La mafia italienne de Montréal avait des contacts dans une quinzaine de pays

Avant d'être mise à mal par l'opération policière de mercredi, la mafia italienne basée dans la région montréalaise avait établi des contacts dans au moins une quinzaine de pays, réseau qui lui permettait d'importer sans discontinuer des quantités importantes de cocaïne, d'exporter de la marijuana et d'engranger des millions de dollars à l'abri du fisc. Des sommes que l'Agence du revenu du Canada veut maintenant récupérer.

Les membres de l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé ont d'ailleurs livré hier quelques exemples des gros coups orchestrés par le clan mafieux. Ainsi, le 23 janvier 2005, les forces de l'ordre ont saisi 218 kilogrammes de cocaïne à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. La drogue était arrivée à bord d'un vol en provenance d'HaÏti. Une autre saisie de 38 kilogrammes de cocaïne, le 30 janvier dernier, a aussi été effectuée à l'aéroport. La drogue était cette fois dissimulée dans un conteneur de nourriture sur un vol en provenance du Venezuela.

Dans ces cas, les complices du clan mafieux devaient détourner les conteneurs, ou encore les bagages spécialement identifiés, afin d'éviter les contrôles. Dans certains cas, les deux agentes mêlées aux complots, dont une travaillait à l'accueil des voyageurs internationaux, facilitaient l'entrée aux «courriers» qui transportaient la drogue. «Dans chacun de ses complots, l'organisation avait remis aux courriers des cartes de douanes permettant de passer sans encombre la frontière», a précisé hier Michel Aubin, de la division du crime organisé de la Gendarmerie royale du Canada. On a aussi expliqué que les «stratagèmes» des employés corrompus étaient bien connus des enquêteurs et que ceux-ci possédaient une «preuve détaillée», sans toutefois en préciser la teneur. Une agente, Marie-Lyne Béliveau, 27 ans, était toujours recherchée au moment de mettre sous presse.

Jean-Paul Bergeron, directeur de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), section Québec, s'est d'ailleurs voulu rassurant hier en soulignant que les procédures de sécurité à l'embauche seraient évaluées à l'ASFC, mais pas nécessairement modifiées. «On ne dit pas qu'il n'y en aura plus, mais on prend les mesures pour éviter qu'il y en ait encore», a-t-il dit.

Par ailleurs, depuis deux ans, d'autres tentatives d'importation de cocaïne en provenance de la Jamaïque, de la République dominicaine, de Cuba et du Mexique ont avorté, ou alors les cargaisons ont été interceptées. Le clan sicilien de Montréal avait donc tissé des liens avec plusieurs fournisseurs à l'étranger.

Les enquêteurs ont été avares de chiffres sur les profits que généraient les activités illicites. Toutefois, à eux seuls, les paris illégaux auraient rapporté plus de 25 millions de dollars en 18 mois. Le serveur qui gérait les transactions était situé à Kahnawake. D'abord situé à l'extérieur du Canada, le serveur en question a été ramené à un certain moment à Kahnawake. Dix personnes ont été accusées relativement à ces paris illégaux.

Un total de 24 autres individus devront aussi répondre à des accusations relativement au trafic de marijuana en direction des États-Unis. L'enquête a révélé que le groupe s'approvisionnait dans la région de Laval et de Montréal et utilisaient des passeurs d'origine amérindienne pour transporter le cannabis vers la Floride, en utilisant le territoire d'Akwesasne.

Et maintenant que le réseau a été pratiquement démantelé, l'Agence du revenu du Canada estime que de fortes sommes d'argent pourraient être récupérées. En effet, 24 mandats de perquisitions ont été délivrés en vertu de la loi sur l'impôt. M. Meunier a indiqué que des dossiers font l'objet d'enquêtes et de recouvrement pour des revenus non déclarés de 4,5 millions $. Des avis de cotisation et de saisie pour 2,5 millions $ ont été remis à qui de droit. Les autorités ont aussi effectué mercredi 36 perquisitions afin de trouver davantage de preuves «en matière de produits de la criminalité», et il est possible que d'autres accusations soient portées.

Sur les 91 mandats d'arrestation émis, 74 personnes ont déjà été interpellées et 17 autres sont toujours recherchées. La police recherche entre autres Lorenzo Giordano, 43 ans, le seul qui soit accusé de tentative de meurtre.