Carte à puce de Loto-Québec: un pari risqué

L'utilisation d'une carte à puce comme mode de paiement pour jouer dans les appareils de loterie vidéo (ALV) accélère le rythme du pari et ne vise donc qu'à augmenter les profits de Loto-Québec, estiment des chercheurs en santé publique.

Les intentions de Loto-Québec, révélées hier dans Le Devoir, d'instaurer dans ses futurs salons de jeu un système de portefeuille électronique ont d'abord soulevé l'étonnement. La société d'État présente en effet ce changement comme une façon de prévenir le jeu pathologique. Or, sur le site internet d'entreprises qui offrent des systèmes appelés «player tracking» ou «cashless system», les notions de jeu responsable ou de prévention sont totalement absentes.

«L'étiquette "outil de prévention" qui est accolée [à la carte à puce] ne repose sur aucun fondement scientifique pour le moment et semble un terme destiné à favoriser l'acceptation d'une technologie plutôt susceptible à première vue de faire perdre la notion de l'argent aux joueurs», croit Elisabeth Papineau, chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec.

À la Direction de la santé publique de Montréal, le sociologue Serge Chevalier abonde dans ce sens: «Les informations multiples qu'une carte à puce permet de collecter sur un joueur ou une communauté de joueurs, pourraient servir à des fins de prévention. Mais on ne connaît pas d'endroit au monde où cela se fait. [...] En soi, c'est une mesure qui contribue à faire jouer davantage les personnes. Il y a donc une crainte réelle d'un point de vue de santé publique.»

Loto-Québec a lancé un appel de propositions cet automne. Le contrat, qui doit être attribué au début de l'année, vise notamment à diminuer l'utilisation d'argent comptant dans les salons de jeu. Selon l'Association européenne pour l'étude des jeux de hasard, les cartes à puce permettraient de réduire de 40 % les coûts d'opération. Les fabricants de cartes font d'ailleurs leur promotion en soulignant à quel point le système offre des économies potentielles. Il n'est plus nécessaire d'investir autant dans les mesures de sécurité puisqu'il y a moins d'argent comptant en circulation. De plus, la manutention de l'argent et son transport ne nécessitent plus la même attention.

Les détenteurs de la carte à puces forment une clientèle cible à qui on peut offrir des promotions spéciales, des récompenses, des primes, comme le soulignent les fabricants. Les informations personnelles contenues dans les cartes serviraient-elles à des fins de marketing? Rien n'indique que Loto-Québec veuille emprunter cette voie. En fait, la société d'État est assez avare de commentaires sur ce dossier.