Rivières-des-prairies - La coop d'habitation sera construite

La construction d'une coopérative ira de l'avant dans le quartier montréalais de Rivière-des-Prairies, en dépit de l'opposition de ses futurs voisins. Le président du conseil d'arrondissement Cosmo Maciocia en a avisé l'un des représentants des citoyens lundi.

M. Maciocia a fait valoir que rien, légalement, ne permettait d'interdire cette construction — financée en partie par la Ville de Montréal dans le cadre de l'opération Solidarité 5000 logements.

«Je suis très sensible aux revendications des citoyens, a expliqué au Devoir M. Maciocia. Mais le zonage permet à la coopérative d'être construite de plein droit. On ne peut pas faire des consultations publiques chaque fois que quelqu'un veut bâtir là où c'est permis!»

Certains citoyens sont furieux de cette décision et sont allés le dire lundi soir, à la séance du conseil municipal de l'hôtel de ville de Montréal. Ils profiteront aussi de l'assemblée du conseil de leur arrondissement, mardi prochain, pour faire savoir leur mécontentement.

«Tout ça s'est passé en catimini: c'est trop facile après de dire qu'on agit sous le couvert de la légalité!», affirme Sylvain Asselin, résidant du coin où sera bâtie la coop Samakhi. M. Asselin affirme que l'arrivée des trois immeubles de la coop, totalisant 39 logements, va créer des problèmes de sécurité, de stationnement et de déneigement.

Il craint aussi la formation de ghettos, ce qui laisse croire que le syndrome «pas dans ma cour» est aussi l'une des motivations des citoyens. «Non, répond M. Asselin. Ce qu'on ne veut pas, ce sont des blocs dans un coin de cottages. Ce serait des condos, on dirait la même chose.»

M. Asselin rappelle aussi que les citoyens ont proposé sept scénarios pour déménager la coop quelques rues plus loin. Une idée irréaliste, commente de son côté Mazen Houdeib, du groupe de ressources techniques ROMEL, qui assiste les futurs membres de la coopérative dans leur projet de construction.

«Ça voudrait dire repartir à zéro sur le plan de l'arpenteur, du travail de l'architecte, des tests du sol... Tout ça coûte de l'argent public. Et déjà, on a une mise en demeure de l'entrepreneur qu'on avait engagé pour la construction, qui devait commencer au début septembre. S'il fallait faire une autre soumission, là on aurait une poursuite très salée sur les bras, de plus de 600 000 $!», explique M. Houdeib.

De plus, la coopérative remplit toutes les obligations légales: non seulement le zonage du terrain choisi en permet la construction, mais elle respecte aussi l'obligation d'avoir un espace de stationnement par deux logements. De plus, le service d'urbanisme de l'arrondissement a vu à ce que l'architecture des bâtiments s'intègre dans le voisinage. «Dans une société de droit, on ne peut pas prendre des décisions à l'encontre de la loi», répète M. Houdeib.

L'opposition des citoyens, qui a suscité la signature d'une pétition de 130 noms et bloqué jusqu'à ce jour l'émission du permis de construction de la coop, a toutefois fait réfléchir la ville de Montréal. La coop Samakhi est le premier projet à pouvoir être réalisé dans le cadre de l'opération Solidarité 5000 logements — qui, en deux ans, doit permettre la construction de logements publics pour contrer la pénurie actuelle. La ville ne veut pas vivre chaque fois une telle opposition.

«On va s'assurer que même si le projet est de plein droit, qu'il atterrisse en douceur plutôt que d'arriver comme une brique pour les gens alentour», disait hier au Devoir Michel Prescott, vice-président du comité exécutif et responsable du dossier de l'habitation.

Entre le dépôt d'un projet de logements sociaux et sa construction, plusieurs mois s'écoulent. Un travail de promotion et d'explication du projet pourrait alors être mené, précise M. Prescott.