Autonome!

Laure Gaudreault, pionnière et militante du syndicalisme enseignant, fonde l'Association des retraitées et retraités de l'enseignement du Québec (A.R.E.Q./CSQ) en 1961. Dès ses premiers pas franchis, ce mouvement se distingue par son caractère revendicateur en faisant valoir les droits et en défendant les intérêts des enseignants à la retraite. Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, situe l'existence de cette organisation au passé, au présent et au futur.

Quelque 45 ans plus tard, l'Association se comporte toujours comme une affiliée de la Centrale. Elle possède sa délégation au Conseil général, ses propres instances, et son conseil provincial. Ses militants sont répartis à travers un réseau formé de dix entités régionales: «Ça dépasse le cadre d'une vie associative sociale. Il y a de la convivialité et il y a peut-être des pressions moindres reliées au travail; le social existe mais en plus, tout l'aspect revendicatif se manifeste», rapporte-t-il.

«Lorsque Mme Gaudreault a créé l'A.R.E.Q., ce qui s'inscrivait dans le prolongement de l'oeuvre de celle qui a mis sur pied le premier syndicat d'institutrices rurales, elle l'a fait dans une dynamique de maintien d'un axe revendicatif. Il y avait un volet du "vivre ensemble" dans sa démarche, mais elle était aussi consciente que les retraités de l'époque avaient des grands besoins, que les régimes de retraite étaient insuffisamment garnis et que c'était la quasi-pauvreté quand les gens s'en allaient à la retraite», relate le président.

Elle a donc mis sur pied une association largement soutenue par la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), devenue aujourd'hui la CSQ: «Celle-ci a fourni des locaux et diverses ressources pour contribuer au démarrage. Il est certain que l'A.R.E.Q. est aujourd'hui devenue très autonome en matière de fonctionnement; elle a son budget, ses propres outils, et elle opère à pleine capacité, forte de ses 40 000 membres. Elle possède un rayon d'autonomie qui se compare à celui de l'ensemble des autres fédérations, tout en conservant des préoccupations qui lui sont spécifiques.»

Un facteur d'harmonisation

Il en situe le positionnement au sein du mouvement: «C'est un organisme qui est au sein de la Centrale et qui est affilié à cette dernière, parce que le côté revendicatif représente le premier vecteur. Il s'est créé toutes sortes d'associations de retraités dans diverses usines et dans d'autres regroupements du secteur public, mais tout cela a beaucoup plus un caractère convivial, social ou amical. Laure Gaudreault a carrément mis sur pied l'A.R.E.Q. sur une base syndicale militante et ça demeure le cas depuis ce temps.»

Il pointe un avantage découlant de la présence de ce regroupement: «Je dirais que c'est le plus puissant outil dont on dispose pour assurer un transfert intergénérationnel, pour éviter de sombrer dans le corporatisme. Depuis une vingtaine d'années, on voit des gouvernements qui essaient de nous mettre en opposition les uns contre les autres. Dans le fond, il est évident qu'on risque d'entraîner un conflit de l'âge en isolant les gens les uns des autres; dans le contexte actuel où on vit ensemble entre jeunes, entre personnes d'un certain âge et d'autres individus plus expérimentés, tout ce monde-là développe une attention et une préoccupation des uns envers les autres qui contribuent à réduire les tensions entre générations.»

Le temps de la maturité

À l'aube de la cinquantaine de l'Association, Réjean Parent se penche sur ses lendemains: «Ils s'en vont vers une période de stabilisation. Il est sûr qu'on a connu une croissance accrue à cause du phénomène des "baby-boomers" et du grand nombre de retraités qui sont apparus au cours des dernières années; on va assister à des prises de retraite significatives ou massives durant quelque temps encore.»

Il précise sa vision de l'avenir: «D'après moi, à partir de 2010, on va plutôt assister au "statu quo" dans les effectifs et peut-être même à une réduction graduelle de ceux-ci. Un peu comme pour le modèle européen, on devrait au Québec être conscient du fait qu'il existe des pics et reconnaître qu'on va voir la moyenne d'âge nationale baisser au cours des prochaines années. On voit que le taux de natalité vient d'augmenter, même s'il est trop tôt pour dire s'il s'agit d'une tendance lourde; en comparant avec ce qui s'est passé en Europe, on devrait assister à un retour du balancier. Dans ce contexte-là, l'A.R.E.Q. en arrive à son point de maturation et devrait, au cours des deux ou trois prochaines décennies, compter autour de 50 000 membres, constituant une force solide et bien organisée qui se penche en priorité sur des dossiers ciblés.»

Les lieux d'intervention

Le président de la CSQ indique les futures raisons d'être de l'Association dans le contexte québécois: «L'une de celles-ci va tourner autour de la lutte contre l'appauvrissement des personnes à la retraite; on parle de la question de la désindexation et des moyens dont disposent les retraités. Contrairement à ce que l'on pense, les gens ne profitent pas de ponts d'or même s'ils obtiennent une bonne retraite à court terme, mais quand on pense que cette dernière se prolongera durant 25, 30 ou 35 ans, on voit que, 20 ans plus tard, ça fait beaucoup plus mal. Dans ce sens-là, ce regroupement devra se fixer comme priorité de s'assurer d'un maintien des soins de santé appropriés pour les personnes âgées et de lutter pour l'obtention de meilleures conditions économiques pour ses membres.»

Réjean Parent n'en souhaite pas moins que les retraités demeurent conscients de l'influence qu'apporte leur présence au sein d'une centrale de travailleurs: «Ils partagent des préoccupations qui contribuent finalement à l'émancipation de la jeunesse; ils voient ces gens grandir, s'insérer dans leur profession et partager un coin du Québec avec eux. Les uns et les autres peuvent s'entraider et oeuvrer également à la solidarité sociale.»

Collaborateur du Devoir