Retraite ne rime pas avec vieillesse

Pauvreté, maladie, dépendance et improductivité. Autant de stéréotypes et d'attitudes négatives qui ont cours à l'égard des aînés. Le Conseil des aînés du Québec passe à l'offensive et dénonce les stéréotypes véhiculés. Son président, Georges Lalande, prend position. Il va même jusqu'à demander des états généraux citoyens sur la question.

«Il faut qu'on change nos perceptions à l'égard des personnes âgées. Notre société les a confinées dans une perception qui ne représente pas l'ensemble de ces personnes. C'est comme si on s'était dit que, rendus à un certain âge, vous n'êtes plus vraiment citoyens à part entière. On vous oublie le plus possible», déplore-t-il.

Il poursuit: «Dans un monde de type "Star académie" où règne la performance et l'instantanéité, il n'y a pas beaucoup de place pour les valeurs de durée. On doit vraiment changer notre mentalité à l'égard des aînés, non seulement au Québec, mais dans l'ensemble de l'Occident.»

Le premier pas pour déconstruire cette «fausse perception», selon lui, est d'arrêter de considérer les aînés comme un bloc monolithique. Les différences sont nombreuses. On ne peut considérer des personnes de 65 ans de la même façon que celles qui ont 80 ans. «Avec l'augmentation de l'espérance de vie et de santé, on peut penser connaître un âge d'or jusqu'à 75 ans. Après, on doit considérer plusieurs facteurs, dont la santé physique.»

Au Québec, un peu plus d'un million de personnes ont actuellement plus de 65 ans. S'ajoutera à ce nombre plus de 1,5 million de personnes au cours de la prochaine décennie. Si dans plusieurs pays industrialisés on considère généralement l'âge de 65 ans comme la ligne qui sépare la vie active de la vieillesse, le Conseil des aînés rappelle que l'on confond alors retraite et vieillesse.

Les pertes fonctionnelles, réels attributs de la vieillesse, arrivent généralement plus tard.

Le Conseil s'est justement penché sur la question à l'occasion d'une consultation publique intitulée «Pour une pleine participation des aînés». Un rapport a été remis au ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine. À l'intérieur de ce dernier, il est souligné que le fait de faire rimer retraite et vieillesse est une ancienne conception qui n'a plus sa place aujourd'hui.

Mais au-delà des différences attribuables aux strates d'âges, il y a les caractéristiques socioéconomiques. «On vieillit comme on a vécu. Si on a été engagé toute sa vie, on va continuer à l'être. Mais si on a fait du neuf à cinq toute sa vie et qu'on a arrêté de communiquer après son travail, on risque de vieillir de la même façon, soit dans un certain isolement.»

États généraux

Pour renverser la vapeur et redorer le blason des aînés, il faudrait «une action coup-de-poing». Selon M. Lalande, cela devrait prendre la forme d'états généraux citoyens. «Il ne faudrait surtout pas que ce soit un sommet entre initiés. Il faut une occasion où les gens vont pouvoir exprimer ce qu'ils vivent au quotidien. Il faut se préparer aux changements démographiques majeurs qui vont avoir lieu et comprendre que le vieillissement ne veut pas dire que c'est quelque chose de mal pour notre société. Mais il faut prendre acte de cela» pour adapter la vie quotidienne à cette réalité qui prendra de plus en plus de place au cours des prochaines années.

Reprenant à son compte les recommandations de la consultation publique, M. Lalande avance qu'une politique gouvernementale sur le vieillissement doit être élaborée, qu'une campagne de sensibilisation d'envergure portant sur la vieillesse doit être faite, et qu'il est impératif de mettre en place des carrefours régionaux et locaux afin de pouvoir bénéficier de l'expérience des aînés.

À ce sujet, il constate qu'il «y a là toute une expertise qui n'est pas utilisée». On a pris l'habitude de mettre de côté les aînés. Pourtant, «on va en avoir grandement besoin au cours des prochaines années». La gestion de la transmission du savoir a été catastrophique, note-t-il, soulignant qu'on en ressent aujourd'hui les contrecoups dans plusieurs secteurs, dont ceux de l'éducation et de la santé.

«Il y a à peu près juste le milieu de la construction qui a fait une meilleure gestion avec ses organisations d'apprentis et de compagnons.» Selon lui, la situation doit être révisée le plus tôt possible.

Il ajoute que la pénurie de main-d'oeuvre vécue dans certains secteurs ne laissera d'autres choix que de donner une plus grande place aux aînés. Déjà, il est de plus en plus fréquent de rencontrer des personnes âgées de plus de 60 ans qui effectuent un retour sur le marché du travail.

Mais cela ne pourra se faire sans des adaptations majeures, note-t-il. Entre autres choses, il va falloir mettre en place un mode de fonctionnement qui permettra de les accueillir. La flexibilité des horaires devra être prise en compte. «Dans une société où règne l'hyperperformance, on doit revoir la façon dont les aînés peuvent s'y insérer», en admettant qu'ils ne peuvent fournir autant de temps et d'énergie que lorsqu'ils étaient sur le marché du travail.

Il conclut en répétant qu'une «chose est certaine, on embauche de plus en plus d'aînés. On doit maintenant mettre en place des systèmes de retraite progressive pour assurer la transmission des connaissances». La solution aux problèmes liés au vieillissement de la population ne pourra être trouvée qu'en collaboration avec les aînés, croit-il.

Collaborateur du Devoir