Les Pays-Bas seront le premier pays d'Europe à interdire la burqa

Amsterdam — Les Pays-Bas seront le premier pays d'Europe à interdire la burqa, un voile qui recouvre le corps et le visage. Le gouvernement de centre droit a annoncé le 17 novembre, à cinq jours des législatives, qu'une loi définitive visant à interdire ce voile intégral serait proposée au printemps au Parlement. La mesure va dans le sens de la droite populiste. Proposée par le député ultraconservateur Geert Wilders, elle a obtenu, le 21 décembre 2005, une majorité au Parlement.

Comme dans les villes belges d'Anvers et de Gand, où la police verbalise les citoyens qui se promènent «masqués», la burqa sera interdite aux Pays-Bas dans les lieux publics, rues, écoles, transports et administrations. «Pour des raisons de sécurité, précise le ministère de la Justice, tout le monde doit pouvoir être identifié.» La loi définitive interdira d'ailleurs le port de tout vêtement recouvrant la totalité du visage, y compris les cagoules et certains casques de moto.

Le parti écologiste Groenlinks a dénoncé une «provocation» à l'égard de la communauté musulmane, 6 % de la population néerlandaise. «C'est un faux débat», répète le PVDA, principal parti d'opposition, dans la mesure où moins de 100 femmes sont concernées. «La réaction du gouvernement est disproportionnée devant un problème très marginal», a regretté Ahmed Tonca, président de l'Organe de contact entre les musulmans et le gouvernement.

Portée symbolique

La mesure n'en a pas moins une portée symbolique, dans un pays où l'opinion se déclare contre le foulard islamique, pour l'instant autorisé. Selon divers sondages, pas moins de 80 % des Néerlandais voudraient qu'une loi interdise aux fonctionnaires le port de tout vêtement islamique, tandis que 63 % sont contre. La classe politique ne s'est pas encore emparée du sujet, mais, depuis le meurtre du cinéaste Theo Van Gogh, le 2 novembre 2004, par un jeune islamiste néerlando-marocain, l'opinion a changé.

Alors qu'en 2003 une majorité trouvait encore «acceptable» le port de vêtements islamiques, indique l'institut TNS Nipo, ces atours sont aujourd'hui considérés comme un «un refus de se conformer aux normes néerlandaises».