Les coûts de l'électricité dans les localités isolées du Québec grimpent en flèche

Les coûts de production et de livraison de l'électricité dans les localités isolées du Québec ont atteint en 2005 quelque 151 millions de dollars, ayant grimpé de 15 millions en un an, en grande partie en raison des coûts du pétrole, a appris Le Devoir de sources bien informées au sein d'Hydro-Québec.

La facture du mazout qui alimente les 27 unités de production thermiques, principalement des diesels, est ainsi passée de 28 millions en 2004 à 34,1 millions en 2005.

Plusieurs seront surpris d'apprendre que cette production d'électricité en réseaux autonomes, la plus coûteuse d'Hydro-Québec, n'entre pas dans le bilan d'Hydro-Québec Production, mais que cette importante facture est plutôt imposée à Hydro-Québec Distribution, une des deux divisions de la société d'État dont les coûts croissants sont répercutés sur les consommateurs par l'entremise de la Régie de l'énergie.

Facture transmise aux consommateurs

Il se pourrait même que les clients d'Hydro-Québec payent une partie de cette facture en double, expliquait vendredi au Devoir un spécialiste en énergie, Jean-François Blain. Au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), le directeur général de l'électricité, René Paquette, a nié pour sa part qu'il en soit ainsi. Mais, pour l'instant, faute d'une vérification indépendante des véritables coûts de production d'Hydro-Québec et de l'ensemble de ses activités par la Régie de l'énergie, le débat est susceptible de demeurer ouvert.

Pour la critique du Parti québécois en matière d'énergie, Mme Rita Dionne-Marsolais, la question est d'autant plus pertinente que l'ampleur de la facture de la production des réseaux autonomes est transmise à l'ensemble des consommateurs par la facture des services de distribution. Mme Dionne-Marsolais précise que l'abolition de la loi 116, qui a fait d'Hydro-Québec un organisme à plusieurs têtes, permettrait aux consommateurs québécois de connaître «les vrais coûts» de l'électricité qu'on produit avec leurs investissements historiques. Le PQ, qui a fait adopter la loi 116 pour soustraire la production à tout examen public par la Régie de l'énergie, convient aujourd'hui que c'était une erreur et s'engage publiquement à réactiver le mandat originel de cet organisme.

En l'an 2000, une étude de la société Merrill Lynch a établi à 2,79 cents le kilowatt-heure (kWh) «tous les coûts de production d'électricité d'Hydro-Québec, incluant les frais d'exploitation, de maintenance, ainsi qu'une récupération des coûts de construction et un bénéfice raisonnable», dont un rendement de 18 % sur les actifs de production.

Une taxe régressive

Pour Jean-François Blain, il est clair que les 2,79 cents retenus dans la loi comme prix de «l'électricité patrimoniale» comprenaient la facture des réseaux autonomes. «On augmente ainsi le bénéfice qu'Hydro-Québec retire des 2,79 cents, car, aujourd'hui, la production des réseaux autonomes est renvoyée à la Distribution», dit-il. Et les coûts croissants de l'électricité au Québec constituent une taxe régressive, car, précise le chercheur, les travailleurs et les clients ordinaires «paient les augmentations d'Hydro-Québec avec leur revenu net, alors que les sociétés commerciales et les industries peuvent déduire cette dépense de leurs profits», une injustice d'autant plus grande, à son avis, que ce sont les Québécois qui ont financé la structure de production d'Hydro-Québec à la suite d'une décision collective.

Mais le grand patron des services d'électricité au MRNF n'est pas de cet avis. Le coût de l'électricité patrimoniale, dit-il, a été le résultat d'un autre mode de calcul et il n'a jamais inclus le coût des réseaux autonomes: c'est un «hasard», précise René Paquette, si cet autre calcul — basé sur le tarif L industriel, moins le coût du transport à haute tension — a abouti à précisément 2,79 cents, pas un centième de cent de différence avec celui de l'étude Merrill Lynch qui incluait tous les actifs hydro-québécois. Si on avait inclus les réseaux autonomes, le prix de l'électricité patrimoniale se serait probablement situé autour de 2,83 cents le kWh. Cette production hors réseau était «plus simple à gérer» si on la confiait totalement à Hydro-Québec Distribution, qui est en lien avec les consommateurs.