Tout pour promouvoir l'égalité des sexes et contrer l'isolement

Tandis que le comité provincial de la condition des femmes de l'A.R.E.Q. soufflera ses 15 bougies l'an prochain, celui de la condition des hommes est en gestation. Gros plan sur les enjeux de la condition féminine et masculine et sur les activités de ces comités.

Promouvoir l'égalité de droit et de fait entre les sexes est au coeur du mandat du réseau des comités de la condition des femmes de l'A.R.E.Q. (Association des retraitées et retraités de l'enseignement du Québec). «J'aimerais que mes petites-filles aient les mêmes chances que mes petits-fils», dit Adrienne Carpentier, secrétaire de l'Association et responsable du comité provincial sur cette question. «Si des femmes font un travail équivalent à celui des hommes, pourquoi est-ce qu'elles n'auraient pas le même salaire?», demande la secrétaire de l'Association.

S'il reste du chemin à faire, la situation s'est améliorée par rapport à ce qu'elle était auparavant. Mme Carpentier raconte qu'à une époque, lorsqu'elle enseignait, ses collègues masculins avaient un salaire systématiquement plus élevé que les femmes qui effectuaient le même travail. Les hommes retraités de l'enseignement ont aujourd'hui des revenus supérieurs de 6000 $ en moyenne à ceux de leurs homologues féminines, dit la secrétaire de l'A.R.E.Q.

«Pourquoi est-ce que les femmes n'auraient pas les mêmes chances que les hommes d'atteindre le sommet dans les entreprises, les gouvernements et les administrations municipales?», demande aussi Mme Carpentier.

Défendre les droits des femmes, lutter contre la pauvreté et la violence que subissent certaines d'entre elles et améliorer la qualité de vie des femmes, en particulier des retraitées, font partie des objectifs des membres du réseau des comités de la condition féminine de l'A.R.E.Q. L'Association a par exemple dénoncé la violence dont certaines femmes âgées sont victimes.

L'isolement et la santé des femmes sont d'autres enjeux qui préoccupent les membres de ces comités. «On a visité un CHSLD [centre d'hébergement et de soins de longue durée] et une résidante nous a dit: "J'ai enfin quelqu'un avec qui parler"», raconte Adrienne Carpentier.

Le comité provincial de la condition féminine de l'A.R.E.Q., que pilote Mme Carpentier, informe les femmes de l'Association et les sensibilise à des questions qui les concernent. Il offre de la formation aux responsables des comités régionaux et sectoriels de la condition des femmes. Parmi les formations organisées, l'une portait sur l'hypersexualisation des jeunes filles et une autre, sur les aidantes naturelles. La grande majorité des aidants naturels sont des femmes, souligne la secrétaire de l'A.R.E.Q., qui mentionne que l'Association se penchera par ailleurs prochainement sur la condition des femmes immigrantes.

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Chaque année, les comités des différentes régions organisent des activités pour souligner la Journée internationale des femmes le 8 mars et pour commémorer la tragédie de l'École polytechnique le 6 décembre.

Le comité provincial de la condition des femmes a par ailleurs fait parvenir une lettre au gouvernement conservateur pour protester contre la décision annoncée cet automne par la ministre fédérale de la Condition féminine, Beverly Oda, de ne plus soutenir financièrement le travail de «lobby» politique des groupes de femmes. Il s'était aussi opposé à l'abolition du Conseil du statut de la femme lorsque le gouvernement Charest avait évoqué la possibilité de le remplacer par un Conseil de l'égalité.

«En tant que retraitées, on n'a pas le pouvoir de négocier avec le gouvernement, mais on a le pouvoir de chialer», lance Mme Carpentier.

De la taverne au comité de la condition des hommes

La taverne était un endroit où les hommes pouvaient se retrouver et discuter entre eux. Cette institution étant disparue depuis belle lurette, il importe de créer de nouveaux lieux d'échanges pour la gent masculine, estime André Pelletier, deuxième vice-président et responsable du dossier de la condition des hommes à l'A.R.E.Q.

«Les hommes ont besoin de s'entraider, mais ils sont souvent orgueilleux comme des paons et ne peuvent s'imaginer autrement que comme des coqs. Ils en paient le prix», estime M. Pelletier, qui fait valoir que cette attitude les incite à garder pour eux certaines de leurs émotions, et qu'elle peut même mener certains hommes jusqu'au suicide. Les hommes sont environ quatre fois plus nombreux que les femmes à mettre fin à leurs jours au Québec. Aux prises avec des problèmes et désespérés, ils s'abstiennent souvent de se confier et de consulter un thérapeute.

Les problématiques auxquelles font face certains hommes retraités de l'A.R.E.Q.? L'isolement, l'ennui, la solitude, l'anxiété, une peine d'amour, un divorce ou un deuil. Environ le tiers des membres de l'Association sont des hommes.

Le deuxième vice-président de l'A.R.E.Q. a personnellement côtoyé des hommes qui ont eu besoin d'aide. À la suite du décès d'une retraitée de l'Association, «son mari est venu très près d'attenter à ses jours», dit-il. Un autre homme qui vivait une peine d'amour a par ailleurs contacté M. Pelletier.

C'est en 2000 que l'idée de créer un comité de la condition des hommes a été évoquée pour la première fois à l'A.R.E.Q. Étonnés de cette proposition, les membres de l'Association l'ont mise de côté durant cinq ans.

Elle a resurgi en mai 2005, lors du plus récent congrès de l'A.R.E.Q. Cette nouvelle proposition n'a pas suscité une adhésion immédiate. «Certains ont dit: "Est-ce qu'on a vraiment besoin de ça?" D'autres ont affirmé que ce n'est pas parce qu'il existait un comité de la condition des femmes qu'il fallait forcément qu'il y ait un comité de la condition des hommes», raconte André Pelletier. «Plusieurs préjugés sont ressortis, ainsi qu'une attitude machiste», ajoute-t-il.

Un sondage a néanmoins été envoyé au printemps dernier aux membres masculins de l'A.R.E.Q. À la lumière des réponses reçues, les dirigeants de l'Association ont jugé qu'il existait un intérêt suffisamment grand pour qu'une première réunion soit organisée en septembre. Plus de 50 hommes de neuf des dix associations régionales de l'A.R.E.Q. y ont pris part. Très enthousiastes à l'issue de cette rencontre, ils ont demandé que l'Association mette sur pied un comité provincial de la condition des hommes.

Son mandat? Voir à la création de comités de la condition des hommes dans chacune des dix associations régionales de l'A.R.E.Q., qui pourraient à leur tour encourager la création de tels comités au sein des associations des différents secteurs. Le comité provincial offrirait de l'information et de la formation et effectuerait de la recherche.

Des comités de la condition masculine existaient déjà depuis trois ou quatre ans dans trois des dix régions de l'A.R.E.Q.: l'Outaouais, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et Québec-Chaudière-Appalaches.

La question de la création d'un comité provincial de la condition des hommes est inscrite à l'ordre du jour du prochain conseil exécutif de l'A.R.E.Q., qui aura lieu en décembre. Une histoire à suivre...

Collaboratrice du Devoir