Simone Melchior, l'épouse du célèbre commandant Cousteau - Dans l'ombre de La Calypso

De passage à Montréal pour la promotion de son livre, Alexandra Cousteau a dit vouloir protéger l’héritage de son célèbre grand-père et promet de sauver La Calypso, le mythique navire d’exploration.
Photo: Jacques Grenier De passage à Montréal pour la promotion de son livre, Alexandra Cousteau a dit vouloir protéger l’héritage de son célèbre grand-père et promet de sauver La Calypso, le mythique navire d’exploration.

En épousant l'océanographe Jacques-Yves Cousteau, Simone Melchior a épousé la mer. Pendant 40 ans, elle a sillonné les océans à bord de La Calypso, y passant plus de temps que son célèbre mari. C'est l'histoire de cette femme de l'ombre, passionnée et secrète, qu'a voulu raconter sa petite-fille, Alexandra Cousteau, dans une biographie qui vient de paraître aux Éditions des Intouchables.

La fille de Philippe Cousteau (mort lors d'un accident d'hydravion en 1979) avait 14 ans quand sa grand-mère est décédée. Possessive à l'endroit de ses deux fils et peu encline à manifester de la sympathie à ses belles-filles, Simone Cousteau n'a jamais cherché à réduire le fossé qui la séparait de ses petits-enfants. Alexandra, 26 ans, née d'une mère américaine, l'a donc peu connue, mais le destin exceptionnel de cette femme la fascinait.

La jeune femme aurait pu écrire sur son grand-père, comme le lui ont suggéré plusieurs maisons d'édition, mais elle a préféré s'intéresser à la grande dame qui travaillait dans l'ombre du célèbre explorateur. «Ma grand-mère était vraiment la personne qui a assuré la continuité de la vie à bord de La Calypso pendant 40 ans. C'est elle qui a rendu possible le travail de mon grand-père», explique-t-elle.

Pour écrire Simone Cousteau, l'âme de La Calypso, Alexandra Cousteau s'est associée à la journaliste Jocelyne de Pass, confiant la publication du livre aux Éditions des Intouchables, un choix d'autant plus étonnant qu'elle n'avait jamais mis les pieds au Québec avant cette semaine.

«La Bergère»

Seule femme à bord de La Calypso lorsque son mari entreprend ses expéditions scientifiques dans les années 50, Simone est fantasque et jolie, mais pour tenir sa place dans ce monde d'hommes, elle boit, fume et jure. «Je pense que toute sa vie elle a regretté de ne pas avoir été un homme pour pouvoir être amiral et marin», confie Alexandra. Pour les membres de l'équipage, qui la vénèrent, elle est la mère, la confidente et l'infirmière, un rôle à volets multiples qui lui a valu le surnom de «Bergère».

Au début de la quarantaine, sa vie bascule lorsqu'elle apprend les infidélités de son mari. Elle se raccroche à sa passion pour la mer et pour La Calypso afin de résister aux intempéries. Alexandra Cousteau soutient que le couple est resté soudé malgré les aventures extraconjugales du commandant, et leurs 53 ans de vie commune le prouvent: «Mon grand-père a été désespéré à la mort de ma grand-mère. Il en a beaucoup souffert, et c'était vraiment son âme soeur quelque part. Il ne l'aurait jamais quittée pour une autre femme.»

Les épreuves se succèdent. La mort d'un membre de l'équipage puis celle de son fils Philippe alimentent une amertume sans cesse croissante chez la «nymphe de La Calypso», qui soulage sa souffrance dans l'alcool. Incapable de surmonter son aversion pour les médecins, Simone Cousteau dissimule à son entourage le cancer de la peau qui la ronge et qui finira par l'emporter en décembre 1990.

Les querelles familiales des Cousteau ont maintes fois défrayé la chronique, qu'il s'agisse des litiges opposant le père et son fils Jean-Michel ou des disputes au sujet de l'héritage du commandant à la mort de celui-ci, en 1997. Et depuis six ans, La Calypso, amarrée au port de La Rochelle et privée d'entretien, menace de sombrer à cause d'un litige portant sur sa propriété. Alexandra Cousteau promet de la sauver, et les premiers travaux de restauration commenceront au cours des prochaines semaines. Le mythique navire sera ensuite confié à une fondation, assure-t-elle.

Visiblement, les relations ne sont pas au beau fixe entre Alexandra et Francine Cousteau, maîtresse de longue date du commandant, devenue sa seconde femme et légataire universelle du défunt. Quand on l'interroge à ce sujet, Alexandra marque une longue pause. «Je fais ce que je fais par passion, par conviction et par amour pour ma famille. Le nom "Cousteau" ne se résume pas à un copyright. Personne ne pourra m'arrêter de faire ce que j'ai envie de faire», finit-elle par dire.

Diplômée en relations internationales de l'université de Georgetown et impliquée activement au sein de plusieurs organisations vouées à la protection de l'environnement et du patrimoine océanique, Alexandra Cousteau a hérité la passion de ses grands-parents. Pas question toutefois d'imiter sa grand-mère et de faire d'un bateau sa résidence principale: les croisières d'agrément lui suffisent amplement, dit-elle.