Radiation des médecins - Les patients paient aussi le prix

Les patients des quatre médecins radiés temporairement pour avoir contresigné des ordonnances par Internet paieront aussi le prix des erreurs de leurs docteurs. Ainsi, à La Prairie, plus de 2000 clients de Jean-Vincent Desroches devront se trouver un autre médecin de famille pendant la période de radiation du médecin fautif. Une opération pratiquement impossible dans le contexte actuel de pénurie de médecins.

«La peine est bien trop sévère pour mes patients», affirmait hier le docteur Desroches. Toute la journée, il a cherché à rassurer sa clientèle (qui compte quelque 500 patients «vulnérables»), mais le constat est selon lui implacable: il n'y a pas de places ailleurs pour eux à La Prairie. Les trois autres cliniques de médecine familiale débordent, le CLSC aussi, et personne n'accepte de nouveaux patients. «Le Collège des médecins n'a pas ce souci de protéger les patients, dénonce-t-il. J'ai appelé tout le monde, et ce sont des refus catégoriques partout.»

La Ville de La Prairie s'attendait à cette situation: en 2004, au début de l'affaire, le conseil avait adopté une résolution enjoignant au Collège de prendre en considération le fait que «les omnipraticiens des environs ne pourront absorber la clientèle du docteur en cas de suspension de ce dernier, et qu'il y va de l'intérêt public d'éviter une telle situation».

Au Collège des médecins, on précise qu'un médecin radié a le devoir de transférer les dossiers des patients instables ailleurs. Pour les patients réguliers, le médecin radié doit trouver un cessionnaire qui s'assurera que le dossier des patients est accessible en cas de besoin. «Je veux bien trouver quelqu'un, dit M. Desroches, mais c'est impossible présentement.»

«Le problème semble plus important avec le docteur Desroches parce que c'est le seul des quatre punis qui est en pratique active à temps plein», reconnaît Martine Meilleur, agente d'information au Collège des médecins. Deux des trois autres coupables sont d'anciens retraités revenus à la pratique pour régler des problèmes d'argent, et le troisième pratique à temps partiel. «C'est malheureux pour les patients, bien évidemment, poursuit-elle. Mais le comité de discipline ne peut pas prendre en considération cet aspect de la question quand il porte un jugement. Le manque de médecins frappe partout au Québec. On ne peut succomber à cet argument, la faute est trop grave dans ces cas-là. On aggraverait les choses au lieu de les améliorer.»

Le docteur Jean-Vincent Desroches se dit en total désaccord avec le jugement porté contre lui et entend faire appel. Il a deux semaines pour le faire. «Je ne comprends toujours pas ce qui est plus grave entre contresigner une ordonnance par Internet ou en faire une par téléphone», plaide-t-il. M. Desroches affirme qu'il ne savait pas que le Collège avait publié en 2002 un avis clair indiquant aux médecins de ne pas contresigner d'ordonnances délivrées par Internet par des sites Web offrant à leurs patients américains des médicaments canadiens.

Le Collège a annoncé mardi avoir sévi pour la première fois contre quatre médecins qui ont précisément participé à ce système. Jean-Vincent Desroches, Pierre Benjamin, Michel Leduc et Hong-Sen Ly ont tous reçu une peine de radiation de six mois, ainsi que des amendes allant de 5000$ à 25 000$. Le Colllège a indiqué vouloir en faire des exemples.