Il était une fois le plaisir de lire

La passion de la lecture est contagieuse. L'association Lire et faire lire l'a compris et déploie efforts et énergie pour susciter la passion de la lecture chez les jeunes.

Il ne s'agit ni d'un programme de soutien ni d'un accompagnement scolaire. En fait, Lire et faire lire n'a qu'un objectif: partager le plaisir de se faire raconter une histoire, le plaisir de lire, d'échanger et de créer des liens intergénérationnels. Pour ce faire, une fois par semaine au cours de l'année scolaire, des aînés rencontrent bénévolement des groupes de deux à cinq enfants pour partager avec eux des moments de lecture.

Il s'agit là d'un excellent moyen de transmettre la passion, note la vice-présidente de l'organisation et directrice de la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec, Marie Goyette. «Avant tout, la lecture, c'est quelque chose d'affectif. Le développement de la lecture passe donc inévitablement par l'affectif. Ce qui est important, ce n'est pas tant le fait de lire que le moment partagé autour d'un livre. C'est ce moment qui peut donner et transmettre le goût de la lecture.»

Les écoles désireuses de participer à l'initiative prennent contact avec Lire et faire lire. Elles sélectionnent les enfants qui participeront à l'activité et choisissent le contexte dans lequel celle-ci se déroulera. Chaque session s'étend sur une période d'au moins huit semaines et elles ont lieu une fois par semaine.

Le programme est destiné aux jeunes de quatre à huit ans des classes maternelles et du premier cycle des écoles primaires. Le fonctionnement est relativement simple, indique Mme Goyette.

Les bénévoles sont généralement âgés d'au moins 50 ans. Tout au long de la démarche, ils peuvent, s'ils le désirent, recevoir le soutien des bibliothèques publiques de leurs municipalités qui participent à l'initiative. «Il n'est pas rare maintenant de voir de plus en plus de bénévoles dans la section jeunesse. Ils prennent goût à la littérature jeunesse. Ils l'explorent pour mieux la connaître», sourit-elle.

Mais au-delà du développement de l'intérêt pour la lecture, il s'agit là d'une rencontre intergénérationnelle. «Beaucoup d'aînés étaient disponibles et intéressés à s'investir. Ce qui fait qu'on a à la fois la motivation de l'enfant et celle de l'aîné. Cela crée de belles rencontres.»

Elle note les retombées positives de tels rendez-vous: «Les jeunes sont vraiment heureux de partager avec les aînés. Ils s'attachent beaucoup les uns aux autres. Les hommes sont particulièrement les vedettes.» Mme Goyette souligne que les enfants, habitués à côtoyer des enseignantes, apprécient grandement la présence d'hommes. «Ils ont une approche différente. Pour certains, cela devient une occasion d'avoir une présence masculine.»

Outre les bibliothèques et les écoles, de nombreuses organisations participent à l'initiative, dont l'Union des écrivaines et écrivains québécois, la Fédération des centres d'action bénévole du Québec, la Confédération des organismes familiaux du Québec et l'A.R.E.Q.

D'ailleurs, l'A.R.E.Q. joue un rôle de premier ordre dans le recrutement de bénévoles. «Les centres bénévoles passent par nous autres car ils savent que nous détenons les ressources nécessaires, que nous avons accès à des gens compétents», explique son trésorier, Pierre-Paul Côté, qui représente l'association au conseil d'administration de Lire et faire lire.

Briser l'isolement

L'activité brise l'isolement des retraités, souligne M. Côté. «Quand on prend sa retraite, plusieurs sont "vidés". Mais après quelques mois, on est prêt à sauter à nouveau dans l'action. On ne se le cachera pas, c'est une façon de briser l'isolement. C'est un point important qui pousse nos membres à s'impliquer.»

Même son de cloche de la part de Mme Goyette, qui précise que les retraités de l'enseignement retrouvent, pour plusieurs, les aspects positifs de leur profession sans les petits désagréments. «Ils redécouvrent la motivation première qui les a amenés à l'enseignement, soit le plaisir d'accompagner les enfants, et cela, sans à avoir à faire de la gestion de classe et de la discipline, et sans la contrainte des programmes scolaires.»

Lire et faire lire a pris de l'expansion depuis sa création en 2004. On estime aujourd'hui à plus de 230 le nombre de bénévoles. Environ 1300 jeunes ont bénéficié du programme et près de 40 écoles participent à l'initiative. Le programme est implanté dans 17 régions de la province et s'appuie sur le soutien de 23 associations de bénévoles. Lire et faire lire est particulièrement actif dans la région de la Capitale-Nationale.

Toutefois, sa popularité grandissante suscite de nouveaux défis. «Maintenant, il faut créer des structures locales pour coordonner l'ensemble des bénévoles. C'est toute une structure à mettre en place pour que ça marche, parce que le personnel actuel ne suffit plus pour gérer autant de personnes.» Pour y arriver, l'association forme de plus en plus de coordonnateurs bénévoles qui ont pour tâche de synchroniser les efforts et de coordonner les activités.

Avant d'être instaurée au Québec, l'initiative a fait ses preuves ailleurs, particulièrement en Europe. Des pays francophones d'un peu partout dans le monde ont implanté le programme, dont la France, la Suisse, la Guadeloupe, la Martinique et l'île de la Réunion. En France, où le programme a vu le jour en 1999, on estime à 11 000 le nombre de bénévoles.

Collaborateur du Devoir