Une femme engagée

Enseignante revendicatrice, militante syndicaliste, femme libre génératrice de changement et journaliste à ses heures, Laure Gaudreault n'avait pas peur de déranger.

C'est à l'âge de 71 ans, en 1961, que Laure Gaudreault fondait et devenait la première présidente de l'A.R.E.Q. Si en 1906, à l'âge de 16 ans, Laure Gaudreault a commencé à enseigner aux Éboulements, dans Charlevoix où elle est née, en 1936, grâce à l'assurance que lui ont donnée ses 30 ans d'expérience d'enseignante et la perspective que lui a apportée son poste de responsable de la page féminine du quotidien Le Progrès du Saguenay, elle fonde, dans Charlevoix, le premier syndicat d'institutrices rurales au Québec. La militante encourageait alors les institutrices des autres régions à faire de même. Un an après cet appel à la mobilisation, grâce à ses lettres, ses voyages et son audace, Laure Gaudreault institue la Fédération catholique des institutrices rurales de la province de Québec, qui réunissait tous ces syndicats nouvellement créés.

Dix ans plus tard, en 1946, Laure Gaudreault avait réussi à récolter mille conventions collectives négociées dans différentes régions rurales du Québec. La même année, la Fédération catholique des institutrices rurales de la province de Québec s'est jointe à la Fédération des instituteurs ruraux et à la Fédération des instituteurs et institutrices des cités et des villes pour former la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques de la province de Québec (CIC), aujourd'hui connue sous le nom de Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

«Lorsque j'ai commencé à enseigner, en 1955, j'ai connu Laure et elle était déjà une syndicaliste engagée depuis un peu plus d'une quinzaine d'années. En 1959, il y a eu un gros boum dans la CIC: la retenue automatique. Aussitôt, les membres sont passés de 12 000 à 28 000. Il y en avait donc 16 000 qui, jusque-là, bénéficiaient des services offerts sans payer leur cotisation. C'est tout un travail qui s'est fait par le conseil d'administration dans lequel siégeait Laure Gaudreault», se souvient Roger Fraser, qui a participé à la formation de l'A.R.E.Q. avec Mme Gaudreault.

M. Fraser a beaucoup travaillé avec Laure Gaudreault au moment où ils siégeaient tous deux au comité du régime de retraite des enseignants formé en 1960 par la CIC. C'est ce comité qui a décidé de faire les démarches pour fonder une association de retraités de l'enseignement pour défendre leurs droits et leurs intérêts. «Si Laure Gaudreault est aujourd'hui considérée comme la fondatrice de l'A.R.E.Q., c'est qu'elle a toujours été la meneuse du groupe. C'est elle qui a dit que nous devrions mettre sur pied un comité et, plus encore, que nous devrions en faire une association», raconte M. Fraser.

Laure Gaudreault a illustré particulièrement son audace et sa détermination lorsqu'elle a décidé de former l'A.R.E.Q. selon la loi des syndicats. «Fantasque un peu, elle voulait que nous formions aussi une association de retraités de l'enseignement affiliée à la CIC, selon la Loi sur les syndicats professionnels. C'est surprenant que les gens du ministère aient accepté ça, parce que les retraités n'avaient pas d'employeurs. Ça démontre les qualités de persuasion de Laure, s'exclame M. Fraser.

À la naissance de l'A.R.E.Q., celle-ci comptait 265 membres qui devaient payer un dollar d'adhésion et un dollar par mois de cotisation. Pour augmenter les effectifs, il fallait retrouver et convaincre le plus possible d'enseignantes retraitées des différentes régions du Québec de devenir membres.

«Nous faisions des tournées dans la province et les adhésions entraient graduellement. Toutefois, c'était difficile de retrouver ces femmes mariées qui avaient enseigné il y a 25 ou 30 ans. Les syndicats collaboraient beaucoup, mais ils ne savaient pas combien de retraitées ils avaient sur leur territoire, où elles demeuraient et si elles étaient encore en vie. Et parmi les enseignantes retraitées que nous retrouvions, plusieurs avaient beaucoup de réticences. Elles ne voyaient pas l'utilité de l'association, surtout qu'il fallait payer une petite cotisation pour devenir membre. Ainsi, nous réussissions à convaincre des petits groupes de 12 à 15 personnes alors qu'il y en avait 300 qui étaient chez elles puisqu'on ne les avait pas retracées ou qu'elles n'étaient pas intéressées. C'était le principal obstacle rencontré, cette espèce de résistance passive ou cette indifférence», se souvient un collègue de Laure Gaudreault, Laval Grondines.

L'héritage laissé par Laure Gaudreault, décédée en 1975 à l'âge de 85 ans, est encore bien présent aujourd'hui, au Québec. «Laure Gaudreault est véritablement la mère du syndicalisme féminin au Québec», conclut M. Grondines.

Collaboratrice du Devoir