Émile Boudreau s'éteint à 90 ans

Figure de premier plan du syndicalisme québécois, Émile Boudreau est décédé lundi à l'âge de 90 ans après avoir consacré l'essentiel de sa longue carrière à améliorer le sort des travailleurs victimes d'accidents professionnels. Il a même été un des artisans de la Loi sur la santé et la sécurité du travail du Québec, adoptée en 1979.

Issu d'un milieu modeste, M. Boudreau avait été initié aux difficultés des travailleurs accidentés dès son plus jeune âge. «Émile n'a jamais oublié la situation précaire que toute sa famille a subie lorsque son père a été victime d'un accident de travail à la Brown Corporation, à La Tuque», a expliqué hier le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé. «Il a continué à défendre des accidentés du travail même après sa retraite. Cette ténacité et cette constance dans ses convictions ont toujours suscité une vive admiration dans nos rangs [...].»

Né en 1915 au Nouveau-Brunswick, Émile Boudreau a été tour à tour trappeur, bûcheron et mineur à Normétal, en Abitibi. Sa famille s'était en effet établie dans cette région, à l'instar de milliers d'autres colons qui s'installaient à l'époque dans ce coin de pays inhospitalier. Dans son autobiographie, intitulée Un enfant de la grande dépression et publiée en 1998, il expliquait d'ailleurs que c'est dans ce contexte qu'il a pris conscience de l'importance du syndicalisme pour la défense des travailleurs.

Il commence à se mobiliser dès 1944 en Abitibi avant de passer au Syndicat des métallos, puis à la FTQ, en 1977. «Émile a été un homme de gauche tout en pratiquant un syndicalisme pragmatique», a d'ailleurs souligné Henri Massé. Même s'il a pris sa retraite en 1982, M. Boudreau a continué de plaider à de nombreuses reprises devant les bureaux de révision et les commissions d'appel en matière de lésions professionnelles.

À compter de mai 1988, il a aussi tenu pendant plusieurs années une chronique dans les pages de L'Aut' Journal sur la santé et la sécurité du travail. «Il n'avait pas son pareil pour pourfendre et fustiger les "médecins de papier" de la CSST, et cela, dans une langue à nulle autre pareille, si bien que lorsqu'il a finalement décidé de prendre sa retraite et déposer la plume, tous ceux que nous avons approchés pour prendre sa relève ont décliné l'invitation en avouant ne pas vouloir subir la comparaison avec Monsieur Émile», a fait valoir le directeur de L'Aut' Journal, Pierre Dubuc, dans un texte écrit à la mémoire de M. Boudreau.