Bordeaux obtient la plus grosse part - 54 millions pour rénover des prisons à Montréal

Vue sur l’accès aux douches à la prison de Bordeaux.
Photo: Annik MH de Carufel Vue sur l’accès aux douches à la prison de Bordeaux.

La prison de Bordeaux connaîtra une autre cure de rajeunissement. Cinquante millions de dollars seront consacrés à la reconfiguration de l'aile A pour la rendre plus sécuritaire.

L'aile A compte environ 150 cellules réparties sur trois étages. Son allure est restée inchangée depuis la construction de la prison, en 1912. Les travaux de rénovation annoncés hier par le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, permettront de la rediviser en petits secteurs d'une trentaine de places chacun tout au plus.

«Les grands secteurs favorisent les "bingo", c'est-à-dire les soulèvements. Avec des petits secteurs, le contrôle va se faire de meilleure façon pour les agents des services correctionnels», a expliqué M. Dupuis. «L'objectif, c'est d'avoir une meilleure sécurité», a-t-il ajouté.

Un nouveau pavillon sera construit pour désengorger l'entrée principale, et un tunnel sera aussi aménagé pour faciliter les activités quotidiennes et améliorer la sécurité du personnel.

Pour la durée des travaux, les détenus devront vivre à deux par cellule (un espace de 6 m2). Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec a réservé un accueil favorable à ces investissements, exigés depuis belle lurette. Le syndicat craint cependant que les autorités ne soient tentées de laisser les détenus à deux par cellule à l'issue des travaux, si cette expérience de cohabitation se déroule bien.

Ces travaux ne feront pas augmenter la capacité de la prison de Bordeaux, dont 1140 des 1189 places sont présentement occupées. De toute façon, le problème de surpopulation dans les prisons ne concerne pas Montréal, a dit le ministre Dupuis. «La région montréalaise, si ce n'était des transferts des régions, se suffit à elle-même en termes de places», a-t-il affirmé. Pour corriger ce débordement, les prisons de Sorel (89 places) et de Valleyfield (62 places) seront fermées et remplacées par un établissement de 300 cellules. La Société immobilière du Québec (SIQ) a reçu jeudi le mandat de réaliser des études préliminaires en ce sens.

Outre les 50 millions consacrés à la prison de Bordeaux, M. Dupuis a annoncé un investissement de deux millions pour la prison de Rivière-des-Prairies afin de moderniser le système de surveillance par caméras, le contrôle à distance de l'éclairage et la détection périphérique. Tanguay, la prison pour femmes, recevra enfin 2,3 millions pour la réfection de certains bâtiments.

Le ministère de la Sécurité publique a par ailleurs l'intention de refaire le portrait complet de sa clientèle. La dernière étude, datant de 2001, a révélé que de nombreux détenus éprouvaient des problèmes de santé mentale ou d'abus de substances. Les voies de fait et le trafic de stupéfiants constituaient les crimes les plus fréquents pour lesquels ils purgeaient une peine de prison.

La clientèle a beaucoup changé en cinq ans, a dit hier Johanne Vallée, sous-ministre associée à la Sécurité publique. «C'est plus lourd comme clientèle, il y a plus de violence», dit-elle.

Les autorités carcérales doivent composer avec une nouvelle réalité: la présence des gangs de rue. Même s'ils représentent moins de 3 % de la clientèle, ils nécessitent «autant d'énergie» que les autres détenus. À la différence des motards, les membres des gangs de rue sont «plus spontanés et impulsifs», ce qui engendre parfois des explosions de violence, explique Mme Vallée. En outre, il y a tellement de groupes et de sous-groupes dans ce milieu qu'il est difficile, pour les gardiens de prison, de les classer correctement à leur arrivée en prison. Or, ce triage est déterminant pour que soient évités des affrontements par la suite.