Cinq millions de moins pour Condition féminine Canada - Les réductions budgétaires inquiètent les femmes

Les groupes de femmes du Québec demeurent sur le qui-vive devant les compressions administratives de cinq millions annoncées hier par le gouvernement fédéral au sein de l'agence Condition féminine Canada.

«On s'inquiète pour le programme de promotion de la femme, mais il y a aussi Condition féminine Canada comme structure qui a son importance. Est-ce que ça veut dire que l'on veut réduire les responsabilités de l'État canadien en terme d'égalité? Ce n'est pourtant pas le budget qui grugeait le plus les surplus du pays. On ne coupe pas dans le gras», a fait valoir hier la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Michèle Asselin.

L'annonce de compression de cinq millions pour l'année budgétaire 2007-2008 à Condition féminine Canada n'est pas détaillée pour l'instant. À Patrimoine Canada, on assure toutefois qu'il s'agit uniquement d'économies administratives. La rationalisation des ressources touchera-t-elle les bureaux régionaux et le travail concret de l'agence créée il y a plus de trente ans pour promouvoir l'avancement des femmes? Pour la FFQ, c'est sérieux et inquiétant.

La crainte des groupes de femmes dépasse largement la question financière. Jeudi prochain, une délégation rencontrera le lieutenant québécois du premier ministre Stephen Harper, le ministre Lawrence Cannon. Le 3 octobre, la coalition pancanadienne d'organismes de défense des femmes va rencontrer la ministre responsable de la Condition féminine, Bev Oda.

«Nous voulons l'alerter. Pour un pays qui se dit à l'avant-garde, il y a une tendance à minimiser la nécessité de lutter contre la discrimination à l'égard des femmes, au sein du gouvernement conservateur», soutient Mme Asselin.

Selon elle, le remplacement du programme national de garderies par une allocation de 1200 $ par enfant «donne un éclairage de ce qu'on peut attendre du gouvernement conservateur». Ce qu'elle estime être un recul est d'autant plus alarmant à ses yeux que Statistique Canada, «qui n'a pourtant rien d'un organisme féministe radical», ironise-t-elle, a démontré en mars dernier que les femmes gagnaient toujours 70 % du salaire des hommes.

Vent de droite

À l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS), on craint également le vent de droite qui souffle de l'Ouest. «Le groupe REAL women of Canada, que l'on suppose proche des conservateurs, prône un retour au rôle traditionnel pour la femme. Ces femmes s'opposent au financement des groupes féministes et sont contre le maintien de l'agence Condition féminine Canada. Si elles réussissent à influencer les conservateurs, après ça, qu'est-ce qu'on va perdre? La ministre de la Condition féminine?», s'interroge la porte-parole de l'AFEAS, Hélène Cornellier.

REAL (Realistic, Equal, Active, for Live) women of Canada a lancé en août dernier une offensive auprès du gouvernement conservateur pour que cesse le financement public de groupes qui font la promotion de politiques féministes basées sur une fausse prémisse, soit que les femmes sont victimes d'une société patriarcale.

Outre la question budgétaire de Condition féminine Canada, l'agence administre un programme d'aide financière pour des initiatives dans tout le pays. Au Québec, contrairement aux organismes du Canada anglais, les groupes de femmes bénéficient du soutien du gouvernement provincial, ce qui leur fait subir une pression moins importante.

Il n'en demeure pas moins que le traitement des demandes de financement des organismes de femmes traîne, causant la disparition de certains organismes. C'est le cas de l'Association nationale de la femme et du droit, qui a fermé ses portes il y a deux semaines. La même menace planerait sur l'Alliance canadienne féministe pour l'action internationale. Les partis d'opposition ont talonné la ministre responsable de la Condition féminine, Bev Oda, sur cette question à la Chambre des communes, au cours de la dernière semaine.