Espionnage industriel? - On a volé le secret de la quiche PG!

Un employé indiscret de Plaisirs Gastronomiques a profité de l’accès privilégié qu’il avait aux recettes de l’entreprise pour se les approprier
Photo: Jacques Grenier Un employé indiscret de Plaisirs Gastronomiques a profité de l’accès privilégié qu’il avait aux recettes de l’entreprise pour se les approprier

Panique dans le monde de la bouffe-minute: l'espionnage industriel, qui jette généralement son dévolu sur les hautes technologies, s'intéresserait-il aussi au secteur de la transformation alimentaire? C'est ce qu'on pourrait conclure à la lecture de la demande d'injonction présentée à la fin octobre par l'entreprise Plaisirs Gastronomiques qui présumait qu'un de ses contremaîtres s'était transmis par Internet, sans autorisation, des documents confidentiels.

Le transformateur alimentaire Plaisirs Gastronomiques (PG) l'aurait échappé belle. Allégée de quelques secrets industriels entre mai et octobre derniers, l'entreprise de Boisbriand, célèbre pour ses publicités loufoques et ses quiches surgelées, vient peut-être d'éviter que ses recettes ne tombent entre de mauvaises mains. Et ce, au terme d'une procédure judiciaire qui s'est soldée lundi dernier par une entente hors cour entre la direction de PG et l'espion présumé.

Dans les grandes lignes, PG tentait désespérément depuis fin octobre de récupérer une série de documents jugés «hautement confidentiels» lui appartenant, qu'un contremaître de production affecté au secteur des pâtés, des quiches et des feuilletés lui aurait subtilisés au cours des derniers mois.

Ce cas intriguant d'«espionnage» dans le monde de la bouffe industrielle porte sur la «presque totalité» des 200 recettes de quiches, pâtés, salades et autres plats préparés du transformateur. Les inventaires de l'entreprise, ses procédures d'hygiène ainsi que quelques photos d'équipements utilisés pour la fabrication de certaines lignes de produits, sont aussi touchés, selon les documents de la poursuite déposés en cour fin octobre.

Selon cette requête, PG a découvert le pot au roses dans la semaine du 30 octobre 2006 lors d'un changement de serveur informatique. Un technicien chargé de reconfigurer des boîtes de courriels s'est rendu compte qu'un des trois contremaîtres, celui qui était affecté au quart de travail de soir, se serait expédié entre le 23 mai et le 27 octobre plusieurs messages électroniques sur son compte de courriel personnel Hotmail. Ces messages sortant de l'entreprise étaient tous accompagnés en pièces jointes d'une foule de données dites stratégiques «faisant partie intégrante de [la] propriété intellectuelle» de PG ainsi que des secrets qui sont à la base de son fonds de commerce.

L'espion ès feuilletés faisait partie des dix employés, sur 340 personnes, qui ont accès aux recettes et aux données techniques confidentielles de l'entreprise. De ce fait, au moment de son embauche, il a signé un «engagement à l'obligation de loyauté», donc au respect et à la non-diffusion des secrets de l'entreprise, rappelle PG dans sa requête. Tous ces transferts d'information ont été commis en pleine nuit.

Sauver les meubles

Alertée par le technicien en informatique, la direction a convoqué l'employé dans les heures suivant la découverte, sans toutefois réussir à savoir ce qu'il comptait faire de ces recettes, qualifiées par PG «d'actifs les plus importants» de l'entreprise.

La direction s'est aussi rapidement adressée à un tribunal afin d'obtenir le droit de saisir tout le matériel informatique personnel et de s'assurer que les recettes et procédés de fabrication des produits de PG ne se retrouvent pas sur un marché obscur. L'homme a par ailleurs remis sa démission dans les jours qui ont suivi.

Au terme de deux mois de procédure, la requête judiciaire s'est conclue en début de semaine par une entente hors cour entre la PG et le contremaître branché et trop curieux. Le contenu de cette entente étant soumis à une obligation de confidentialité, les deux parties ne sont en mesure ni de la commenter ni d'en dévoiler les détails.

PG affirmait dans sa requête en injonction du 30 octobre que les «manoeuvres et les agissements déloyaux et illégaux» de son ex-employé lui faisaient subir et continueraient à lui faire subir des «préjudices sérieux et irréparables».