L'UdeM songe à vendre un pavillon acheté en 2003

Les travaux de démolition du pavillon Mont-Royal ont été largement avancés, puis entièrement laissée en plan.
Photo: Pascal Ratthé Les travaux de démolition du pavillon Mont-Royal ont été largement avancés, puis entièrement laissée en plan.

L'Université de Montréal achète, démantèle puis songe à revendre. C'est du moins ce qui se passe avec le pavillon Mont-Royal, l'ancienne maison-mère des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (SNJM), qu'elle a achetée en 2003 pour y déménager facultés, départements et bibliothèque. L'université y a largement avancé des travaux de démolition, avant de stopper les manoeuvres, en raison de la «démesure» des coûts. L'UdeM envisage maintenant de revendre le bâtiment.

En assemblée universitaire à la fin de septembre, le recteur Luc Vinet avait annoncé l'arrêt des travaux, entrepris en janvier 2006. Il avait évoqué la «démesure» des coûts prévus, évalués alors à 150 millions, comme l'a rapporté Forum, le journal institutionnel de l'UdeM. Le procès-verbal de cette assemblée universitaire pointe les «coûts élevés des travaux pour la mise aux normes de la Ville de Montréal», afin d'expliquer cette interruption.

L'ancien couvent, bâti en 1925, pourrait être vendu. L'option a été précisée lundi devant l'assemblée universitaire, cette fois par le vice-recteur exécutif Guy Breton.

«Nous évaluons toutes les options, incluant la vente complète», a confirmé hier Sophie Langlois, directrice des relations média de l'UdeM. «Nous évaluons aussi la possibilité de demeurer locataires dans le bâtiment, temporairement ou pour une plus longue période. Nous regardons la manière la plus responsable de faire les choses.»

Notons qu'il a été impossible de parler au vice-recteur responsable du dossier, les dirigeants de l'UdeM préférant d'abord s'adresser aux professeurs et employés qui occupent le pavillon Mont-Royal avant de causer avec les médias. Ils doivent rencontrer la communauté ce matin. Hormis les 15 millions payés pour l'achat de l'édifice, l'université n'a pas pu confirmer aucun autre montant lié à ce dossier.

De plus, un rapport commandé à une firme externe de consultants sur le «1420, boulevard Mont-Royal» a été reçu hier à l'UdeM. «Il faut en prendre connaissance», a expliqué Mme Langlois, qui a pu confirmer que des «inquiétudes» planaient déjà il y a un an autour de l'ampleur des travaux, qui s'annonçaient plus importants que prévu.

Le Devoir a visité cette semaine la portion condamnée de cet immense pavillon: nous avons constaté que la besogne avait été largement avancée, puis entièrement laissée en plan. À côté d'anciennes chambrettes ou classes demeurées intactes, l'entrepreneur a littéralement démoli certains espaces, voire un étage, sans doute en accord avec les plans et devis initiaux.

Ainsi, sous une magnifique chapelle — réplique de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure —, un étage semble-t-il destiné à accueillir la future bibliothèque de la Faculté de musique a été rasé. Une impressionnante structure d'acier composée de poutres et de colonnes soutient littéralement la chapelle, qui est située juste au-dessus.

Située au coeur du bâtiment, la chapelle occupe trois étages et est actuellement sous zone pressurisée. Un orgue Casavant y trône, sous la protection d'une petite cage en bois, sans doute construite pour éviter de malheureux dommages.

L'immeuble n'est pas classé parmi les biens protégés par le ministère de la Culture et des Communications, mais le seul fait d'être situé dans l'arrondissement historique et naturel du mont Royal lui assure une certaine protection. L'université s'en est portée acquéreur à l'automne 2003 mais a pris officiellement possession des locaux au printemps 2005 seulement. Les travaux se seraient donc échelonnés sur un peu plus d'une année.

Le ministère de l'Éducation a versé 40 millions à l'UdeM pour les besoins d'espace de sa faculté de médecine, et ce, en accord avec le Plan quinquennal d'immobilisations 2003-06, a-t-on confirmé hier au MELS. «Pour le réaménagement et l'acquisition de tout édifice destiné à combler ce besoin d'espace», a indiqué la porte-parole Marie-France Boulay, précisant que le ministère calcule l'enveloppe en fonction des besoins en mètres carrés par étudiant et non au mérite de chacun des projets immobiliers.

Une visite de cet édifice de style Beaux-Arts permet de constater la richesse architecturale: boiseries, planchers de bois franc, vastes pièces, où merisier et chêne sont à l'honneur. À travers les décennies, l'édifice a abrité 1000 religieuses et novices, guidées par une mission d'enseignement.

Parallèlement au début des travaux, qui ont été menés par l'entrepreneur J.-E. Verreault et fils, des professeurs et chercheurs de l'UdeM ont déménagé leurs pénates dans une portion du bâtiment. Depuis le moment où elle a pris possession de l'édifice, l'UdeM occupe donc deux étages de l'aile ouest du pavillon. Les départements d'administration de la santé et de médecine préventive, liés à la faculté de médecine, y demeurent. La faculté de musique s'y est aussi partiellement installée, de même que le BRAMS, un laboratoire de recherche sur le cerveau, la musique et le son. Le Groupe de recherche interdisciplinaire en santé y est également logé.

Au moment de l'acquisition, l'université songeait à deux phases de travaux d'aménagement, la première à conclure avant 2007, l'autre en 2010. Comme l'avançait alors le journal Forum, le début des travaux prévoyait l'emménagement de la bibliothèque de la faculté de musique de même que le département de musicologie. On comptait aussi y installer la faculté de théologie et de sciences de la religion, en accord parfait avec la vocation première de l'édifice, de même que certains départements de la faculté de médecine.

La seconde phase des travaux englobait le transfert de départements tels que géographie, santé environnementale et santé au travail et le Centre de formation initiale des maîtres. Selon certains scénarios, on évoquait de transférer à terme de 1200 à 1500 personnes dans cet immense bâtiment.

Lorsqu'elles ont déménagé, les soeurs de la congrégation des SNJM étaient 245. Elles sont retournées à Longueuil, sur le lieu de fondation de la communauté. L'école primaire Externat Mont-Jésus-Marie n'a pas été vendue mais relocalisée sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine.
3 commentaires
  • Michel Seymour - Abonné 15 décembre 2006 05 h 58

    Une planification réussie?

    Comment se fait-il que l'U de M a acheté un immeuble avant de se rendre compte que les coûts de rénovation allaient être trop élevés? Le bon sens ne commande-t-il pas de faire une évaluation des coûts requis avant de se lancer dans l'aventure? Cela augure mal pour cet autre projet d'agrandissement du campus, qui se trouve sur la gare de triage d'Outremont.

    La direction y a déjà engagé 20 millions, et le gouvernement québécois engage de son côté quelque 30 millions. Mais le projet s'élève à un milliard de dollars! Nous sommes ici non seulement sur un terrain contaminé, mais aussi sur un terrain «miné» de toute part par mille embûches. Pendant ce temps là, on gèle le processus d'embauche des nouveaux profs ! Michel Seymour, Prof. titulaire, U de M

  • Robert Henri - Inscrit 15 décembre 2006 06 h 36

    L'UdeM, L'Université...

    L'UdeM songe à vendre un pavillon acheté en 2003... Une université qui forme l'élite de demain, pour employer le cliché habituel, incapable de bien évaluer un édifice et les travaux que sa restauration commande. Ça promet! Et qui va encore payer? Je vous le donne en mille.

  • Auger Francine - Inscrite 15 décembre 2006 09 h 43

    Corrections....

    Bonjour,

    Petites corrections à votre article.... les déménagements des départements et du GRIS ont eu lieu à l'été et à l'automne 2004 et de plus, ce pavillon abrite aussi le programme de doctorat en santé publique où plus de 150 étudiants sont inscrits.