Pas facile de naître égaux au Québec

Naître égaux au Québec? Il semble que ce ne soit pas demain la veille, puisque le programme de prévention québécois auprès des bébés et des mères pauvres rate sa cible et bat de l'aile.

Le programme de prévention Naître Égaux-Grandir en Santé, lancé par Québec au milieu des années 90 pour prévenir les problèmes de santé, la violence et la négligence chez les enfants nés de mères pauvres et sous-scolarisés, rate sa cible. Un bilan révèle que le programme n'atteint que 38 % des femmes pauvres, et que seulement 4 % des CLSC offrent les services prévus dans leur intégralité.

À en croire le bilan très mitigé dressé du Programme Naître Égaux-Grandir en Santé (NEGS), ce n'est pas demain la veille que le Québec aura atteint les objectifs que s'est fixés le ministère de la Santé et des Services sociaux en ce qui a trait à la prévention auprès des tout-petits de deux à cinq ans nés en milieux défavorisés. On semble remarquer certains reculs.

Le Programme NEGS, dont l'objectif était d'atteindre 50 % des femmes pauvres et sous-scolarisées d'ici à 2002, a du plomb dans l'aile. Le plus récent compte rendu montre que le programme, qui était au coeur des Priorités nationales de santé publique, atteint en moyenne moins de 39 % des femmes ciblées. Plus encore, on note que plusieurs CLSC ont offert des services à près de 3000 femmes qui ne correspondaient pas à la clientèle-cible visée par le programme. En tout et pour tout, on estime qu'environ 35 % des bénéficiaires ne répondaient pas aux profils ciblés par le gouvernement.

Dans son rapport, la Direction de la santé publique affirme que «cet écart nous amène à se questionner sur la pratique relativement généralisée, dans toutes les régions du Québec, d'offrir un programme du type NEGS à d'autres populations que celle à laquelle il est destiné».

On remarque également que le degré d'implantation du programme Naître Égaux-Grandir en Santé est très variable d'une région à l'autre. Au départ, ce programme multidisciplinaire devait comprendre des rencontres pré et post-natales, à l'occasion d'un suivi étalé sur 24 mois offerts aux nouvelles mères et à leurs enfants. Ce suivi médical devait être accompagné d'un suivi psycho-social, d'un soutien au développement de l'enfant, d'un soutien au réseau d'aide immédiat et d'une aide à l'emploi.

Or, le bilan dressé montre qu'en 2000-2001, seulement 2,9 % des mères pauvres ont reçu ces services dans leur intégralité. Pas étonnant, puisque seulement 4 % des CLSC ont affirmé avoir appliqué toutes les facettes du programme. «La faible proportion de mères pauvres et sous-scolarisées ayant participé à un programme de type NEGS intégral indique que l'objectif (de santé publique) visé est loin d'être atteint», note d'ailleurs le rapport.

En fait, la plupart des CLSC ne parviennent à offrir que des parcelles du programme NEGS et le suivi postnatal complet semble être le volet qui fait le plus défaut. À ce chapitre, seulement le tiers des CLSC ont suivi les mères pauvres pendant deux ans, et 14 % d'entre eux ont réussi à rencontrer celles-ci 24 fois, comme prévu. «La difficulté ne réside pas seulement dans la possibilité de rencontrer les femmes enceintes visées, mais également dans celle de leur offrir un véritable programme intégré en périnatalité comme NEGS», constatent les auteurs du document.

Au ministère de la Santé, personne n'était disponible pour commenter les ratés de ce programme ambitieux, destiné à limiter les situations de négligence, et éventuellement le signalement ou le placement des enfants démunis. Toutefois, la répondante régionale du programme NEGS à Montréal, Marthe Laurin, soutient que ce programme n'a jamais reçu de financement spécifique. «Le ministère n'a pas mis d'argent là-dedans. Les CLSC ont dû le financer à même leurs budgets et faire des choix», affirme-t-elle.