Mesures de prévention contre le terrorisme - Ottawa élargira sa base de données à tous les voyageurs

Ottawa — L'immense base de données personnelles sur les voyageurs aériens — jugée illégale par le commissaire à la protection de la vie privée du Canada — sera augmentée afin d'inclure des renseignements sur les gens arrivant au pays à bord de navires de croisière, de traversiers, de trains et d'autobus, selon des documents fédéraux.

Collette Gentes-Hawn, porte-parole du service des douanes, a confirmé récemment les intentions du gouvernement. Elle a précisé que les passagers des navires et des trains feraient l'objet d'une surveillance dès l'an prochain.

Le contrôle des gens se déplaçant en autobus ou prenant un traversier sera plus difficile car personne n'est tenu de donner son nom au moment de l'achat d'un billet, a ajouté Mme Gentes-Hawn, selon laquelle la surveillance de ce type de voyageurs pourrait ne pas être possible avant 2004, voire même après.

Les responsables des douanes canadiennes seront sous peu en mesure de passer au crible les voyageurs et visiteurs avant leur arrivée afin de déterminer s'ils représentent un risque en termes de terrorisme et d'autres activités de nature criminelle, est-il précisé dans des documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information.

Tout renseignement personnel au sujet de quiconque peut être conservé pendant une période de plus de six ans.

George Radwanski, commissaire à la protection de la vie privée, a déjà estimé illégale et indiscrète l'initiative fédérale, tout en jugeant qu'elle allait au-delà des mesures de sécurité adoptées par le gouvernement relatives à la législation antiterroriste entrée en vigueur plus tôt cette année.

«La ministre [du Revenu national, Elinor Caplan] semble confondre l'utilité et la nécessité d'une telle mesure», a déclaré ces dernières semaines M. Radwanski. «Pourtant, ce qui est utile n'est pas à tout coup nécessaire. Ne pas faire cette distinction ouvre la porte à tous les abus de la part des agents de l'État et est typique des États policiers: par exemple, il pourrait être utile pour d'éventuelles enquêtes policières d'effectuer l'écoute électronique de tous les citoyens. Même si cette politique pourrait être utile, elle est loin d'être nécessaire et justifiée.»

Pour leur part, les responsables fédéraux ont justifié leur projet en affirmant qu'il fallait parfois des années avant de saisir les comportements criminels.