Les cartes-cadeaux rapportent gros aux commerces, selon Statistique Canada

Faire cadeau à Noël d'une carte de 10, 20 ou 100 dollars échangeable dans un commerce précis semble une pratique de plus en plus répandue dans le monde de la consommation. La tendance est d'ailleurs rentable pour la grande distribution, a indiqué hier Statistique Canada, et elle incite les associations de consommateurs à ouvrir davantage l'oeil pour s'assurer que les clients en aient vraiment pour leur argent.

Les cartes-cadeaux, ces substituts d'argent qui foisonnent à cette époque de l'année, semblent très payantes pour... les commerces qui offrent ce type de service à leur clientèle, indique une enquête réalisée par Statistique Canada. Le portrait n'étonne d'ailleurs pas les groupes consuméristes qui appellent à un meilleur encadrement de ces bons échangeables dont le consommateur ne tire pas toujours profit.

Selon l'agence fédérale, les cartes-cadeaux ont actuellement le vent dans les voiles. En 2005, 82 % des grands détaillants canadiens en ont en effet vendus à leurs clients pour combler leur manque d'imagination ou pour leur simplifier la vie au moment de faire un cadeau. Deux ans plus tôt, ce service était répandu dans à peine la moitié de ces grands commerces, dont les célèbres bannières se propagent dans les centres commerciaux du pays, et qui opèrent dans le secteur de l'alimentation, du vêtement, de l'ameublement, des appareils électroniques, des articles de sport et «des marchandises diverses».

Ce festival de la carte-cadeau est d'ailleurs économiquement rentable, constatent les spécialistes fédéraux du chiffre. En effet, les grands détaillants avec cartes-cadeaux ont enregistré en moyenne l'an dernier des ventes de 11,8 millions de dollars par magasin, souligne l'analyse de Statistique Canada rendue publique hier. Les chaînes n'ayant pas encore adopté ces cartes, chargées de 20, 30, 50 ou 100 $ échangeables dans leurs établissements seulement, ont, la même année, déclaré des ventes moyennes de... 5 millions par magasin.

L'agence souligne au passage qu'en décembre 2005, 55 % des transactions commerciales effectuées chez les grands détaillants l'ont été dans les commerces qui offraient des cartes-cadeaux. Les magasins généralistes, les marchands de produits électroniques et ménagers ainsi que les centres de rénovation et quincailleries sont ceux qui ont le plus profité, à la même époque l'an dernier, de cet engouement pour le cadeau financier en format carte de crédit, poursuit le document.

Un secteur à surveiller

La multiplication des ces bons-cadeaux n'étonne pas Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs qui y voit là l'expression «du manque d'imagination des gens qui ne savent plus quoi offrir à d'autres personnes qui ont déjà tout ce qu'elles veulent», dit-il. L'organisme annonce toutefois ouvrir l'oeil sur le commerce de ces cartes dont certains modèles semblent davantage servir les intérêts de l'émetteur.

Plusieurs détaillants imposent en effet des règles particulières pour l'utilisation de ces cartes. Ils peuvent par exemple inclure des frais d'activation ou encore inclure une date de péremption, de 12 à 24 mois, après laquelle la carte perd toute valeur.

«Or, ces bons, c'est ni plus ni moins que de l'argent, dit M. Tanguay. Et ils doivent être traités comme de l'argent, sans frais supplémentaire et sans limite de temps.»

L'Union dit d'ailleurs vouloir faire de cette question une de ses priorités lors des discussions à venir autour de la réforme, annoncée par Québec il y a quelques semaines, de la Loi sur la protection du consommateur. La version actuelle de la loi n'encadre pas spécifiquement ces cartes-cadeaux.

En septembre dernier, l'Ontario a annoncé vouloir adopter un règlement pour bannir les dates d'échéance et les frais de service des cartes-cadeaux, et ce, afin de permettre aux consommateurs d'en avoir pour leur argent. Aux États-Unis, le Michigan, l'Iowa, l'État de New York, la Californie ou encore Hawaii ont adopté des mesures similaires. Au Canada, le Manitoba serait sur le point d'emboîter le pas.

Là-bas, comme ici, ces cadeaux sont autant prisés par les consommateurs en manque d'idées que par les commerçants qui voient là une bonne façon de fidéliser une clientèle et de créer des bassins de consommateurs captifs, indique Statistique Canada. Des consommateurs payants puisque, avec ce mode de paiement, «ils dépensent généralement plus que la valeur nominale des cartes-cadeaux, poursuivent les auteurs de l'analyse, en achetant des articles plus dispendieux que ceux qu'ils auraient autrement prévu d'acheter.»

En 2005, le marché des cartes-cadeaux a représenté une valeur globale de 45 milliards de dollars en Amérique du Nord, selon le groupe de recherche TowerGroup. Cette année, ce montant devrait atteindre 55 milliards.