Hippodromes: le sénateur Massicotte embauche des cadres de la SONACC

Les premiers travaux destinés à remettre sur les rails une industrie qui périclite ont débuté cet automne, notamment à Québec et à Trois-Rivières.
Photo: Jacques Nadeau Les premiers travaux destinés à remettre sur les rails une industrie qui périclite ont débuté cet automne, notamment à Québec et à Trois-Rivières.

Des cadres supérieurs de la Société nationale du cheval de course (SONACC), dont le vérificateur général du Québec a présenté les dérives dans un rapport accablant déposé mardi, feront profiter de leur expertise l'entreprise privée Attractions hippiques, le nouveau gestionnaire des hippodromes.

Les nombreuses irrégularités relevées par le vérificateur, notamment des augmentations salariales injustifiées pouvant aller jusqu'à 30 %, des allocations automobiles variant entre 17 000 $ et 22 000 $ jamais signalées au fisc, des bonis pouvant s'élever à 30 000 $ et des repas gratuits totalisant la somme de 1,1 million, n'ont vraisemblablement pas ébranlé le sénateur libéral Paul J. Massicotte, propriétaire d'Attractions hippiques. Ainsi, celle qui signait les chèques à la SONACC et son collègue responsable de l'éthique au sein de l'organisme gouvernemental ont été embauchés afin d'aider M. Massicotte à atteindre son objectif de relancer l'industrie des courses.

Christiane Labelle, vice-présidente aux finances de la SONACC depuis quatre ans, occupe des fonctions similaires chez Attractions hippiques. Jean Bourdeau, qui était depuis juin dernier vice-président exécutif de cet organisme gouvernemental et qui, au cours des cinq années précédentes, avait été responsable de la sécurité et de l'éthique au sein de la SONACC, devient vice-président aux services (relations de travail, services alimentaires, sécurité et immeubles, entre autres).

La société Attractions hippiques a également retenu les services de Gérard Landry à titre de vice-président aux courses. M. Landry était directeur général des hippodromes de Québec et de Trois-Rivières depuis deux ans. Auparavant, il avait été directeur des communications à l'Hippodrome de Montréal. De plus, on retrouve au sein de l'équipe d'Attractions hippiques l'ancien directeur des activités inter-sites de la SONACC, Yvon Giguère, devenu chargé de projet du développement du programme de fidélisation des joueurs PariPlus.

Le conseiller spécial du sénateur Massicotte est Jean-Pierre Toupin, ancien vice-président au développement du Groupe Everest, une des neuf firmes au coeur du scandale des commandites. Il a été impossible de joindre le sénateur Massicotte hier.

De son côté, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a souligné au Devoir que les anciens employés de la SONACC vont travailler dans un nouveau cadre de politiques et de procédures. «Mme Labelle signait les chèques mais elle se faisait parfois dire de signer les chèques. Mme Labelle avait des patrons», a affirmé M. Lachance.

Celui-ci a toutefois rappelé qu'il y avait au sein de l'organisme gouvernemental «un problème de culture. Quand on gère des fonds publics, on doit montrer patte blanche, ne pas avoir ce genre de pratiques».

Par ailleurs, le rapport de M. Lachance pointe des éléments de la privatisation des hippodromes faite en faveur d'Attractions hippiques qui soulèvent des questions. Avant même que le gouvernement ne décide de se départir de la gestion des quatre hippodromes, on savait que le nouveau gestionnaire empocherait une aide financière équivalente à 22 % des revenus des appareils de loterie vidéo (ALV), dont le nombre passera de 460 à 1900.

Or le vérificateur a découvert qu'une option de renouvellement de dix ans est liée à l'entente de 15 ans. Il s'agit d'une garantie de revenus de 36,1 millions par année pour Attractions hippiques. Mais il y a plus: Attractions hippiques n'assumera pas les frais d'exploitation liés aux ALV alors que la SONACC payait cette facture. C'est Loto-Québec qui en hérite parce que les ALV seront concentrés dans les salons de jeu lui appartenant.

Une autre concession à Attractions hippiques concerne la taxe sur le pari mutuel. «L'appel de propositions était muet à cet égard», souligne le rapport. Mais Québec versera en entier le produit de la taxe perçue à l'entreprise privée. Après deux ans, la contribution annuelle passera de treize millions à quatre millions. Au total, le vérificateur estime qu'Attractions hippiques bénéficiera de 38,4 millions.

«C'est encore des subventions gouvernementales. [...] Il est clair que le gouvernement donne un niveau d'aide similaire à ce qu'il était sous la SONACC avec le même objectif de soutenir l'industrie. La seule différence, c'est que plutôt que le gouvernement le fasse à travers la SONACC, cette fois-ci, il le fait à partir d'une entité privée», a précisé Renaud Lachance.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut souligner que le prix d'achat des hippodromes a été diminué de façon considérable, passant de 6,7 millions à un million.

Les premiers travaux destinés à tenter de remettre sur ses rails une industrie qui périclite ont débuté cet automne, notamment à Québec et à Trois-Rivières. Pour ce qui est de la relocalisation de l'hippodrome Blue Bonnets de Montréal dans la couronne nord, les négociations se prolongent. Laval apparaît comme étant la piste d'atterrissage privilégiée, mais certains obstacles continuent de s'accumuler, dont le fait qu'il s'agit de terres agricoles.

Et c'est sans compter les critiques qui apparaissent devant le nouveau concept des hippodromes qui seront combinés aux salons de jeu de Loto-Québec. Cinq directions de la santé publique préparent d'ailleurs un avis public sur cette question. Dans l'épineux dossier du déménagement avorté du Casino de Montréal, la DSP de Montréal avait démontré que l'implantation d'offre de jeu dans des quartiers défavorisés est nuisible.

À cet égard, il est intéressant de noter que l'Hippodrome de Québec et le salon de jeu sont situés en plein coeur d'un des quartiers les plus pauvres de la capitale.
3 commentaires
  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 15 décembre 2006 09 h 08

    Plus ça change, plus c'est pareil

    Ce n'est pas parce que c'est une industrie que le gouvernement a l'obligation de la soutenir. À ce compte-là, pourquoi le gouvernement ne soutient-il pas l'industrie de la prostitution? Le gouvernement Charest continue de mépriser la population en soutenant, contre la volonté de celle-ci, une industrie qui ne mérite pas d'être subventionnée. Il y a tant d'autres besoins criants...

    Henri-B. Boivin, Chambly

  • André Morin - Inscrit 15 décembre 2006 09 h 31

    Doutes.

    Très surprenant que le Sénateur Massicotte embauche des cadres de la SONACC. M. Bourdeau a la vilaine habitude de ne pas retourner ses appels et messages (je l`ai expérimenté à 2 reprises au cours des 2 dernièrs années. Mme Labelle est très certainemant une personne très discrète. M. Yvon Giguère que j`ai très bien connu alors qu`il était assistant-entraineur de chevaux à l`hippodrome de Québec, et aussi alors qu`il était à l`emploi de la SONACC, estl`une des personnes les plus incompétente que j`ai connue.

    Par contre, je savais que tout ce monde avait des salaires exhorbitant, si on les compare au privé. En tant qu`ex-propriétaire de chevaux de courses, le seul moyen que j`avais pour parler à ce beau monde, c`était d`aller souper au restaurant Le Centaure de l`hippodrome de Montréal, ils y étaient à tous les jours de courses. La seule différence entre eux et moi, c`est que moi je payais mon repas.

  • nilo - Inscrit 15 décembre 2006 17 h 33

    C'est nous les chevaux qu'on fait courir

    Encore une fois, une fois de plus, des dirigants, des richissimes, des gâtés par l'existence, qui s'amusent quelque part à prendre un malin plaisir à jouer dangereusement avec le feu. Pourtant ils savent que c'est nous, leurs mains, quand ils se brûlent.

    Et eux de rétorquer cyniquement: Rassurez-vous nous protégeons nos mains (je n'ai rien fait ) comme nous protégeons nos yeux (je n'ai rien vu ), comme nous protégeons nos oreilles ( je n'ai rien entendu ). Ca, c'est le témoignage du singe, pas de l'humain.

    A ceux-la qui seraient tentés d'user de tels subterfuges, je désire simplement rappeler qu'ils nous traitent alors, nous les citoyens, électeurs et payeurs de taxes et impôts, comme de simples paires de gants jetables... Depuis quand on demande à nos députés de "stimuler l'économie", c'est pas pour cela qu'on les élit. Depuis quand on espère des sénateurs qu'ils vont investir dans des bisenisses pour sauver le plus bau païs du monde? Les commandites? Du déjà vu, passez.

    Vite, ça presse. C'est pas le sénat qu'il faut réformer.Si on élit des sénateurs, on veut les voir là, au Sénat, pas dans le jeu de cartes, ni dans la slate de popularité du premier ministre... Il serait bien capable de prendre les plus populaires pour en faire ses ministres à la chambre basse. Sinon, c'est le sénat qu'il faut abolir. A moins de nettoyer l'écurie de ce virus si difficile qu'est la corruption, la confusion entre le parlement et le parti politique, et surtout l'impunité éventuelle pour défaut de se consacrer exclusivement au progrès social et à l'avancement humain des québécois et des canadiens.

    C'est ma conviction que si on me demandait d'être sénateur, je laisserais tout, je vendrais tout, je donnerais tout ce que j'ai, pour la chance et l'honneur de servir un parlement, le pays, en chaque projet de loi soumis à la chambre haute, et surtout, dans le seul esprit de servir tous les citoyens, spécialement les plus démunis, les plus à risques, les plus fragiles, les plus candides, les plus prometteurs aussi, pas les biens nantis, pas les combinards, pas les scèneux de privilèges, pas les m'as-tu vu du haut de la galerie.

    Me semble que j'aurais pas le sentiment de construire mon pays, qu'il soit le Québec, qu'il soit le Canada, en dépensant, en trois heures au restaurant ce qu'un citoyen ordinaire et confiant, de même revenu que moi, épargne toute l'année comme montant équivalent pour payer ses impôts. C'est nous sinon les chevaux qu'on fait courir jusqu'à épuisement moral. De ça je ne veux pas.

    Oneil Bouchard