Des milliers de personnes détroussées d'environ 40 millions - La GRC démantèle un réseau de télémarketing frauduleux

Arrestation d’un des fraudeurs.
Photo: Jacques Nadeau Arrestation d’un des fraudeurs.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a démantelé hier à Montréal un réseau de télémarketing frauduleux qui s'en prenait essentiellement à des personnes âgées du Canada et des États-Unis. Particulièrement efficace, cette organisation était à l'oeuvre depuis trois ans et parvenait à frauder plus de 500 personnes par semaine, pour un chiffre d'affaires annuel de huit à 13 millions $.

Quelque 200 policiers ont procédé hier à une trentaine d'arrestations et mené une cinquantaine de perquisitions. Selon les premières indications données par la porte-parole de la GRC, Hélène Lavergne, rien n'indique pour le moment que le réseau aurait sévi au Québec. L'enquête n'est toutefois par terminée. Pour couper court aux opérations frauduleuses, les suspects, dont l'identité n'a pas été dévoilée, ont été interpellés sans mandat et alors que l'enquête se poursuit.

Le motus operandi était bien ficelé. Les membres du réseau orchestraient deux types de fraude par télémarketing, «par loterie» et «de masse». Dans le premier cas, ils faisaient croire à leurs interlocuteurs qu'ils avaient gagné un gros lot. Pour le recevoir, les victimes devaient cependant leur acheminer un montant variant de 1 500 $ à 60 000 $ pour couvrir, par exemple, les frais de douanes, les taxes et les assurances. Pour ce type de fraude, 90 % des victimes auraient eu plus de 60 ans.

Ils poussaient même la fraude jusqu'à rappeler leurs victimes en se faisant passer pour des policiers qui auraient mis au jour un réseau de fraude par télémarketing. Ils affirmaient alors vouloir rendre l'argent aux victimes, mais en exigeant des frais pour l'acheminer.

Dans le cas de la fraude de masse, les fraudeurs prenaient au piège des citoyens en leur faisant miroiter qu'ils avaient gagné une bourse de 7 000 $. Pour recevoir cette somme, ils devaient leur faire parvenir un certain montant afin acquitter le coût de l'envoi ou les taxes en vigueur. Ils pouvaient également frauder des entreprises en leur vendant, par exemple, des trousses médicales. «Ils disaient que la trousse valait 500 $, mais ce qu'ils envoyaient valaient tout au plus 25 $», a expliqué hier M. Lavergne. Plus simplement, le réseau pouvait tout simplement facturer des services jamais rendus.

Pour l'ensemble de ces cas de fraudes menées à l'aide de ce télémarketing «de masse», le montant exigé aux victimes en retour de l'offre frauduleuse était inférieur à 500 $. «Dans ce cas, c'est beaucoup plus facile de convaincre les gens. On y allait aussi souvent de petits montants successifs», a dit la porte-parole de la GRC.

Fait à noter, toutes ces arnaques par télémarketing supposaient que les victimes envoient de l'argent sous forme de chèque certifié ou de mandat-poste. D'ailleurs, sept succursales montréalaises de l'entreprise Western Union, où ont été échangés des mandats-poste, ont été perquisitionnées. Deux autres commerces détenant un permis d'exploitation d'une autre compagnie spécialisée dans le transfert d'argent électronique ont également été visités par les enquêteurs. Le coup de filet d'hier a été orchestré par le Centre opérationnel de lutte contre le télémarketing frauduleux (COLT), mené par la GRC et formé en 1998 pour lutter contre la criminalité reliée au télémarketing.

À l'Office de la protection du consommateur, on a justement rappelé hier qu'il faut être prudent lorsqu'on fait l'objet d'une sollicitation téléphonique, chose de plus en plus fréquente. Selon le Centre d'appel antifraude du Canada Phonebusters, entre 500 et 1000 opérations criminelles de vente sous pression par télémarketing sont effectuées chaque jour au Canada, pour des ventes totales d'environ 1 milliard de dollars par année.