Du temps en partage

«Certains de nos membres mènent des campagnes de financement par le biais d’un tournoi de golf.»
Photo: Agence Reuters «Certains de nos membres mènent des campagnes de financement par le biais d’un tournoi de golf.»

Les enseignants retraités sont sans contredit engagés dans leurs collectivités respectives. Cet engagement, dépourvu de toute considération économique et politique, est porteur de multiples projets qui, autrement, n'auraient pas vu le jour. Tour du Québec avec nos maîtres d'antan.

«Nous, dans la région de Québec-Chaudière-Appalaches, nous mettons beaucoup l'accent sur l'entraide et l'accompagnement de nos personnes aînées âgées de 75 ans et plus», souligne d'entrée de jeu la présidente de cette section régionale de l'A.R.E.Q., Paulyne Caron-Laplante. Cette section, la plus grosse entre toutes, regroupe 9758 membres répartis sur 12 secteurs (ou territoires).

«Nos comités d'entraide sont formés de plusieurs bénévoles qui s'activent à briser l'isolement et la solitude de nos aînés. Ces actions prennent la forme, par exemple, de conversations téléphoniques sur une base hebdomadaire, on les appelle aussi à l'occasion de leur anniversaire ou encore pour les fêtes de Noël et de Pâques.» D'ailleurs, certains secteurs, dit-elle, émettent aux plus âgés une «carte privilège» qui leur permet de profiter d'un rabais de 50 % sur les frais liés à des activités organisées par cette association. «Il faut se rappeler que, si on en est là aujourd'hui, c'est parce que nos aînés nous ont tracé le chemin. Qui plus est, leur pension de retraite est basée sur leur salaire de l'époque, qui n'était pas faramineux dans ce temps-là!»

Et des activités, dit-elle, il y en a pour tous les goûts. «Ça va de l'apprentissage de l'informatique aux cours de cuisine-santé en passant par des cours d'anglais et d'espagnol, des cours de yoga et de taï-chi, de photographie numérique, de compostage, des déjeuners-conférences, des cours d'aquaforme, en voulez-vous, en voilà!» Plus encore, décline Mme Caron-Laplante: «Il y a des cours de danse, des activités de quilles, des clubs de marche, des clubs littéraires, des ateliers d'aquarelle, des soirées de "vedette d'un soir". Il y a des secteurs qui s'engagent dans Opération Nez rouge ou encore dans des fondations qui combattent le cancer et la maladie d'Alzheimer. On a même un club de tricoteuses qui s'implique auprès des enfants dans le nord du Viêtnam.»

Saguenay-Lac-Saint-Jean

Dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, «on est tricoté serré», lance Clément Bernard, président régional de cette section qui regroupe plus de 3000 membres. Dans cette région, non seulement favorise-t-on le rapprochement intergénérationnel, tout comme dans la plupart des régions que nous avons recensées, mais il est aussi question de rétention des... personnes âgées, comme si le fléau de l'exode des jeunes qui frappe durement ce coin de pays excentrique ne suffisait pas. «La rétention de nos personnes retraitées nous concerne beaucoup parce qu'elles veulent aller retrouver leurs jeunes qui vivent à l'extérieur de la région, particulièrement dans les grands centres.»

Si des actions touchant le respect de l'environnement sont inscrites à l'ordre du jour des membres de l'A.R.E.Q. du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le phénomène de l'hypersexualisation est au centre de certaines discussions. «Notre comité sur la condition féminine sensibilise nos membres ainsi que le public au phénomène de l'hypersexualisation. La société est aux prises avec ça». Et la culture? «Vous savez, les enseignants retraités sont des personnes aux talents multiples. Dans nos secteurs, il se donne des cours de peinture et d'artisanat. Nos gens ont maintenant le temps de s'exprimer et le talent éclôt.»

Outaouais

Dans la région de l'Outaouais, les membres de l'A.R.E.Q. sont au nombre de 1957, précise la présidente régionale, Claudette Caron-Vaillancourt. «Nos membres sont impliqués dans leur milieu de toutes sortes de façons. Certains portent une attention particulière à nos aînés en leur faisant profiter d'une chorale qui se déplace d'un centre d'accueil à un autre, en leur offrant des cadeaux; on les fait chanter. Ce sont des initiatives formidables», dit-elle.

«D'autres, poursuit Mme Caron-Vaillancourt, organisent un quilles-o-thon au bénéfice de la Fondation Laure-Gaudreault [pionnière du syndicalisme enseignant au Québec]. Certains de nos membres mènent des campagnes de financement par le biais d'un tournoi de golf. Je pense aussi à nos gens de la Haute-Gatineau qui ont organisé un souper spaghetti pour venir en aide à un organisme voué à la déficience intellectuelle.» Bref, des personnes, ajoute-t-elle, qui sont sollicitées de toutes parts. «Il y a des ex-enseignants qui sont encore en relation avec des élèves en offrant des cours de mathématiques et de français, et qui donnent de leur temps dans les bibliothèques scolaires ou encore dans les maisons de jeunes.»

Est du Québec

À l'autre bout du Québec se trouve la section couvrant les régions de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent, qui regroupe 3500 membres répartis sur onze secteurs. Ce qui étonne sa présidente régionale, Rachel Fournier, c'est le taux élevé de participation aux assemblées générales annuelles de ce secteur vaste comme un pays. «Malgré les distances à parcourir [NDLR: Et comment!], on a tout le temps entre 225 et 250 personnes qui assistent à nos assemblées. Certains se déplacent par avion ou par bateau.»

En région, explique-t-elle, «l'entraide est une priorité et je trouve qu'on a tendance à se réunir plus facilement par rapport aux grands centres que sont Montréal et Québec, où les gens ont accès à beaucoup plus d'activités [culturelles notamment]. Nous, on en a moins, ce qui fait qu'on se rencontre davantage, on organise des réunions lors desquelles nos membres sont mis au fait des activités qui se tiennent sur leur territoire, à savoir dans leur CLSC, notamment. Parfois, même, on invite un notaire qui nous informe sur les nouvelles modalités du Code civil, et ainsi de suite».

Montréal

La section de l'Île-de-Montréal, qui compte 6354 membres, se distingue de ses consoeurs par ses revendications à caractère altermondialiste. Un mouvement qui ne semble plus être l'apanage de la génération montante. Et à Montréal, on n'entend pas à rire avec le géant Wal-Mart. En effet, la présidente régionale, Lise Labelle, a commis sur ce sujet un réquisitoire par le biais d'un article paru en septembre dernier dans L'Écho de l'île (le bulletin régional d'information de l'A.R.E.Q. de Île-de-Montréal), et ce, à la lumière des intentions de Wal-Mart, dit-elle, de prendre pied dans le quartier Saint-Michel. Dans ce texte, on peut lire ceci: «Ne nous laissons pas séduire par la nouvelle publicité de Wal-Mart qui prétend acheter "québécois". Les achats en question sont des produits alimentaires pour lesquels les acheteurs de la compagnie tenteront de faire baisser les prix au maximum. Notre industrie n'y gagnera rien. En conséquence, nous nous opposerons à la venue de Wal-Mart en territoire montréalais et, collectivement, nous le ferons savoir aux autorités municipales par une pétition qui vous sera présentée lors de votre première activité sectorielle. En consommateurs responsables, nous ne ferons pas nos emplettes chez Wal-Mart parce que cela permet de maintenir dans la misère les travailleurs des pays du Tiers-Monde où le géant s'approvisionne, et que cela produit des conséquences néfastes sur notre économie locale — emplois mal rémunérés, faillite des petits commerçants, pertes d'emplois, recours à l'aide sociale, etc.»

On aura aussi compris que les enjeux intercontinentaux n'échappent pas à la section montréalaise. «On ne peut pas échapper à la mondialisation. Et certains de nos membres offrent des ateliers touchant les enjeux de la mondialisation, et aussi sur l'importance du commerce équitable», indique Mme Labelle, jointe par téléphone, dont les préoccupations sectorielles ne sont pas non plus étrangères à la francisation et à l'intégration sociale des personnes immigrantes.

Collaborateur du Devoir