Un groupe favorisant la décriminalisation de la prostitution poursuit Ottawa

Ottawa — Un groupe qui réclame la décriminalisation de la prostitution au Canada compte poursuivre le gouvernement fédéral, affirmant que ses lois menacent la vie des travailleuses du sexe.

Valerie Scott, la directrice de Sex Professionals of Canada, a déclaré en entrevue à Toronto que la poursuite serait intentée en janvier.
Les lois sur la sollicitation et la tenue de maisons de débauche sont arbitraires, a affirmé Mme Scott. Elles font plus de mal que de bien, et le groupe intentera une poursuite en Cour supérieure de l'Ontario, a-t-elle dit. Elle a ajouté que son groupe espérait obtenir un jugement d'ici deux ans, après quoi, a-t-elle ajouté, «[il ira le cas échéant] en Cour suprême du Canada».

Selon une porte-parole de Sex Professionals, Wendy Babcock, les lois sur les maisons de débauche peuvent entraîner l'expulsion de femmes de leur domicile, puisque les propriétaires sont averties de leurs présumées activités.

Mme Scott a précisé que le groupe contesterait la constitutionnalité des lois sur la sollicitation. Le commerce du sexe se trouve dans une zone grise, sur le plan juridique, au Canada, parce que, bien que la prostitution elle-même ne soit pas illégale, les activités qui l'entourent le sont.

Notre profession est une des rares qui ne soient pas dotées d'une protection juridique, a déploré Mme Babcock. «La rendre illégale ne fait qu'entraîner les femmes dans des situations dangereuses.»

Violence contre les prostituées

La violence contre les prostituées a fait les manchettes ces dernières semaines. Cinq femmes ont été retrouvées assassinées à Ipswitch, en Angleterre, et au Canada, une mère de trois enfants, enceinte de sept mois, a été poignardée à mort à Gatineau, au Québec, après avoir eu un présumé «mauvais client». Et les jurés viennent tout juste d'être choisis en vue du procès de Robert Pickton, présumé tueur en série qui est accusé d'avoir tué au moins 26 femmes, la plupart prostituées, à Vancouver.

Selon un rapport de Statistique Canada pour l'année 2006, les femmes qui pratiquent la prostitution sont extrêmement vulnérables à la violence, laquelle n'est souvent pas rapportée.

Les statistiques sur le taux d'homicide des travailleuses du sexe sont presque certainement inférieures aux données véritables, selon un rapport formulé récemment par un sous-comité des Communes.

Mais après avoir entendu les témoignages de plus de 300 personnes, les députés des différents partis qui siègent au sous-comité ne sont pas parvenus à s'entendre sur des modifications législatives aux lois sur la prostitution.

Plusieurs défenseurs des droits des travailleuses du sexe affirment maintenant qu'il est temps d'avoir un débat national sur la violence à leur endroit.

La journée d'hier a été décrétée Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleuses et travailleurs du sexe. Au Canada, des marches et des veillées aux flambeaux étaient prévues à Montréal, Ottawa et Vancouver.