«Et si on montait un projet, accepteriez-vous de venir travailler avec nous?»

Ce n'est pas parce qu'on est retraité qu'on doit s'asseoir devant la télé et ne rien faire! Au contraire même, lance Jacqueline Romano-Toramanian, une conseillère pédagogique retraitée depuis deux ans. Celle-ci profite de sa retraite pour se lancer à la conquête du monde et pour redonner un peu à la société.

En 2005, elle a eu la «piqûre de l'international» lors du congrès d'orientation de l'Association des retraitées et des retraités de l'enseignement du Québec (A.R.E.Q.). «J'ai été allumée par le fait que plusieurs des orientations qu'on y a discutées portaient sur l'ouverture vers le monde et sur l'engagement social, dit-elle. C'est-à-dire que nous, les retraités, on a quelque chose à apporter à la société et on n'est surtout pas des p'tits vieux qui se bercent devant la télévision!»

Loin de se bercer, Mme Romano-Toramanian a depuis participé au forum PLANET'ERE 3, qui s'est tenu au Burkina Faso en juillet 2005. Cette grande rencontre de la francophonie l'a conduite à participer, en avril dernier, à une conférence au Rwanda. Et cette conférence pourrait bien l'amener à prendre part à un projet africain tout en faisant la promotion d'une façon originale de s'attaquer au problème de décrochage dans nos écoles.

D'une pierre... plusieurs coups!

Précisons que l'engagement social n'est pas chose nouvelle pour Jacqueline Romano-Toramanian. Ainsi siège-t-elle au conseil d'administration de l'Association québécoise pour la promotion de l'éducation relative à l'environnement (AQPERE) en plus de participer activement au mouvement des Établissements verts Brundtland (EVB).

Initié en 1993 par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), ce mouvement vise à établir un réseau mettant en pratique des valeurs écologiques, pacifiques, de solidarité et de démocratie. À cette fin, le mouvement EVB a conçu des trousses pédagogiques qui conscientisent les élèves à des sujets tels que le partage des richesses à travers le monde, l'impact des modes de production agricole sur l'environnement, les changements climatiques, ainsi que sur la façon dont on doit s'investir en tant que citoyen dans notre collectivité et dans le monde.

«Il n'est pas facile de devenir une école verte Brundtland, précise Mme Romano-Toramanian, car, en matière de conditions, il faut mener quantité d'activités écologiques, pacifiques, solidaires et démocratiques, bref, s'ouvrir sur le monde.» Néanmoins, plus d'un millier d'écoles québécoises font partie du mouvement EVB. «Quand j'étais conseillère pédagogique à la Commission scolaire de Montréal, j'ai aidé six écoles à devenir des Établissements verts Brundtland, laisse-t-elle filer fièrement. Et depuis ma retraite, je siège au comité des retraités Brundtland.»

Tour d'Afrique

Dans le cadre de ses activités à l'A.R.E.Q., Jacqueline Romano-Toramanian a participé au sommet PLANET'ERE 3, qui a rassemblé 1500 représentants de la francophonie au Burkina Faso. Elle y a prononcé une allocution sur «Le rôle et l'implication des retraités de l'éducation dans les problématiques environnementales et les enjeux liés au développement durable». Elle a de plus profité de l'occasion pour parler du mouvement des Établissements verts Brundtland et présenter leurs trousses pédagogiques. «J'avais apporté une valise pleine de trousses que j'ai laissées là-bas!», lance-t-elle en riant.

Elle y a en outre rencontré des représentants de l'Université de Rimouski qui préparaient un colloque au Rwanda. «Et voilà que cela m'a amenée à m'y rendre en avril dernier!», dit-elle, un peu étonnée. Mme Romano-Toramanian a alors été confrontée à la terrible réalité: «C'est très dur, dit-elle, puisque le pays est encore très affecté par le génocide... Partout, partout, on voit les traces des massacres qui ont eu lieu.»

Comme au Burkina Faso, Mme Romano-Toramanian a présenté ce qui se fait ici ainsi que les trousses des Établissements verts Brundtland. «À la fin de ma présentation, le recteur de l'Université du Rwanda est venu me voir, raconte-t-elle, pour me dire à quel point notre projet est extraordinaire. Puis il m'a dit qu'il désirerait adapter notre matériel aux réalités de son pays. Voilà qui m'a paru formidable. Enfin, il a ajouté: "Et si on montait un projet, accepteriez-vous de venir travailler avec nous?" Oh que si, ai-je répondu, cela me ferait grand plaisir!»

Un «modèle» rwandais

Jacqueline Romano-Toramanian n'était pas au bout de ses surprises. Visitant l'Université du Rwanda quelques jours plus tard, elle y a découvert une pratique qui pourrait bien s'appliquer à nos écoles. Les étudiants en psychologie et en éducation de cette université doivent, dans le cadre de leur formation, se rendre dans les écoles secondaires afin d'aider les élèves qui éprouvent des difficultés d'apprentissage, des troubles de comportement, ou qui sont traumatisés par le génocide.

«C'est extraordinaire, relate-t-elle, parce que ces étudiants deviennent des modèles pour les jeunes du secondaire. Ils représentent des espoirs. J'en suis venue à penser qu'on pourrait peut-être faire la même chose ici. Pourquoi, par exemple, nos étudiants en psychologie et en éducation n'iraient-ils pas aider nos élèves du secondaire qui sont confrontés à des problèmes de décrochage, au phénomène des gangs de rue ou à de la violence? Pourquoi ne serviraient-ils pas de modèles auprès de ces jeunes? Il me semble que ça pourrait être extraordinaire, n'est-ce pas?»

Depuis son retour parmi nous, en sa qualité de responsable du comité sur l'environnement de l'A.R.E.Q. pour l'arrondissement de Saint-Laurent, Jacqueline Romano-Toramanian fait la promotion de ces idées. «Il n'y a pas que les gens de l'éducation qui doivent s'impliquer et s'ouvrir au monde, dit-elle, tout le monde doit le faire. C'est ainsi que j'ai organisé des conférences et des expositions à l'intention de la population de mon quartier. J'écris aussi des articles dans les journaux locaux pour sensibiliser tout le monde.»

Pour elle vont de pair les valeurs qui prônent le partage, la protection de l'environnement, la participation à la société en tant que citoyen et la prise de conscience du fait que nous partageons tous la même planète. Ce sont des valeurs que nous devons tous promouvoir, que nous soyons jeunes, au travail ou retraités.

«Voyez-vous, conclut-elle, ce qui est formidable dans la vie, c'est qu'une chose en amène une autre... et on a toujours quelque chose à découvrir. C'est extraordinaire!»

Collaborateur du Devoir