L'acharnement thérapeutique - L'Église anglicane prend une position controversée sur les grands prématurés

Londres — L'Église anglicane est entrée hier dans le débat sur les grands prématurés lourdement handicapés, estimant que, dans certains cas exceptionnels, l'acharnement thérapeutique pour les maintenir en vie n'était pas forcément souhaitable.

Dans une lettre assurée de susciter la polémique, les dirigeants de l'Église ont estimé que certains devraient être autorisés à mourir, par «compassion».

«Il se peut qu'il y ait des occasions, où, pour un chrétien, la compassion l'emportera sur la "règle" voulant que la vie doit être inévitablement préservée», a écrit l'évêque de Southwark Tom Butler.

«Un traitement disproportionné dans le but de prolonger la vie en est un exemple», a-t-il ajouté.

Cette lettre, dont le détail est publié dans l'hebdomadaire The Observer, est destinée à une commission d'éthique britannique, qui doit faire paraître jeudi des recommandations sur la survie des grands prématurés lourdement handicapés.

Dans sa contribution à la réflexion de la commission Nuffield, l'évêque de Southwark affirme, au nom de l'Église anglicane, que «dans certaines circonstances, il peut être juste de stopper ou retirer un traitement, sachant qu'il est possible, probable ou même certain, que cela provoquera la mort».

L'évêque ne précise pas quelles sont ces circonstances, mais insiste sur le fait que cette décision doit être prise «avec réticence», lorsque toutes les autres possibilités ont été explorées.

Et il évoque aussi avec une grande prudence le coût financier associé à leur maintien en vie à tout prix, invoquant le «principe de justice» pour sauver d'autres vies.

La semaine dernière, le collège royal des obstétriciens et gynécologues de Grande-Bretagne était allé plus loin, réclamant un débat sur la possible légalisation de l'euthanasie pour les nouveau-nés les plus lourdement handicapés. Il avait pris soin, dans sa contribution à l'enquête de la commission Nuffield, lancée en octobre 2004, de préciser qu'il n'était pas forcément pour, mais que la question méritait d'être posée.

Une question très médiatisée

La question de la survie à tout prix des grands prématurés lourdement handicapés est très sensible au Royaume-Uni, en raison d'une bataille judiciaire très médiatisée pour maintenir en vie une petite fille qui a aujourd'hui trois ans, Charlotte Wyatt.

Elle était née à six mois de grossesse, pesait 450 grammes et mesurait 13 cm. Ses parents l'ont emporté contre les médecins, qui souhaitaient ne pas la ressusciter à tout prix, mettant en avant ses souffrances et ses lourds handicaps.

La petite fille a survécu, mais reste dans un état quasi végétatif, sourde, quasi aveugle, survivant avec un respirateur artificiel, alimentée par sonde.

Ses parents se sont depuis séparés, et l'hôpital de Portsmouth où elle a passé toute sa vie lui cherche actuellement une famille d'accueil.