.

Avec 100 000 voyageurs prévus chaque jour et 11 000 personnes à l'heure de pointe chaque matin, la nouvelle ligne pourrait rapidement devenir la plus achalandée d'Europe. C'est le double de ce que les autobus pouvaient transporter. Un sondage publié par Le Figaro montre que, malgré les coûts (plus de 450 millions de dollars) et les dérangements provoqués par trois ans de travaux, deux Parisiens sur trois se déclarent satisfaits du retour des tramways. 78 % des répondants les trouvent beaux. Même 53 % des sympathisants de droite (réputés moins sympathiques aux transports en commun) accueillent favorablement la nouvelle ligne T3.

Il faut dire que rien n'a été négligé, du gazon le long des voies aux oeuvres d'art qui jalonnent le tracé. Du pont de Garigliano à la porte d'Ivry, on peut en effet admirer les oeuvres de huit artistes internationaux. Cela va des effets de lumière de la Britannique Angela Bulloch aux fourmis géantes de l'Autrichien Peter Kogler, sans compter les jeux de miroirs de l'Américain Dan Graham et une étrange cabine téléphonique réalisée par la Française Sophie Calle et l'architecte Frank Gehry.

La guerre aux voitures

L'objectif affiché est clair: réduire de 25 % la circulation automobile sur les boulevards qui bordent le sud de la ville. Cette inauguration vient couronner la politique en faveur des piétons et des transports en commun que mène depuis quelques années l'administration socialiste de Bertrand Delanoë. En mettant Paris sens dessus dessous, le maire ne s'est pourtant pas fait que des amis. D'ailleurs, l'opposition de droite dirigée par Françoise de Panafieu a purement et simplement boycotté les cérémonies d'inauguration du tramway. Le gouvernement de Dominique de Villepin n'y a envoyé que son ministre du Tourisme, Léon Bertrand. Celui des Transports avait, dit-on, mieux à faire. Tout se passe à Paris comme si le tramway était de gauche et l'automobile de droite.

Pour l'opposition municipale, porte-parole des automobilistes en colère, le tramway n'est pas une priorité. Françoise de Panafieu craint qu'il n'érige une «muraille» entre la ville et sa banlieue et qu'il aggrave les embouteillages. Les élus de droite parlent d'un mode de transport rétrograde qui est sans contredit le plus gênant qui soit pour les automobilistes à cause de ses voies propres.

À la mairie, on voit les choses autrement. À un peu plus d'un an des élections municipales, Bertrand Delanoë fait le pari que les résidants oublieront vite les trois ans de travaux qui s'achèvent et la congestion automobile que ceux-ci ont suscitée. Dans la quinzaine de villes françaises où le tramway est de retour, il a rapidement été plébiscité. La plupart des maires qui ont pris cette initiative ont été réélus triomphalement. Lors de l'ouverture de la ligne T3, 52 % des Parisiens se disaient d'ailleurs satisfaits de l'action du maire, contre 37 % de mécontents.

À Paris, le tramway n'est cependant que la pointe de l'iceberg. Son retour s'accompagne d'une gigantesque opération de réaménagement des voies publiques. Le long du tracé, plus de 400 places de stationnement ont disparu. Dans tous les quartiers, on élargit systématiquement les trottoirs où il était autrefois impossible de marcher à deux côte à côte. Des dizaines de voies réservées aux bus ont été aménagées et encore plus d'intersections redessinées afin de créer des places plus grandes où on plante des arbres et sur lesquelles s'installent de nouvelles terrasses de cafés. Certains lieux, comme les environs du métro Saint-Paul, dans le Marais, sont devenus méconnaissables.

Tout cela se fait évidemment au détriment des automobilistes, à qui l'administration municipale semble avoir ouvertement déclaré la guerre. Selon l'adjoint du maire responsable des transports, le conseiller Denis Baupin, il s'agit tout simplement de rendre Paris aux piétons. Les automobilistes en colère l'ont surnommé le «Khmer vert» ou «l'homme qui a inventé les embouteillages la nuit».

Le tour de la capitale

À Paris, le T3 devrait redonner vie aux boulevards des Maréchaux, désertés à cause de leur trafic intense et de leur proximité de l'autoroute périphérique. Dans la plupart des villes française qui ont fait renaître le tramway, l'opération s'accompagne en effet d'un effort de revitalisation des quartiers desservis. Le tramway est rapidement devenu un moyen de restructurer la ville. Une fois les travaux achevés, les commerçants situés sur le tracé n'ont généralement pas à se plaindre puisqu'ils enregistrent une augmentation de clientèle.

Le projet est tout ce qui reste de la candidature malheureuse de Paris aux Jeux olympiques de 2012. Le plan d'ensemble prévoit que le tramway fera, à terme, le tour de la capitale. D'ici 2012, un nouveau tronçon devrait relier le T3 à la porte de Lachapelle, au nord de la ville. La ligne pourrait même faire une incursion en banlieue et traverser la ville de Pantin.

Mais le coût de cette deuxième phase des travaux frôlent les 900 millions de dollars et leur financement est loin d'être assuré. La Régie des transports parisiens ne peut fournir que 30 % des sommes nécessaires. Le gouvernement français a déjà annoncé qu'il n'y mettrait pas un sou. À Paris, on table évidemment sur l'élection possible à la présidence de la socialiste Ségolène Royal, en mai prochain, pour renverser le courant.

Mais les Parisiens ont-ils vraiment d'autre choix? Un métro autour de la capitale, nommé «métrophérique», coûterait au bas mot entre 7,5 et 15 milliards de dollars. Or une étude récente estime à un million le nombre de trajets routiers quotidiens qui s'ajouteront au trafic actuel à Paris et dans les départements limitrophes d'ici 15 ans.

Tramway ou pas, les automobilistes n'ont pas fini de râler.

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Correspondant du Devoir à Paris
2 commentaires
  • James Turner - Abonné 21 décembre 2006 07 h 03

    On pourrait le faire aussi

    Quelle nouvelle réjouissante ! Si une ville aussi complexe que Paris est capable de réussir de telles constructions, on pourrait certainement faire autant si on avait un peu de volonté. Tant qu'on reste attaché à cette mentalité arriérée qui veut que le transport en commun est pour les pauvres, rien ne bougera. Il faut regarder vers l'avenir, et lâcher prise de cette idéologie qui tient à tout prix à ce mode dépassé de transport urbain qu'est l'automobile.

  • Christian Charron - Inscrit 21 décembre 2006 10 h 59

    Québec versus l'Europe : déplorable

    Des villes sans voiture sont possibles en Europe, parce que les infrastructures ferroviaires À L'EXTÉRIEUR des villes sont extrêmement développées. Un citoyen européen peut se passer complètement d'une voiture.

    Ici au Québec, nous sommes extrêmement en retard par rapport aux Européens. Avant d'instaurer un tramway à Montréal, il faudrait d'abord la relier à sa banlieue et aux autres villes du Québec avec un réseau de trains efficace. Et là, nous sommes à l'ère préhistorique par rapport aux Européens, qui relient les villes avec des TGV à 250 km/h.

    Nous avons Bombardier et nous n'avons aucun réseau de transport en commun digne de ce nom au Québec, hormis le métro de Montréal. Une vraie honte. Arrêtons de chercher les «grands projets» comme le déménagement du casino et les hôpitaux universitaires à 3.8 milliards. Les défis nous sauvent en pleine figure : le train!

    Christian Charron