Slow Food Québec veut « sauver » le poulet Chanteclerc

Malgré une place de choix dans l'«Arche du goût», ce catalogue de Slow Food qui recense le patrimoine alimentaire à entretenir et à sauver autour du globe, le poulet Chantecler est toujours victime de la timidité du gouvernement pour lui venir en aide, a déploré hier la section québécoise de ce mouvement. Slow Food Québec appelle d'ailleurs à des actions concrètes pour préserver cette race de poule dite patrimoniale, propre au Québec.

«On veut redonner vie aux races patrimoniales [poulet Chantecler et vache canadienne], mais on frappe un mur», a expliqué au Devoir Paul Caccia, président de Slow Food Québec, la succursale locale de ce mouvement d'origine italienne versée dans la défense du bien manger et du patrimoine gastronomique mondial. «Il faut que le gouvernement accepte d'alléger les réglementations en place, en baissant le coût des droits de production [dans le domaine du lait et de la production de volaille] ou en les faisant disparaître. Sinon, les producteurs qui travaillent pour sauver ces races ne vont pas s'en sortir.»

Actuellement, un producteur de volaille doit verser en moyenne 500 $ par an et par mètre carré de poulailler afin de produire du poulet à rôtir. Or, ce barème a été calculé pour un poulet industriel arrivant à maturité en 39 jours (ce qui représente neuf poulets par année). Le poulet Chantecler qui a une croissance de cinq à six mois n'est pas rentable dans ce cadre réglementaire.

Pas d'exception

Dans les derniers mois, la Fédération des producteurs de races patrimoniales du Québec s'est tournée vers les instances réglementaires, largement influencées par les grands industriels de la volaille, pour obtenir des allégements dans le système dit de contingentement. L'organisme s'est toutefois vu refuser de manière catégorique un traitement exceptionnel pour sauver le Chantecler, un véritable produit du terroir. «C'est dommage, estime M. Caccia. Ces éleveurs ne sont pas des gens qui nuisent.»

Le poulet Chantecler est une race qui a été développée au Québec au début du siècle dernier pour survivre au climat de la région. Il est aussi bon pour ses oeufs que pour sa chair. Actuellement, près de 600 oiseaux survivent dans la province dans de micro-élevages de moins de 100 têtes pour lesquels des quotas de production ne sont pas nécessaire.

Ainsi confiné, le poulet Chantecler ne peut être vendu à des particuliers ou à des restaurateurs. Pourtant, plusieurs experts du monde de la poule estime qu'il a tous les atouts pour devenir au Québec l'équivalent du poulet de Bresse en France, le seul volatile au monde à jouir d'une appellation d'origine contrôlée.