Affaire Arar: le numéro un d'Interpol défend la GRC et son directeur

Ronald K. Noble, secrétaire général d’Interpol, juge que la GRC et son directeur n’ont rien à se reprocher dans l’affaire Arar.
Photo: Agence France-Presse (photo) Ronald K. Noble, secrétaire général d’Interpol, juge que la GRC et son directeur n’ont rien à se reprocher dans l’affaire Arar.

Ottawa — Le numéro un de l'agence policière internationale Interpol s'est porté à la défense de la Gendarmerie royale canadienne (GRC) hier pour sa gestion du cas Maher Arar et a encensé son actuel commissaire, Giuliano Zaccardelli, pourtant sévèrement critiqué au pays.

Le secrétaire général d'Interpol, Ronald K. Noble, a pris le temps de rédiger une lettre d'opinion publiée hier dans le quotidien Ottawa Citizen. Dans cette lettre, M. Noble soutient que la GRC n'a fait que son devoir en transférant des informations aux autorités américaines concernant le citoyen canado-syrien Maher Arar.

«Et si le cas Arar avait été différent et qu'il avait été un terroriste? demande M. Noble. Et si des milliers de vies innocentes avaient été perdues simplement parce que la GRC n'avait pas partagé l'information? Ce n'est pas populaire ces jours-ci de poser ce genre de questions, mais elles doivent pourtant être posées si les Canadiens veulent rester en sécurité.»

La commission d'enquête ayant fait la lumière sur le dossier Arar a révélé que la GRC avait fabriqué des preuves pour dépeindre M. Arar comme un terroriste. Auprès des États-Unis, la GRC avait même qualifié M. Arar et son épouse d'«extrémistes islamistes» sans aucune preuve à cet effet.

Les États-Unis n'ont jamais voulu révéler pourquoi ils avaient expulsé M. Arar en Syrie, où il a été torturé et enfermé pendant un an. Mais on sait aussi que les États-Unis n'ont jamais fourni au Canada d'informations indépendantes prouvant qu'ils craignaient l'homme. Tout porte donc à croire que c'est sur la foi des informations erronées de la GRC que les Américains ont donné le coup d'envoi au calvaire de M. Arar.

Ronald K. Noble n'en démord pas pour autant. Le partage d'information, en cette ère post-attentats terroristes de septembre 2001, est vital. «Nous savons que le fait de ne pas partager l'information entre les frontières expose les citoyens à de grands dangers et peut mener à des pertes de vie d'une ampleur terrible, écrit-il. En bref, manquer à son engagement de partager l'information avec ses alliés et ses partenaires internationaux est tout simplement inacceptable dans ce monde après le 11-Septembre.»

Ronald K. Noble est secrétaire général d'Interpol depuis 2000. Son mandat a été renouvelé à l'unanimité des 184 pays membres en 2004. Il est basé à Lyon, en France. Dans sa lettre au Ottawa Citizen, il se porte aussi à la défense du commissaire Zaccardelli, invité depuis la parution du rapport de la commission d'enquête à démissionner.

«Je me sens dans l'obligation de commenter la controverse entourant les actes de la GRC dans le cas Arar parce que je crois que, sous le leadership du commissaire Giuliano Zaccardelli, la GRC a fait une contribution extraordinaire à la sûreté et à la sécurité non seulement des Canadiens, mais des citoyens du monde entier.»

L'ex-solliciteur général libéral Wayne Easter, responsable de la GRC pendant une partie de l'aventure de M. Arar, donnait raison à M. Noble hier. «Il semble y avoir beaucoup d'effort fait pour s'en prendre à la GRC. Mais les gens doivent retourner à la commission O'Connor, qui a dit qu'il était approprié pour la GRC d'échanger des informations avec les États-Unis. L'erreur commise, c'est que cette information n'a pas été contre-vérifiée et n'était pas absolument véridique. Je suis donc d'accord avec cette personne d'Interpol qu'il doit y avoir cet échange constant d'informations.»

La GRC a indiqué hier qu'elle n'avait pas sollicité la lettre de M. Noble et qu'elle n'en avait pas vu le contenu avant sa publication non plus. «La GRC apprécie l'appui exprimé par le secrétaire général M. Noble en ce qui a trait à nos engagements et à nos efforts envers la protection des Canadiens et de la communauté internationale», a indiqué une porte-parole, Sylvie Tremblay.

M. Zaccardelli entretient une bonne relation avec le secrétaire général d'Interpol. En mars 2005, il a reçu sa visite, ce qui constituait une première visite au Canada en 15 ans d'un patron d'Interpol. M. Noble avait profité de sa venue pour réfuter les allégations de ses compatriotes américains: non, avait-il insisté, le Canada n'est pas une «super-autoroute» pour les terroristes vers les États-Unis. M. Zaccardelli s'est vu offrir de partager le podium avec M. Noble lors de l'ouverture d'importantes conférences internationales d'Interpol, dont celle sur la corruption à Hong Kong en 2003 et celle sur le bioterrorisme à Lyon en mars 2005.