L'aide aux enfants: où sont passés les deux milliards d'Ottawa ?

Ottawa — De vagues objectifs et l'absence de moyens de contrôle efficaces empêchent de dire si le programme de 2,2 milliards mis en place par le gouvernement fédéral afin de venir en aide aux enfants et à leurs parents fonctionne vraiment, affirment des observateurs.

«C'est le trou noir de la politique sociale touchant aux enfants», a indiqué Laurel Rothman, coordonnatrice nationale de Campagne 2000, coalition pancanadienne constituée de plus de 85 organismes nationaux et communautaires dont l'objectif est de faire respecter la résolution, adoptée en 1989 par tous les partis de la Chambre des communes, d'enrayer la pauvreté chez les enfants au Canada.

«Nous ne savons pas vraiment à quoi sert l'argent», a ajouté Mme Rothman.

En septembre 2000, le gouvernement fédéral a annoncé en grande pompe son programme, ayant pour nom Initiative du développement de la petite enfance.

Les observateurs estiment ce programme digne de louanges, mais ils jugent ses objectifs peu clairs tout en regrettant ne pas être en mesure d'en vérifier l'efficacité de façon indépendante.

À l'occasion de cette initiative, Ottawa doit, pendant une période de cinq ans, verser 2,2 milliards aux provinces de même qu'aux territoires — auxquels la Constitution confère le contrôle de leur politique sociale — afin de permettre à deux millions d'enfants âgés de moins de six ans d'«atteindre leur potentiel».

L'argent, dont un premier montant de 300 millions a été versé lors du dernier exercice fiscal, un second de 400 millions devant suivre cette année, doit en principe être consacré aux soins prénatals et consécutifs à l'accouchement, aux services à l'intention des parents, à la garde des enfants de même qu'à l'aide communautaire.

Le Québec, faisant valoir sa compétence en matière de politique sociale, utilise quant à elle se part des fonds fédéraux afin, notamment, de rendre accessible la garde de jour de tous les jeunes enfants, une façon de faire qui devrait être imitée à la grandeur du pays, selon certains observateurs.

Quant aux autres gouvernements, «ils ont commencé à dépenser [l'argent] à droite et à gauche», a indiqué Jane Jenson, directrice des questions familiales au sein des Réseaux canadiens de recherche en politiques publique, une agence dont le siège est situé à Ottawa.

Il a été impossible de joindre la ministre fédérale du Développement des ressources humaines, Jane Stewart, responsable de l'Initiative du développement de la petite enfance.