Une oeuvre de générosité

Présidente de la Fondation Laure-Gaudreault, Louisette Fournier-Giroux parle de sa fondation avec ardeur. Impulsée au sein de l'Association des retraitées et retraités de l'enseignement du Québec (A.R.E.Q.), la Fondation vole de ses propres ailes depuis 16 ans, l'âge de l'adolescence, de l'audace et de l'enthousiasme, comme elle aime à le préciser. Ses objectifs sont orientés vers deux publics, qui sont les retraités de tous horizons et les jeunes, soit une façon de poursuivre l'oeuvre instaurée dans la salle de classe...

Quand l'idée d'une fondation a germé dans l'esprit de Lionel Girard, alors trésorier de l'A.R.E.Q., le nom de Laure Gaudreault s'est imposé sans autre option possible. En effet, qui d'autre pouvait servir d'égérie à la Fondation sinon cette enseignante et militante, à l'origine du premier syndicat des institutrices rurales et d'autres instances, dont la Centrale des enseignants du Québec, l'ancêtre de la CSQ? Infatigable, elle allait également créer l'A.R.E.Q. en 1961.

«Ce serait intéressant, discourait Lionel Girard en 1988, si, collectivement, par notre association, nous servions de rempart à certains malheurs qui hantent notre société. Une fondation nous permettrait de jouer ce rôle. Je sais bien qu'il ne manque pas de lieux où exercer notre charité... mais une fondation qui nous ressemblerait et nous rassemblerait et qui perpétuerait la mémoire de Laure Gaudreault, cette grande dame qui, au cours de ses combats, a ignoré les dérangements, fait fi de la prudence, oublié ses fatigues et a foncé pour améliorer le sort des institutrices.»

Les 9000 retraités de l'Association n'étaient cependant pas unanimes. Deux années supplémentaires s'avéreront nécessaires pour permettre la naissance de la fondation sous la houlette de Lionel Girard, Monique Asselin-Gobeil et Victorien Gagnon.

Une présence en région

Les liens avec l'A.R.E.Q. sont fondamentaux. Outre le partage du siège social, la Fondation confie également son administration comptable à l'Association. «Pour mettre sur pied une telle fondation, précise Louisette Fournier-Giroux, et pour lui assurer l'appui des membres de l'A.R.E.Q., on a voulu une organisation qui lui ressemblerait et s'appuierait sur ses instances décisionnelles en évitant quand même toute confusion.»

Aussi, à l'instar de l'A.R.E.Q., la Fondation poursuit son action dans 10 régions gérées chacune par un bureau régional composé de cinq personnes élues lors de l'assemblée générale des membres inscrits à la Fondation, soit près de 8000 à l'heure actuelle. Si ses membres sont essentiellement recrutés auprès de l'A.R.E.Q., la porte est ouverte à toute bonne volonté, retraitée ou non, du domaine de l'enseignement ou non. La coordination de cet ensemble est assumée par le bureau provincial.

Distribution des fonds collectés

Comme toute fondation, la Fondation Laure-Gaudreault entreprend des activités ou lance des campagnes de financement pour ramasser des dons. Depuis sa création, ses objectifs n'ont pas changé. Il s'agit de venir en aide à des retraités démunis, quel qu'ait été leur domaine professionnel, de soutenir la recherche médicale orientée vers les maladies qui frappent majoritairement les aînés, et d'aider des oeuvres de jeunesse enregistrées ou des jeunes dans le besoin. «Pour vous donner une idée, la Fondation a collecté, en environ 15 ans, un million de dollars distribués selon ces objectifs.» L'an dernier, près de 170 000 $ ont profité à quelque 2000 personnes et organismes. Selon les règlements de la Fondation, les bénéficiaires des souscriptions régionales recueillies sont choisis à hauteur de 80 % par le bureau régional.

Parmi les organismes élus, nombreux sont ceux à avoir une portée provinciale. Les choix opérés par les régions touchent par contre davantage des organismes locaux connus par les membres des bureaux régionaux bien informés des besoins de leur milieu, et après approbation au niveau provincial.

Le but est de s'assurer que les objectifs de la Fondation soient bien atteints. En effet, l'attribution de ressources financières doit être sujette à une grande rigueur. «Si je m'exerçais à une approximation, je dirais qu'il y a à peu près 50 % des dons qui vont à des jeunes ou à des organismes de jeunes, 30 % à des retraités ou des organismes qui aident les démunis, et à peu près 20 % dans la recherche médicale traitant des maladies des aînés.»

Aider les aînés

Les critères qui qualifient une personne retraitée à des fins de soutien sont simples puisqu'ils sont basés sur le seuil de revenu. Sont par conséquent éligibles les retraités dont les ressources se situent sous le seuil de pauvreté. Toutefois, dans certains cas, des personnes ayant des revenus supérieurs pourraient être considérées du fait d'une problématique particulière, comme par exemple un ou une retraitée devant défrayer des coûts d'hébergement pour se faire soigner car aucune ressource de proximité n'existe, ou encore pour l'achat de lunettes ou d'une chaise roulante, etc. «Elles ne pourraient y accéder sans une aide de notre part ou d'un organisme de charité.»

Des organismes qui aident les retraités démunis, par exemple les Petits Frères des pauvres, ou une maison qui accueille des personnes âgées sont également ciblés.

Soutenir les jeunes

Soutenir les jeunes constitue une autre préoccupation de la Fondation qui s'inscrit, pourrait-on dire, dans la continuité du métier assumé par nombre de ses membres et orientée vers l'avenir. «J'ai été enseignante au primaire et au secondaire, témoigne Louisette Fournier-Giroux. La Fondation est une façon de continuer l'oeuvre d'enseignement qu'on a toujours fait. En réalité c'est une oeuvre de générosité et qui nous permet d'aider les démunis, d'aider des enfants, d'aider des organismes. La générosité de la Fondation, c'est notre générosité.»

Ainsi, ont été soutenus une association de grands-parents qui viennent en aide à des jeunes, des maisons de jeunes, une association de parents-ados, des maisons qui reçoivent des jeunes des milieux défavorisés pour l'aide aux devoirs ou pour des repas, des organismes qui font de la prévention auprès des jeunes et bien d'autres encore.

Pour la recherche

Du côté de la recherche médicale, ce sont essentiellement deux gros centres de gériatrie, soit le Centre de gériatrie de Sherbrooke et celui de Montréal, qui reçoivent régulièrement des subsides, ainsi que des associations prenant en compte des questions de santé touchant particulièrement les aînés, telles l'Association Alzheimer et la Société de Parkinson.

La Fondation Laure-Gaudreault est une belle illustration du potentiel et de la richesse inhérents aux personnes à la retraite et pour qui cette nouvelle phase de la vie ne rime pas avec inaction. Chaque jour, elles relèvent avec brio la gageure d'un pas supplémentaire vers un monde meilleur axé sur la générosité et le partage en instaurant des canaux d'entraide entre pairs et vers la jeunesse avec pour modèle l'oeuvre d'altruisme amorcée par Laure Gaudreault.

Collaboratrice du Devoir