Les policières face aux hassidiques - La suggestion du SPVM est inacceptable, selon Dupuis

La «suggestion» du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) invitant ses policières à céder leur place à un collègue masculin lors des interventions auprès d'hommes de la communauté juive hassidique a non seulement soulevé l'ire du syndicats des policiers, elle a aussi suscité la désapprobation du ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis hier.

Le ministre est intervenu auprès de la direction du SPVM après avoir appris l'existence d'une «fiche culturelle», publiée dans la dernière édition de la brochure du SPVM L'Heure juste, qui suggère aux policières de faire appel à des collègues masculins lorsqu'elles sont confrontées à des membres de cette communauté religieuse.

«Je me suis fait un devoir de communiquer avec le directeur du Service de police de la ville de Montréal et de discuter avec lui de cette situation et de lui dire et de lui "réexprimer" une valeur qui est fondamentale dans notre société», a dit M. Dupuis à l'Assemblée nationale. Cette valeur, a-t-il poursuivi, «c'est qu'il y a ici, au Québec et au Canada, une égalité entre les hommes et les femmes, et les uns et les autres ont le droit d'exercer leurs fonctions en tout respect de leurs droits fondamentaux».

Du côté du SPVM, on a tenu à calmer le jeu hier en soulignant que les informations en question sont avant tout des outils de sensibilisation. «Ce ne sont pas des politiques ou des modes de fonctionnement, mais plutôt une certaine mise en situation ou des fiches informatives qui permettent de développer les compétences interculturelles de nos policiers et de mieux connaître certaines particularités des diverses communautés culturelles à Montréal», a expliqué la porte-parole du SPVM, Johanne Paquin.

Selon elle, il s'agit avant tout pour les policiers de s'adapter au «contexte montréalais composé de différentes cultures», ce dont les policières n'ont pas à s'offusquer. Pour Mme Paquin, c'est un peu le même type d'accommodement qu'on ferait pour une femme qui aurait subi une agression sexuelle et qui refuserait de parler avec un policier mâle.

La Fraternité des policiers de Montréal s'est toutefois insurgée contre cette «suggestion». «Je pense que c'est la première fois que le service de police va aussi loin et je crois que quelqu'un a manqué de jugement dans cet article, c'est clair et net, et on manque de respect envers nos 1200 policières», a expliqué le président du syndicat, Yves Francoeur. Les femmes représentent environ 30 % des effectifs du SPVM. La Fraternité estime non seulement qu'elles ont bataillé fort pour gagner leur place, mais aussi que leurs interventions se font pour des raisons de sécurité publique et que les croyances religieuses n'ont pas à interférer avec l'application de la loi.

Dans la dernière édition du bulletin informatif mensuel L'Heure juste, on soulignait que «pour certains juifs hassidiques, [le statut très particulier de la femme] signifie qu'ils doivent éviter de parler à une femme par respect pour son statut de mère». On formulait ainsi cette suggestion aux policières: «Votre rôle, en tant que professionnelle, est de faciliter l'échange avec votre interlocuteur. Dans certains cas, cela pourrait signifier de faire intervenir votre collègue masculin pour faciliter la discussion et la prestation de service.»

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Avec la Presse canadienne