Avis du Conseil interculturel de Montréal - Le profilage racial n'est pas institutionnalisé

Le Conseil interculturel de Montréal a dévoilé hier un avis sur le profilage racial qui suggère un train de mesures à l'intention de la Ville, du Service de police et de la Société de transport de Montréal pour mieux prévenir la discrimination envers de jeunes membres de minorités visibles. Le SPVM compte d'ailleurs présenter un plan d'action en matière de profilage racial début 2007.

À la sortie de la polyvalente Georges-Vanier de Montréal, plusieurs jeunes d'origine haïtienne ont leur petite histoire à raconter sur les relations avec les policiers. «Ils vont carter des gens comme nous. Si on joue au basketball le soir, on se fait demander ce qu'on fait là, on se fait dire de dégager», confie un jeune de 15 ans, qui préfère ne pas s'identifier.

Son ami renchérit: «L'autre jour, des policiers m'ont arrêté alors que je courais vers la station de métro pour attraper le dernier train. Il y avait plein d'autres personnes qui passaient, les policiers ne faisaient rien.»

Un autre jeune, coiffé d'un bandana, explique qu'on lui a demandé au moins quatre fois de s'identifier le mois dernier afin de déterminer s'il appartenait à un gang de rue, alors qu'il marchait dans la rue. «Cela ne m'a jamais rendu nerveux, je sais que je n'ai pas de dossier», explique David, âgé de 17 ans. Reconnaissant que certains Noirs sont «méchants», il déplore cependant que les policiers «mettent tout le monde dans le même panier».

Même si ce petit vox pop n'a rien de scientifique, il montre néanmoins un certain malaise chez des jeunes de minorités visibles. Il est cependant difficile de mesurer l'étendue du profilage racial, un concept somme toute assez récent. Depuis 2003, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a reçu une cinquantaine de plaintes pour ce motif. On ne tenait pas un décompte de ces plaintes auparavant.

Au terme d'une recherche de 18 mois, le Conseil interculturel de Montréal (CIM) conclut cependant que cette problématique n'est pas «institutionnalisée». «S'il y a une personne qui se sent inquiète à cause de la couleur de sa peau, de sa religion ou de sa façon de s'habiller, c'est inacceptable. Cela ébranle le sentiment d'appartenance à la ville», fait valoir le président du CIM, Frantz Benjamin. Il note que les Noirs, les Latinos et les Philippins sont particulièrement touchés par le profilage racial.

Le CIM recommande notamment de mieux former les policiers, le personnel du métro ainsi que les employés qui interagissent avec le public à la Ville de Montréal. On souhaite également que Montréal crée un programme de soutien aux victimes de profilage racial et que les pouvoirs de l'ombudsman soient étendus pour traiter de tels cas.

Montréal devrait également revoir, selon le CIM, sa réglementation sur les incivilités (comme le fait de cracher par terre), parfois invoqué pour interpeller les jeunes des minorités visibles.

Accueil positif

Le responsable des relations interculturelles à la Ville de Montréal, Marcel Tremblay, a accueilli positivement le rapport et créé un comité de suivi où siégeront la Ville, la STM et le SPVM pour évaluer les 22 recommandations de ce rapport. Il a souligné que la Ville et les différentes autorités font déjà des efforts pour prévenir le phénomène. Il existe notamment des comités de vigie dans les postes de police. «On essaie d'engager le plus de gens issus des communautés culturelles pour qu'ils se côtoient dans le quotidien. Ça change les perceptions», a noté M. Tremblay, soulignant que 12 % du corps policier appartient à des minorités ethniques à l'heure actuelle.

Le conseiller croit cependant qu'un effort supplémentaire pourrait être fait pour mieux former les jeunes policiers provenant de l'extérieur de Montréal. «Ils sont confrontés à des situations qu'ils ne sont pas habitués de vivre», a noté M. Tremblay.

Du côté du SPVM, on s'attelle précisément à ficeler un plan d'action sur le profilage racial, qui devrait être rendu public au début de l'année prochaine. On y traitera notamment de la prévention, des procédures pour détecter les policiers qui adoptent de telles attitudes et des mesures de formation qui leur seraient proposées. «Ce n'est pas nécessairement pour punir les policiers mais pour s'assurer que l'intervention est adéquate», a précisé le directeur adjoint Yves Charette.

«On travaille dans un milieu multiculturel. Les policiers ont à intervenir avec toutes les ethnies. Cela ne doit pas influencer leur travail. Lorsqu'un policier intervient, c'est parce qu'il y a une situation qui le nécessite», a fait valoir M. Charette, qui se réjouit de l'affirmation du CIM selon laquelle il ne s'agit pas d'une problématique institutionnalisée.

Rester sur sa faim

Le Comité de recherche-action sur les relations raciales, qui avait demandé au Conseil interculturel de Montréal de se pencher sur la question, reste quant à lui quelque peu sur sa faim à la lecture des recommandations. Le directeur, Fo Niemi, note entre autres que le rapport ne traite pas de l'importance de colliger des données fiables pour mesurer le phénomène. «C'est la première chose qu'ils auraient dû recommander.»

M. Niemi est convaincu que le phénomène s'est accru à Montréal ces dernières années. La lutte contre les gangs de rue et l'accent mis par la police dans la lutte contre les incivilités ouvrent selon lui la voie à des interpellations abusives des personnes appartenant à des minorités visibles.